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Le Guide du mauvais père t.2, de Guy Delisle

Signé Bookfalo Kill

Delisle - Le guide du mauvais père t.2Quelques mots, rapidement, pour signaler la parution de la suite du Guide du mauvais père, toujours dans la collection Shampooing des éditions Delcourt.

Quelques mots, oui, cela suffira, car en fait, il n’y a pas grand-chose à dire de neuf sur ce deuxième volume. Guy Delisle retrouve son papa (plus ou moins) indigne, toujours aussi débordé, de mauvaise foi, à côté de ses pompes, toujours prêt à transférer ses propres angoisses ou à faire subir son imagination débordante à sa naïve progéniture.

N’ayant pas le premier tome sous la main, je ne peux vérifier, mais il me semble que les situations sont cette fois beaucoup plus gentillettes, moins hilarantes. Si tout est toujours réaliste et susceptible de parler à de nombreux parents, le décalage humoristique est moins fort ; du coup, on se contente de sourire tranquillement de temps en temps, mais on est sevré de véritables éclats de rire.

Un petit recueil léger sans surprise, donc, mais sympathique, cadeau clin d’œil toujours efficace pour les papas de tous âges !

Le Guide du mauvais père t.2, de Guy Delisle
Éditions Delcourt, coll. Shampooing, 2014
ISBN 978-2-7560-4777-5
190 p., 9,95€


Le Guide du mauvais père t.1, de Guy Delisle

Signé Bookfalo Kill

Delisle - Le Guide du mauvais père t.1Alors que vient de s’achever la série de six volumes tirés du blog de Bastien Vivès, les éditions Delcourt, soucieuses de ne pas tarir cet excellent filon, proposent dans le même petit format de leur collection Shampooing le premier opus du Guide du mauvais père. Le nom du dessinateur vous est peut-être familier : Guy Delisle s’est en effet fait remarquer ces dernières années pour les sérieuses et très réussies Chroniques birmanes et Chroniques de Jérusalem.

Si le ton change radicalement et s’allège, Delisle s’avère également très à l’aise avec le format strip inhérent à la collection. Le dessin reste simple, mais tout de même beaucoup plus élaboré que celui de Vivès, qui pratiquait le copier-coller sans parcimonie. Ici, les situations, le cadre, le décor et les attitudes des personnages changent à chaque « case ».

Côté humour, Delisle se démarque aussi. Loin de la méchanceté et des outrances assumées (et souvent hilarantes) de Vivès, il choisit de coller au quotidien en mettant en scène les relations père-enfants : petits mensonges, blagues douteuses, éducation revue et corrigée… Le tout au fil de situations familières et bien restituées : au hasard, comment gérer les histoires de petite souris ou de lapin de Pâques, comment recevoir les jolis dessins de ses enfants, comment apprendre le bricolage à son fils ou comment avoir réponse à tout grâce à Internet.
Le résultat est moins disparate que son collègue, l’humour plus cohérent, et chaque strip s’avère amusant, d’une manière légère mais toujours bien vue. Car le père version Delisle n’est pas si mauvais que ça, allez ! Souvent de mauvaise foi et pas toujours de bon conseil, mais très humain – et très proche de ce que sont bien des hommes. Bref, ça sent le vécu.

Avec une approche plus classique que celle de Vivès, sur le fond comme sur la forme, Guy Delisle réussit un premier tome parsemé de clins d’oeil réalistes qui feront rire les mamans… et les papas aussi, sans nul doute !

Le Guide du mauvais père t.1, de Guy Delisle
Éditions Delcourt, collection Shampooing, 2013
ISBN  978-2-7560-3873-5
191 p., 9,95€


La Bande dessinée, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

Bon, maintenant, vous connaissez le principe, je ne vais donc pas m’étendre pendant des heures sur ce sixième et dernier opus de la série tirée du blog de Bastien Vivès. Sinon pour dire que je l’ai trouvée beaucoup plus sympathique et plus cohérent que le précédent sur La Guerre, constituant une conclusion logique et amusante à cette suite de publications.

