Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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Un vent de cendres, de Sandrine Collette

Signé Bookfalo Kill

En début d’année dernière, le premier roman de Sandrine Collette, Des nœuds d’acier, m’avait mis une claque comme on n’en encaisse pas tous les jours (et tant mieux parce qu’on s’en lasserait vite). Alors, forcément, j’attendais beaucoup de son deuxième opus. Si l’impact n’est pas aussi fort, absence d’effet de surprise oblige, c’est néanmoins un bon thriller psychologique, à la noirceur assumée jusqu’au bout.

Collette - Un vent de cendresEn septembre, saison des vendanges, un groupe de jeunes gens se présente sur un domaine champenois pour mettre la main à la pâte durant une semaine de dur labeur, moyennant un petit salaire, pas mal de petits bobos et une ambiance conviviale. Parmi eux, la jolie Camille et son frère Malo. Très vite, pourtant, les choses se détraquent. Le maître des lieux, Octave, boiteux taciturne au visage lacéré par une vilaine cicatrice, ne cache pas sa fascination pour Camille ; un sentiment peu à peu partagé par la belle. Protecteur et troublé par un mauvais pressentiment, Malo tente de s’interposer.
Le troisième jour, au lendemain d’un violent accrochage, Malo disparaît. Camille s’inquiète aussitôt mais elle est la seule. Malo est-il vraiment parti sur un coup de tête, ou lui est-il arrivé quelque chose ?…

On pourrait dire d’Un vent de cendres que c’est un conte réaliste. Conte, parce qu’il s’agit d’une variation transparente sur la Belle et la Bête. Réaliste, parce que Sandrine Collette nourrit son histoire d’un luxe de détails sur le cadre de son histoire, la culture du raisin de Champagne et sa récolte… Elle utilise ce contexte avec précision, mais sans volonté de démonstration genre « j’ai bien appris ma leçon ».
Privilégier cet aspect quasi documentaire permet de mieux faire surgir, rampantes et insidieuses, presque surnaturelles, la menace et la peur, mais aussi les nombreux sentiments noués dans une intrigue de triangle passionnel finalement assez simple : amour, haine, jalousie, trouble, fascination, séduction, sensualité…

Dans ce quasi huis clos, la romancière crée une atmosphère de plus en plus pesante au fil des pages, alors que rien de spectaculaire ne se passe. C’est là sa très grande force, cette maîtrise totale du récit grâce à la maturité d’un style précis et dépouillé. On s’en rend à peine compte, mais la tension monte petit à petit, tandis que de sombres secrets émergent du passé et que la folie s’installe, menant à une conclusion cruelle, inexorable.
Léger bémol tout de même au sujet de cette fin, impressionnante, angoissante dans sa mise en scène, mais dont j’avais deviné la révélation la plus capitale (et je ne suis pas le seul). Malgré cela, j’ai pu me rendre compte, au fil de discussions avec d’autres lecteurs, qu’il restait une large place à l’interprétation, Sandrine Collette entretenant avec habileté un flou volontaire depuis le début du roman… A vous, donc, de vous faire votre opinion sur ce Vent de cendres qui divise ses lecteurs depuis sa parution. Un livre qui ne laisse pas indifférent, c’est déjà bon signe !

Un vent de cendres, de Sandrine Collette
  Éditions Denoël, coll. Sueurs Froides, 2014
ISBN 978-2-207-11736-1
260 p., 18€

P.S.: des avis différents, donc, sur ce roman… Si Démosthène le serial lecteur ou Pierre « Black Novel » Faverolle sont enthousiastes, c’est la déception chez Yvan « Gruznamur » du blog Emotions, ou chez Du bruit dans les oreilles, de la poussière dans les yeux.

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Le Serpent aux mille coupures, de DOA

Signé Bookfalo Kill

A Moissac, on ne peut pas être Noir et cultiver des vignes. C’est en tout cas ce que pense Baptiste Latapie, bas du Front notoire, tandis qu’il détruit consciencieusement le travail de son voisin Omar Petit, au beau milieu de la nuit. Une double mauvaise idée, puisque, outre qu’il se comporte comme un crétin fini, Baptiste surprend une scène inattendu : un mystérieux motard surgi de nulle part descend froidement trois narcotrafiquants colombiens, qui avaient rendez-vous non loin de là avec des dealers napolitains…
S’ensuivent alors quelques heures de folie furieuse dans ce petit coin paisible de France, entre prise d’otages, traque mortelle et éclats de barbarie perpétrés par un tueur psychopathe, adepte d’une forme de torture chinoise particulièrement raffinée, « le serpent aux mille coupures »…

Après l’impressionnant Citoyens Clandestins, DOA est revenu en 2009 avec un roman beaucoup plus court, et du coup beaucoup plus sec, nerveux, presque expéditif. Sa parution en poche permet de le redécouvrir.
Délaissant la dimension espionnage qui garantissait l’intérêt de son précédent roman, il développe un pur thriller, brutal et violent, sur fond de racisme régional (un viticulteur noir est victime d’une haine bas de plafond de la part de « collègues » autochtones) et de trafic de drogue international – un aspect qui donne cependant l’impression de servir surtout de prétexte et de ne pas avoir été suffisamment approfondi.

Si l’impression générale est qu’il s’agit d’un roman écrit rapidement, dans l’influx, DOA maîtrise néanmoins toujours aussi bien un récit complexe, mettant en scène une dizaine de personnages – attention à être bien concentré pendant les premières pages, ça démarre vite et il faut rapidement assimiler un certain nombre d’éléments, comme dans Citoyens Clandestins – auquel est adressé d’ailleurs un clin d’œil, que les amateurs apprécieront.

Moins ambitieux au final que ce dernier, Le Serpent aux mille coupures garantit néanmoins un moment de lecture captivante, pour amateurs de thrillers efficaces et intelligents.

Le Serpent aux mille coupures, de DOA
Éditions Folio Policier, 2012
(Première édition : Gallimard, coll. Série Noire, 2009)
ISBN 978-2-07-044115-0
242 p., 5,70€