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Catharsis de Luz

catharsisAprès un grave traumatisme, les pédo-psychiatres font travailler les enfants à base de jeu et de dessin. Luz est un grand enfant et il a cherché à comprendre et panser ses blessures à travers cet album.

Luz commence son dessin par la page blanche. Dessiner l’indicible, comment est-ce possible? Et puis, vient ce petit personnage. Un mini-Luz, aux yeux exorbités. Des yeux qui ont vu l’innommable, même s’il dit ne pas avoir vu grand chose. Ce petit bonhomme, c’est un concentré d’angoisse, de colère, de reproche aussi. Luz était en retard le jour de la tuerie.

Catharsis, c’est l’espoir de surmonter le chagrin, c’est l’envie de comprendre envers et contre tout. C’est le remord permanent, la peur lancinante. Et c’est l’amour incommensurable pour Camille, sa compagne.

Cet ovni, car ce n’est ni une BD, ni un essai, retrace l’après-Charlie. Les retrouvailles entre deux vieux copains, Luz et le dessin, dont la rencontre se fait sur le papier. Un ouvrage bourré d’angoisses, de peur, mais lumineux aussi, car l’humour et l’amour triomphent, quoi qu’il arrive.

Catharsis de Luz
Éditions Futuropolis, 2015
9782754812757
126 p., 14€50

Un article de Clarice Darling.


Luz, de Marin Ledun

Signé Bookfalo Kill

C’est le début de l’été. Un dimanche caniculaire, Luz, 14 ans, profite de la première occasion qui se présente pour fausser compagnie à sa famille, surtout aux adultes confits dans la paresse et les excès de table. Et surtout à Frédéric Vanier, le meilleur ami de son père, qui s’intéresse soudain de trop près à elle…
Descendue au bord de la Volte, la rivière voisine, pour s’y baigner, Luz rencontre Thomas, un garçon qui lui plaît beaucoup, accompagnée de Manon, l’une de ses camarades de classe, beaucoup plus populaire qu’elle. Les deux filles ne s’apprécient guère, mais le trio décide tout de même de se rendre ensemble dans un coin sauvage et préservé car difficile d’accès, pour s’y baigner en toute tranquillité. Mais des copains de Thomas débarquent bientôt, menaçant un après-midi d’été qui avait pourtant tout pour être parfait…

Avec Zone Est, superbe roman d’anticipation dans la veine de Philip K. Dick, et Les visages écrasés, intraitable roman noir sur la déshumanisation du travail, Marin Ledun a marqué l’année 2011. Auteur engagé comme on n’en fait – hélas – plus guère, écrivain protéiforme à la plume acérée, il a clairement franchi un cap, que son incursion dans le genre du roman pour ados confirme. Aussi surprenant que cela puisse paraître.
On retrouve dans Luz son style acéré, qui nous permet dès le début du roman de nous plonger dans une atmosphère estivale à la fois familière et douce-amère :

« Des éclats de rire et des bruits de pas résonnent quelque part dans la maison. Premier dimanche des vacances d’été. Fenêtres et portes entrouvertes laissent filtrer un léger courant d’air qui apporte une illusion de fraîcheur. (…) Il est presque quatre heures de l’après-midi et les adultes sont encore affalés à table, à l’ombre du mûrier. La plupart des hommes sont ivres, les femmes feignent de trouver ça normal et contemplent les cadavres de bouteilles d’un œil vide de toute expression. »

Sous couvert d’un bref suspense au parfum d’aventure (l’histoire se déroule sur quelques heures), Marin Ledun imbrique avec finesse plusieurs thématiques majeures de l’adolescence : découverte de soi, de son corps, du désir – le sien et celui des autres ; rapports familiaux complexes ; difficulté de se faire entendre et comprendre ; expérimentation des limites, jeu avec les interdits…
Auteur tout sauf angélique, Marin traite ces sujets sans compromission, avec un réalisme parfois cruel mais jamais excessif. On croit à ses personnages, ados un peu perdus et bouleversés. On s’attache à Luz, gamine animée d’une rébellion très pure. On tremble pour elle lorsque le péril survient, brutal et inattendu.

Un roman bref mais riche et intense. Une belle réussite, à partir de 13 ans.

Luz, de Marin Ledun
Éditions Syros, collection Rat Noir, 2012
ISBN 978-2-7485-1180-2
117 p., 14€