Vivès - La Bande dessinéeÉvidemment, le sujet est davantage fait pour lui également, même si je craignais de le voir tomber trop souvent dans la private joke. Dans l’ensemble, il n’en est rien, et le premier strip donne d’ailleurs le ton : une mère consulte un médecin car elle craint que son fils soit retardé ; le praticien la rassure plus ou moins en lui apprenant que sa maladie consiste à faire de la B.D., activité sans danger même si elle peut avoir de sérieuses conséquences sociales…
On est bien dans le ton Vivès, sarcastique et distancié, mais accessible à tous, y compris aux gens qui ne sont pas familiers avec les codes du petit monde de la bande dessinée. Les connaisseurs seront peut-être plus sensibles que les autres aux parodies de séances de dédicaces (« Dédicace 20 ans », « Belgique »), et encore, cela reste drôle sans connaître le contexte.

La Bande dessinée contient en outre plusieurs strips qui caricaturent joyeusement certains aspects du Neuvième Art. Ainsi des comics, dans les conseils d’écriture de Brad (« Comics » et « Le gag »), qui trouvent un écho irrésistible à la dernière page du livre (« Festiblog »), ou dans les aventures délirantes de Flashman. Même chose avec les obsessions thématiques de certains auteurs (« Guerre mondiale ») et la maniaquerie forcenée des collectionneurs (« Astérix »).

Le plus frappant dans ce volume, c’est le sens de l’auto-parodie dont fait preuve Bastien Vivès. Il se met régulièrement en scène, et souvent en horrible personnage, arrogant et méprisant (« Lausanne », « Littérature », « Interview blog »), quand il ne se moque pas carrément de son œuvre (« Dédicace 20 ans », « Ciné »). Il joue ainsi de son image de sale gosse, ce qui ne manquera pas d’exacerber l’agacement de ceux qui le détestent déjà, autant que le soutien de ses fans de plus en plus nombreux.
Bref, le garçon est malin !

La Bande dessinée, de Bastien Vivès
Éditions Delcourt, collection Shampooing, 2013
ISBN 978-2-7560-2992-4
188 p., 9,95€


La Guerre, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

C’est peut-être le sujet. Ou bien alors c’est qu’on finit par se lasser du dispositif. Toujours est-il que ce cinquième volume des strips tirés du blog de Bastien Vivès est celui qui m’a le moins convaincu. Ou, pour le dire autrement, qui m’a le moins fait rire. En fait, c’est à peine s’il m’a fait sourire de temps en temps.

Certains strips ne sont carrément pas drôles, comme « Gens de la rue », où trois amis discutent de la misère – quel rapport avec la guerre, d’ailleurs ? Ou encore « I-Phone », où les bavardages superficielles, dans un restaurant, de deux filles sur Facebook sont interrompus par des militaires qui attaquent et tuent tout le monde (???)
Et je passe rapidement sur « GIGN » (un agent essaie de convaincre son chef de partir à l’assaut déguisé en femme) ou « Guerre des femmes » (les femmes prennent le pouvoir et les hommes ripostent par une guerre à grande échelle qui tourne au fiasco), qui jouent trop avec des clichés homophobes ou misogynes pour ne pas faire plus grincer des dents que rire.

Bien sûr, c’est Vivès, le sale gosse de la BD indé, et il y a avant tout dans ces choix de la provocation plus ou moins gratuite, pas du tout un discours. Je le trouve néanmoins plus intéressant et plus amusant dans des strips mieux pensés sur le plan dramaturgique, dont la série « César », où ces dignes et historiques personnages que sont César, Cléopâtre et Marc-Antoine ont tendance à parler d’une manière résolument moderne – décalage humoristique assuré.
Même dans le trash, certains strips sortent du lot, comme « Bambi » ou « ONU ». Et « Général » (un général veut repartir en guerre comme dans le temps et se cherche des ennemis) fait sourire également.

Néanmoins, si vous voulez découvrir l’art du strip humoristique à la sauce Vivès, je vous conseille plutôt La Famille ou L’Amour, qui restent nettement pour moi au-dessus du lot.

