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À première vue : la rentrée Finitude 2020

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Intérêt global :

sourire léger


Propulsées sur le devant de la devant de la scène pour avoir eu la sublime inspiration de sortir En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, les éditions Finitude, basées à Bordeaux, n’ont pas pour habitude de publier à tort et à travers. Pour cette rentrée 2020, on les retrouve donc avec un seul livre, et c’est très bien ainsi. Surtout que ce titre étonnant, à première vue, honore la ligne poétique et décalée qui fait leur singularité.


Victor Pouchet - Autoportrait en chevreuilAutoportrait en chevreuil, de Victor Pouchet

Son premier roman, Pourquoi les oiseaux meurent, remonte à 2017, et fut très bien accueilli par la presse. Victor Pouchet reste dans la veine animalière avec un bien intriguant chevreuil.
Ce deuxième roman pour les adultes (Pouchet est aussi publié à l’École des Loisirs) est habité par Avril, qui aime Elias autant qu’elle se fait du souci pour lui, si craintif, si étrange… Elias, qui ploye sous le poids d’une enfance compliquée, lorsqu’il était le « fils du fou », ce père délirant qui prétendait posséder des pouvoirs de médium ou de magnétiseur, et tyrannisait sa famille.
Alors, pourquoi pas espérer se sauver grâce à l’amour d’Avril ?


L’Expérience, de Christophe Bataille

Signé Bookfalo Kill

Avril 1961, la France mène des essais nucléaires aériens. Quelques hommes sont envoyés dans une tranchée creusée à trois kilomètres du point d’impact, avec pour mission de mesurer les effets de l’explosion sur les êtres vivants. Pour tout équipement, ils ont des combinaisons dont l’épaisseur est dérisoire, et un compteur Geiger.
En toute connaissance de cause, ces hommes sont des cobayes, et leur affectation, une mission suicide. Leur chef est un jeune militaire mis aux arrêts et considéré comme rebelle parce qu’il est tombé durant un défilé du 14 juillet sur les Champs-Elysées. Pour effacer sa faute, il accepte de conduire l’opération. Des années plus tard, il relate dans un cahier ce qu’il n’a le droit de raconter à personne…

Bataille - L'ExpériencePrésenté de cette manière, ça fait plutôt envie, non ? On en espère une charge, une colère, une dénonciation. Hélas, rien de tout cela. Le roman de Christophe Bataille n’est finalement qu’un ersatz de cette histoire. En dépit de sa brièveté, L’Expérience est truffée de grandes phrases et de réflexions désordonnées qui m’ont rapidement égaré et fait perdre tout intérêt pour ce texte.
Bataille cherche à raconter l’indicible, et en un sens, il y parvient plutôt bien puisqu’au bout du compte, il ne raconte pas grand-chose. Le récit de la mission s’égare dans les méandres de pensées confuses, où surnage parfois une idée intéressante – par exemple, le fait que le narrateur reste fasciné, presque au sens amoureux du terme, par le spectacle dont il a été témoin et acteur, au point de ne pas regretter d’y avoir participé. (Enfin je crois.)

Finalement, c’est lorsqu’il reconnaît lui-même « fuir la fiction » (p.73) et tisse un parallèle sous-jacent entre l’essai nucléaire et l’essai littéraire – « C’est donc à peine un cahier : disons un essai. Une expérience. » (p.61) – que Christophe Bataille semble toucher au plus juste de l’exercice. Dans les deux cas, la tentative aboutit à des tâtonnements pouvant s’avérer vains, voire destructeurs.
En ce qui me concerne, il aura détruit une bonne demi-heure de mon temps libre et je le regrette un peu.

L’Expérience, de Christophe Bataille
  Éditions Grasset, 2015
ISBN 978-2-246-81164-0
82 p., 12€