Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Articles tagués “Valentine Goby

A première vue : la rentrée de l’Iconoclaste 2017

Cette année, impossible de commencer nos présentations de rentrée littéraire par un autre éditeur que l’Iconoclaste. D’abord parce que cette maison nous avait épatés il y a deux ans en publiant le formidable Victor Hugo vient de mourir de Judith Perrignon, lors de sa première participation au grand raout de la fin août. Ensuite parce qu’elle a le bon goût de ne faire paraître que quatre livres cette année (à la différence de nombre de ses collègues qui, comme vous le verrez, ont abusé de la déforestation).
Enfin et surtout, parce qu’elle permet à l’un de nos chouchous, accessoirement l’un des plus grands auteurs français de littérature jeunesse, de partager avec nous son extraordinaire premier livre « pour adultes » – expression un peu stupide, faut-il l’avouer, mais à défaut de mieux…

I DO BELIEVE IN FAIRIES : Neverland, de Timothée de Fombelle (lu)
Attention, ce petit livre est une pure merveille. Je vous préviens, vous n’aurez pas le droit de passer à côté (oui, carrément). L’auteur de ces immenses romans pour la jeunesse que sont Tobie Lolness, Vango et Le Livre de Perle sort de sa cachette secrète pour signer un sublime récit sur l’enfance, une quête de l’enfance, une poursuite tout en tours et détours de ce temps lointain où l’insouciance était de mise. Un texte doux, tendre, sensoriel, imagé, imaginaire, poétique, amusant, bouleversant… résurrection du Pays Imaginaire que chacun de nous porte en lui. Rendez-vous le 30 août chez tous les libraires ayant une âme d’enfant.

CHARLOTTE : « Je me promets d’éclatantes revanches », de Valentine Goby
Au moment où elle écrivait Kinderzimmer, il y a plus de quatre ans, Valentine Goby a découvert Charlotte Delbo, résistante, déportée revenue de l’enfer pour nous offrir une œuvre littéraire éblouissante appuyée sur les ruines d’Auschwitz et résolument tournée vers l’avenir, vers le vivre. Dans son nouveau livre, la romancière lui rend hommage et invite à la lire, surtout aujourd’hui, plus que jamais aujourd’hui. « Je me promets d’éclatantes revanches » risque de vous faire ressortir de votre librairie avec l’œuvre intégrale de Charlotte Delbo, et c’est tout le mal que l’on peut vous souhaiter.

PROVENÇAL LE GAULOIS : Ma Reine, de Jean-Baptiste Andréa
Finalement, c’est le seul roman de la rentrée de l’Iconoclaste, et c’est un premier. Jean-Baptiste y narre les aventures de Shell, jeune garçon ainsi surnommé car il vit dans la station-service de ses parents et qu’il se balade toujours avec un blouson orné du célèbre logo de la firme pétrolière. Après avoir failli mettre le feu à la garrigue provençale où il habite, Shell est promis à un institut, mais il décide de tracer sa route et de partir faire la guerre. Au lieu de ça, au cœur de la nature sauvage où il s’est évadé, il rencontre une fille et s’ouvre à la vie. La promesse d’un univers singulier, à découvrir sans doute.

JE VOUS FAIS UNE LETTRE : Un bruit de balançoire, de Christian Bobin
L’illustre romancier et poète du minimalisme et de l’intériorité propose ici un recueil de lettres. Réelles, imaginaires, à un nuage où à sa mère, à qui en veut ou qui en rêve. Un livre atypique qui rencontrera sans nul doute son public, car Bobin est extrêmement lu et suivi.

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A première vue : la rentrée Actes Sud 2016

Allez, comme les précédents étés, c’est reparti pour la rubrique À première vue, dans laquelle nous vous présentons rapidement une partie de la rentrée littéraire qui atterrira sur les tables des libraires à partir de la mi-août. 560 romans au programme cette année, soit un peu moins que l’année dernière – mais encore trop, surtout que ce cru 2016 ne part pas forcément gagnant. Il y aura quelques grands rendez-vous, mais d’après le premier panoramique que nous avons pu faire, ils seront rares, égarés au milieu de nombreux titres carrément dispensables…

2015 a été l’année Actes Sud, avec notamment la sortie événement du quatrième tome de Millenium, le triomphe extraordinaire du Charme discret de l’intestin de Giulia Enders, et la consécration de Mathias Enard, couronné du prix Goncourt pour Boussole. Cette année, les éditions arlésiennes présentent une rentrée solide, qui comptent des valeurs sûres aussi bien en littérature française (Gaudé, Vuillard, Goby) qu’étrangère (Salman Rushdie). Pas de folie des grandeurs donc (ouf !), et quelques jolies promesses.