La Guerre, de Bastien Vivès
Éditions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2991-7
192 p., 9,95€


La Blogosphère, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

Bastien Vivès, quatrième !
Le sale gosse de la blogosphère B.D. revient avec un quatrième petit volume tiré de son blog, consacré cette fois à… la Blogosphère – ou comment le serpent se mord joyeusement la queue.

Sans aucun respect (apparent) pour un exercice où il s’est fait connaître et où il est excelle, Vivès tire à boulets rouges sur les codes de la blogosphère, ses dérives, ses maniérismes et sa vanité occasionnelle. Pas très gentil, il ne rate pas une occasion de taquiner certains de ses collègues, dont Boulet, et surtout les filles (Margaux Motin dans « Vador 2 », Motin et Bagieu dans « Sorbonne »). Un strip complet, hilarant, présente d’ailleurs le mode d’emploi – hautement moqueur – pour réussir un bon « blog de fille ».
Le sommet du genre est atteint dans la suite de strips « Vador », où Bastien Vivès met en scène le Dark du même nom bien décidé à détruire la planète Festiblog… Il n’y a pas à dire, les parodies de Star Wars, ça marche quand même à tous les coups !

Sinon, le dessinateur passe à nouveau la thématique du livre sous le scan de son oeil critique : incompréhension entre générations (« Blog BD », « Facebook », « Fauteuil »), décalage avec les impératifs de la vie professionnelle (« Jimmy »)… Il évoque aussi les affres de la création (« Idée »), parfois sur le mode très ironique (« Chaussure », où Margaux Motin en prend encore pour son grade) ; ou encore, il part dans des délires certifiés Vivès, mettant en scène la Police des Blogs B.D. ou imaginant l’anéantissement futur de tout le Neuvième Art à cause de la blogosphère (« Sorbonne »).

Seule restriction éventuelle : comme dans le premier volume de la série, le Jeu vidéo, le discours est souvent référencé, et il faut sûrement connaître assez bien, soit le monde de l’édition, soit celui de la B.D., soit la blogosphère en elle-même, pour apprécier pleinement l’humour corrosif de Bastien Vivès.
Mais sinon, encore une fois, c’est du bon !

La Blogosphère, de Bastien Vivès
Éditions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2990-0
192 p., 9,95€


La Famille, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

Same player, shoot again !

Après un très bon premier volume sur les jeux vidéo et surtout sur les joueurs (voir ma chronique), Bastien Vivès revient comme prévu avec un deuxième tome consacré à la famille. Je ne sais pas vous, mais pour ma part, la couverture m’a tout de suite fait tilter :

Cette bannière bleu-blanc-rouge encadrant le titre : la famille, serait-elle un pur hasard, ou bien une allusion extrêmement ironique à certaine devise du gouvernement français en d’autres temps (nauséabonds), le tristement célèbre « travail-famille-patrie » ?

Après lecture, j’ai tendance à croire que la deuxième option l’emporte. Car la famille de Vivès est tout sauf angélique, très éloignée du modèle de perfection rêvée par le sinistre Maréchal. D’entrée de jeu, un petit garçon demande à son père ce que c’est qu’une turlutte, et le géniteur de répondre sans détours, tout en proposant clopes et bières à son rejeton. Plus loin, une grand-mère pourrit littéralement d’insultes son petit-fils qui a le malheur de trouver les filles nulles.
Et tout est à l’avenant : discussions sexuelles trashs, pères machos ou qui s’emmerdent en famille, cadeaux d’anniversaire inattendus, problèmes de communication entre générations…

Vivès est parfois méchant mais souvent drôle ; féroce mais très observateur. Les dialogues, impeccables, font tout l’intérêt de ses strips, tandis que son dessin reste elliptique, minimaliste. Cela peut déplaire à certains lecteurs, qui trouvent l’auteur limite feignant sur le coup, mais moi, j’adhère et j’adore.
Et puis, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de dessins tirés d’un blog – et que dans ce registre, très représenté depuis quelque temps par les éditeurs de B.D. allant chercher sur le Net l’originalité qu’ils ne trouvent peut-être plus ailleurs, Bastien Vivès est largement au-dessus du lot.

