Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Serena, de Ron Rash

Signé Bookfalo Kill

Smoky Mountains, Caroline du Nord, au début des années 1930. Alors que la Grande Dépression consécutive au krach de 1929 ébranle les États-Unis, le couple Pemberton ne connaît pas la crise. George, riche exploitant forestier, vient d’épouser Serena, une femme aussi belle qu’ambitieuse. Ensemble, ils entreprennent de consolider leur fortune en dévastant systématiquement toutes les forêts qui se présentent, au mépris des hommes qui travaillent pour eux comme de toute considération écologique.
Et lorsque des obstacles s’élèvent sur leur chemin, ils sont prêts à tout pour les écarter, qu’il faille manier les dollars ou le fusil pour parvenir à leurs fins…

Soucieux d’être concis, j’avoue que le résumé ci-dessus ne rend pas justice à l’immense travail de Ron Rash. Son roman est infiniment plus ambitieux, plus complexe, plus puissant que ce que ces quelques mots laissent entrevoir.
C’est aussi de ces œuvres qui peinent à entrer dans une seule case. Roman noir, certes, par la violence – souvent psychologique, parfois physique – qui tire les personnages principaux vers leur objectif de pouvoir et de richesse. Mais aussi roman historique, nourri d’une reconstitution extrêmement précise de l’Amérique des années 30.

Mais encore roman ancré dans la tradition américaine du « nature writing » qui, comme son nom l’indique, accorde une place prédominante aux descriptions de la nature et à ses interactions avec l’homme. Auteur attaché à son État, la Caroline du Nord, Rash en restitue la beauté d’une plume époustouflante, tout en plaçant la nature au cœur de son oeuvre, dont elle est à la fois le décor, le sujet et l’une des actrices principales.

C’est aussi un roman d’une grande ambition littéraire à plusieurs points de vue : par le travail de la langue, très élaboré, qui change de registre sans tomber dans les clichés selon le niveau social des personnages qui s’expriment ; ou par la référence au drame élisabéthain qui sert de base sous-jacente à la construction du roman. On voit ainsi régulièrement intervenir un groupe d’ouvriers, rapportant les derniers événements et annonçant certains de ceux à suivre, tel un chœur théâtral…

C’est enfin un superbe portrait de femme, comme on n’en voit pas si souvent. Que le roman s’intitule Serena n’est pas un hasard : plus que l’histoire du couple Pemberton, c’est le destin de Serena qui intéresse le romancier. Redoutablement intelligente, charismatique, vénéneuse, courageuse, ambitieuse jusqu’à la folie, elle fascine autant qu’elle effraie son entourage.
Et avec raison… mais, chut ! Pour en savoir plus, il faut lire ce roman magistral !

Serena, de Ron Rash
Editions du Masque, 2011
ISBN 978-2-7024-3402-4
404 p., 20,90€

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