Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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A première vue : la rentrée Liana Levi 2017

Un roman français, un roman italien, un polar japonais. Qui dit moins ? Avec cette rentrée minimaliste, Liana Levi, l’un des éditeurs vedettes de la rentrée 2016 grâce au magnifique succès de Désorientale de Négar Djavadi, ne prend pas le moins du monde la grosse tête – ce n’est pas le genre de la maison, de toute façon. Ce qui ne nous empêche pas d’attendre le meilleur de ses propositions.

Kiner - La Nuit des béguinesRIEN A VOIR AVEC LA DANSE ANTILLAISE : La Nuit des béguines, d’Aline Kiner
Aline Kiner était entrée en littérature avec un bon polar lorrain, Le Jeu du pendu, paru en 2011. La voici plongée en pleine rentrée littéraire avec un roman historique situé en 1310, dans le quartier du Marais à Paris. Refusant à la fois le voile et le mariage, des centaines de femmes vivent paisiblement dans le grand béguinage royal, jusqu’au jour où l’irruption de Maheut la Rousse vient mettre en danger le fragile équilibre de leurs existences…
Une page d’histoire méconnue, du suspense (probablement), un hymne à un mode de vie indépendant, les ingrédients qui composent ce roman sont séduisants. A confirmer, bien entendu.

Piperno - Là où l'histoire se termineLE RETOUR DU MARI PRODIGUE : Là où l’histoire se termine, d’Alessandro Piperno
(traduit de l’italien par Fanchita Gonzalez Batlle)
Descendant d’une illustre famille romaine, Matteo Zevi est un peu le mouton noir de la lignée. Après deux mariages et une collection de dettes contractées dans les années 1990, il a fini par fuir à Los Angeles où sa vie s’est poursuivie selon le même modèle. De retour à Rome seize ans plus tard, libéré de ses obligations financières par la mort de son créditeur, Matteo est prêt à replonger avec délice dans la vie tumultueuse de Rome. Mais les temps ont changé…
Avec les pires intentions, tragicomédie féroce sur la bourgeoise romaine, avait permis à Piperno de faire une entrée fracassante dans le monde des lettres italiennes, confirmant ensuite son talent dans Persécution. L’un des noms à suivre de la rentrée littéraire étrangère.

A Mathematician (?)COLD CASE : Six-Quatre, de Hideo Yokoyama
(traduit du japonais par Jacques Lalloz)
Grand succès au Japon, ce polar relate l’obsession d’un policier pour une enquête qu’il n’a pas réussi à résoudre en 14 années d’investigation, l’enlèvement et le meurtre d’une fillette. Chargé d’organiser dans sa région la venue du chef de la police nationale, qui doit annoncer officiellement la prochaine prescription des faits, le commissaire Mikami replonge dans son cauchemar le plus intime.


Le Jeu du pendu Aline Kiner

Signé Bookfalo Kill

En-dehors des survivants ou des héritiers du roman noir typiquement hexagonal, à l’écart des grosses machineries plus ou moins inspirées du thriller commercial, le polar français est capable d’avoir du talent, surtout quand il sort des sentiers battus et joue la carte de la singularité. La preuve avec Le Jeu du pendu, le premier roman d’Aline Kiner, paru début 2011 aux éditions Liana Lévi.

Un matin d’hiver en Lorraine. On retrouve dans une faille d’une mine désaffectée le cadavre d’une jeune fille, une corde étrangement nouée autour d’elle. Le lendemain, un curieux assemblage de brindilles est découvert dans un cimetière, au pied d’un arbre où un homme avait été retrouvé pendu en 1944, au lendemain de la Libération. En menant l’enquête, Simon Dreemer, un flic exilé de Paris, et son adjointe locale Jeanne Modover mettent au jour de bien sombres histoires liées à l’histoire de la région…

Fille de mineur, ayant grandi en Moselle, Aline Kiner fait la part belle à l’histoire riche et douloureuse de sa terre d’origine, dont elle évoque les paysages avec autant de poésie que de précision. Elle exploite également avec intelligence deux aspects fondamentaux de la Lorraine : d’une part, l’importance qu’y a tenu l’exploitation des mines, et la manière dont le territoire comme les hommes en portent les cicatrices aujourd’hui ; d’autre part, l’histoire complexe d’une région annexée par l’Allemagne après la défaite de la France en 1940, et marquée plus que d’autres par la violence, la honte et les règlements de compte à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le résultat est un polar psychologique original, porté par une galerie de personnages complexes, tous plus ou moins hantés, et dont l’intrigue, pour être correctement menée, est finalement surtout un prétexte à évoquer une histoire méconnue mais passionnante. Une jolie réussite, qui permet d’explorer de nouveaux horizons.

Le Jeu du pendu, d’Aline Kiner
Editions Liani Lévi, 2011
ISBN 978-2-86746-559-8
240 p., 16€

Retrouvez le Jeu du pendu sur le site des éditions Liana Lévi.