Si vous avez fait du politiquement correct votre mode de pensée, ou bien si vous pensez que Jean-Marie Le Pen avait bien raison de vouloir renvoyer les femmes à leur place, c’est-à-dire à la cuisine, alors passez votre chemin. Sinon, foncez !

La Famille, de Bastien Vivès
Editions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2859-0
189 p., 9,95€


Le jeu vidéo, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

Une B.D. pour geeks, écrite par un geek sur les geeks : tel pourrait être le résumé du nouveau Bastien Vivès. Et, comme tout résumé, il serait un peu réducteur – même si…

Sans équivoque, le titre et son look « arcade » annoncent la couleur. Il est question de jeux vidéo (quelle surprise), et pas du petit jeu passe-temps pour gentils amateurs. Non, ici, on est dans le monde des gamers, les vrais des vrais, les purs et durs, avec leurs jeux de référence (surtout Street Fighter, mais pas que), leur langage, leurs vannes plus ou moins pourries et leur apparent hermétisme aux yeux du reste de l’univers. Ce qu’on appelle des geeks, donc.
Tout en admettant d’emblée en faire partie, Vivès ne se contente pas d’un hommage clin d’oeil à ce petit monde, et c’est tout l’intérêt de la chose. Organisées en longs strips, ces histoires déroulent successivement des attitudes et des situations souvent hilarantes : relations de couple qui virent à l’orage, conflits de génération (qui ne tournent pas forcément à l’avantage des plus jeunes et supposés plus « branchés »), ambiances surréalistes des salles de jeux où ça vanne à tout va… Sous l’humour et les réféfences, il n’est pas interdit de trouver, saisi sur le vif et sans prétention exagérée, un cliché sociologique d’une époque, dans laquelle le monde virtuel occupe une place de plus en plus importante.

Par ailleurs, ce qui fait l’originalité de la chose, au-delà de son seul sujet, c’est le dessin de Bastien Vivès. Son trait en noir et blanc, très simple en apparence, réduit les personnages et les décors à des esquisses néanmoins très parlantes, très expressives, en dépit du fait qu’elles sont souvent statiques. C’est efficace et en même temps très beau, et surtout totalement inhabituel pour des strips, dont les dessins sont souvent moins élégants.

Ce style offre un équilibre réussi à des dialogues enlevés, où l’usage sans modération de termes techniques de joueurs n’empêche pas trop la compréhension des histoires, car l’essentiel est évidemment ailleurs. Bon, j’imagine qu’il faut tout de même être un peu familier de l’univers des jeux vidéo… C’est tout juste mon cas – pas plus, n’ayant jamais pratiqué ni les consoles ni les jeux comme Street Fighter -, et j’ai vraiment lu avec plaisir ce petit volume.

Petit par la taille, bien sûr, puisque la collection Shampooing des éditions Delcourt a eu l’idée futée de publier le Jeu vidéo en format manga. Cela pourrait attirer des lecteurs plus jeunes que le panel habituel de Bastien Vivès, tout en étant parfaitement adapté au style strip et à un prix plutôt gentil (on notera le coup de frein juste avant le seuil psychologique des 10€… Malin !)

Pour finir, il faut savoir que Vivès a initialement publié ces dessins sur son blog, intitulé Comme quoi. Bonne nouvelle, Shampooing publiera d’autres recueils dans les semaines à venir selon le même principe. A venir : la famille, l’amour, la blogosphère… Tout un programme, que j’ai hâte de découvrir sous la jolie plume de cet auteur inspiré.

Le jeu vidéo, de Bastien Vivès
Editions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2858-3
192 p., 9,95€

Bastien Vivès sera au Festival de bande desinée d’Angoulême, du 26 au 29 janvier 2012. Pour en savoir plus : http://www.bdangouleme.com/
Sinon, on parle en bien du Jeu vidéo ici : le blog BD de Madmoizelle, Bodoï
Et en moins bien là : Planète BD