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L’effroi de François Garde

161015_l_effroi_livreScandale à l’Opéra. Pour la première de Cosi fan tutte, retransmis en direct à la télé, l’immense chef d’orchestre, Louis Craon, le Karajan de nos jours, entre dans la fosse et fait un salut nazi. C’est la stupéfaction générale mais pour le violoniste Sébastien Armant, c’est une vague d’effroi qui le submerge. Sans réfléchir, il se lève, son instrument sous le bras et tourne le dos au chef, pour ne plus avoir à regarder cet homme qui vient de faire entrer l’horreur à l’Opéra.

En quelques minutes, Sébastien Armant est érigé en héros. Craon s’enfuit et disparait totalement de la sphère médiatique et laisse sa place à un Sébastien Armant médusé d’être, tout à coup, le centre d’intérêt d’une nation entière. Il se laisse emporter par la folie des médias qui s’empare de lui. Interviews, documentaires, journaux de 20h. Armant se plie de bonne grâce au jeu des caméras. Mais c’est toute sa vie qui bascule.

François Garde écrit bien, indéniablement. J’avais adoré Ce qu’il advint du sauvage blanc et j’avais apprécié Pour trois couronnes. Avec L’effroi, je reste sur ma faim. J’ai été immédiatement interpellée par le thème, par les personnages, par l’histoire. L’auteur a cette facilité déconcertante a rendre ses personnages vivants, intéressants. Mais si le début est parfaitement orchestré, la fin me laisse perplexe. Le fin mot de l’histoire est expédié en quelques lignes et je suis un peu dubitative quant à la réponse apportée. Tout ça pour ça pourrait-on dire. J’ai comme le sentiment que François Garde ne savait pas comment terminer son livre. Et je suis déçue. Déçue, car j’ai tourné les 250 premières pages avec avidité pour finir sur des questions sans vraiment de réponses. C’est peut-être au lecteur de se faire sa propre opinion, mais j’aime quand l’auteur m’emmène jusqu’au bout de son développement. Et là, clairement, pour moi, il me manque une fin.

Vivement le prochain roman de cet auteur que j’apprécie beaucoup pour me remonter le moral et oublier cet Effroi.

L’effroi de François Garde
Editions Gallimard
9782070149520
304 p., 20€

Un article de Clarice Darling.


Pour trois couronnes de François Garde

gardeIl y a des auteurs qui m’énervent prodigieusement et François Garde en fait partie. Il est brillant, ses récits sont passionnants et sa plume me rappelle les plus grands noms de la littérature française. J’avais adoré son premier roman, Ce qu’il advint du sauvage blanc, voir mon éloge consacré à l’ouvrage. Pour trois couronnes relève haut la main le défi du deuxième roman.

Philippe Zafar se détermine comme « préposé aux classements des archives ». Il trie, range, classe les documents d’une personne récemment décédée pour le compte de sa famille. Alors qu’il s’occupe des documents de Thomas Colbert, un riche magnat du commerce maritime, il découvre un texte de quelques pages qui peut être déterminant pour la succession. Chargé par la veuve de mener l’enquête, Zafar se lance dans un voyage épique qui va l’amener, dans des contrées lointaines, à découvrir un monde qu’il ne soupçonnait pas.

On retrouve les ingrédients fétiches de François Garde, le passé, les îles lointaines, les histoires de famille. Le tout est extrêmement bien écrit, au rythme soutenu, à l’intrigue prenante. Ce qu’il advint du sauvage blanc était basé sur des faits réels. Pour trois couronnes bascule dans la fiction et achève de me convaincre que François Garde est un nouveau très grand de la littérature française.

Pour trois couronnes de François Garde
Éditions Gallimard, 2013
9782070141876
295p., 20€

Un article de Clarice Darling.


Ce qu’il advint du sauvage blanc de François Garde

C’est complètement par hasard que je suis tombée sur François Garde, au détour d’un tchat littéraire sur Libération. Ce qui m’a tout d’abord plu, c’est l’histoire. Invraisemblable et pourtant bien réelle. Narcisse Pelletier, né en 1844, est encore tout jeune quand il s’embarque sur la goélette Saint-Paul, en 1857. Un an plus tard, c’est le drame. Son bateau subit une grave avarie et envoie à terre, sur une île d’apparence peu hospitalière, plusieurs marins pour chercher de l’eau potable. 

Quand Narcisse revient bredouille quelques heures plus tard, le bateau n’est plus là. Désespoir. Angoisse. Tristesse. Après quelques errances, il est recueilli par une tribu autochtone qui va l’intégrer comme l’un des leurs. 

Narcisse va alors passer dix-sept ans (17 ans!) au coeur de cette île, parmi ces « sauvages » qui l’ont adopté. Puis un jour, un navire anglais, le John Bell, l’aperçoit, lui, seul blanc au milieu de noirs. Quelques hommes sont débarqués, Narcisse est capturé puis ramené en Australie où on le confie aux mains d’un de ces compatriotes, le fictif Octave de Vallombrun, qui tel le docteur Itard dans l’Enfant sauvage de Truffaut, entreprend de « rééduquer » le Sauvage Blanc. 

Ce qu’il advint du sauvage blanc se découpe en deux narrations, un narrateur omniscient qui raconte la vie de Narcisse et des lettres écrites par Octave de Vallombrun pour le Président de la société de Géographie, sous forme de compte-rendus. 

L’écriture est fluide, limpide. On s’attache aux personnages en moins de temps qu’il faut pour ouvrir la couverture (essayez donc de vivre dix-sept ans à 10 000km de chez vous!), François Garde écrit comme au 19ème siècle, dans un style bien à lui, qui peut faire penser à du Balzac. Ce qu’il advint du sauvage blanc est un bon premier roman, facile d’accès, qui se lit d’un trait. Le sujet était simple, tout était déjà écrit, mais il a su insuffler à cette histoire tragique, sa marque de fabrique. 

Ce qu’il advint du sauvage blanc de François Garde
Editions Gallimard
9782070136629
326p., 21€50

Un article de Clarice Darling