Vuillard - 14 juilletA LA LANTERNE : 14 juillet, d’Eric Vuillard (lu)
Encore trop méconnu du grand public, Eric Vuillard est pourtant l’un des auteurs français les plus intéressants et talentueux de ces dernières années, dont la spécialité est de mettre en scène des pages d’Histoire dans des récits littéraires de haute volée – nous avions adoré il y a deux ans Tristesse de la terre, récit incroyable autour de Buffalo Bill. Espérons que son nouveau livre lui gagnera les faveurs d’innombrables lecteurs, car il le mérite largement : 14 juillet, comme son titre l’indique, nous fait revivre la prise de la Bastille – mais comme on l’a rarement lu, à hauteur d’homme, parmi les innombrables anonymes qui ont fait de cette journée l’un des plus moments les plus déterminants de l’Histoire de France, au coeur du peuple et non pas du point de vue des notables. Puissant, littérairement virtuose, ce petit livre offre de plus une résonance troublante avec notre époque. L’un des indispensables de la rentrée.

Gaudé - Ecoutez nos défaitesMOURIR POUR SES IDÉES : Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé
Prix Goncourt en 2004 pour Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé donne l’impression de faire partie du décor littéraire français depuis très longtemps. Il n’aura pourtant que 44 ans lorsqu’il présentera fin août son nouveau roman, réflexion sur l’absurdité des conquêtes et la nécessité sans cesse renouvelée de se battre pour l’humanité ou la beauté. Écoutez nos défaites met en scène un agent des renseignements français chargé de traquer un membre des commandos d’élite américains soupçonné de trafics divers, et qui rencontre une archéologue irakienne tentant de préserver les œuvres d’art des villes bombardées. Un livre qui paraît aussi ancré dans le réel que l’était Eldorado au milieu des années 2000 sur le drame des migrants.

Goby - Un paquebot dans les arbresTOUSS TOUSS : Un paquebot dans les arbres, de Valentine Goby
Très remarquée pour l’ambitieux et poignant Kinderzimmer il y a trois ans, Valentine Goby change de décor pour nous emmener à la fin des années 50, dans un sanatorium où sont envoyés tour à tour les parents de Mathilde. Livrée à elle-même, sans aucune ressource, la courageuse adolescente entreprend alors tout ce qui est possible pour faire sortir son père et sa mère du « grand paquebot dans les arbres »…

Cherfi - Ma part de GauloisMOTIVÉ : Ma part de Gaulois, de Magyd Cherfi
Le chanteur du groupe Zebda évoque son adolescence au début des années 80, à Toulouse, alors qu’il se fait remarquer simplement parce que lui, petit rebeu de quartier défavorisé, ambitionne de passer et de réussir son bac… Un texte autobiographique qui ne devrait pas manquer de mordant et de poésie, connaissant le bonhomme.

Froger - Sauve qui peut (la révolution)LE CINÉMA, C’EST… : Sauve qui peut (la révolution), de Thierry Froger
Et si Godard avait voulu réaliser un film sur la Révolution française intitulé Quatre-vingt-treize et demi ? C’est le postulat de départ du premier roman de Thierry Froger, pavé de 450 pages qui sera soit étourdissant, soit royalement pompeux – c’est-à-dire, soit révolutionnaire soit godardien. Un gros point d’interrogation sur ce livre.

Py - Les Parisiens(PAS) CAPITALE : Les Parisiens, d’Olivier Py
Une plongée dans la nuit parisienne, dans le sillage d’un jeune provincial, Rastignac des temps modernes, qui rêve de théâtre et de mettre la capitale à ses pieds… Olivier Py devrait encore agacer avec ce nouveau livre au parfum bobo en diable, qui nous laisse penser qu’il devrait se consacrer pleinement au festival d’Avignon et au théâtre plutôt que d’encombrer les tables des libraires avec ses élucubrations littéraires.

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Rushdie - Deux ansUNE BONNE PAIRE DE DJINNS : Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, de Salman Rushdie
Le plus barbu des vieux sages romanciers propose cette fois un conte philosophique, dans lequel des djinns, créatures mythiques et immortelles, décident de se mêler aux humains pour partager leurs vies pleines de folie et de déraison. L’occasion, par le filtre de la fiction fantastique, d’une vaste réflexion sur l’histoire humaine.

SAGA SUÉDÉE : Fermer les yeux (Le Siècle des grandes aventures t.4) – titre incertain
Le romancier suédois poursuit sa vaste geste contemporaine qui explore les bouleversements du XXème siècle, en confrontant Lauritz, l’aîné des frères Lauritzen héros de la saga, au drame de la Seconde Guerre mondiale.

WHEN YOU BELIEVE : Le Roman égyptien, d’Orly Castel-Bloom
A travers les époques et les pays, entre l’Égypte biblique, l’Espagne de l’Inquisition et les kibboutz israéliens, l’errance des Castil, une famille juive. Ce roman a reçu l’équivalent du prix Goncourt égyptien.

Lustiger - Les insatiablesFRANCE-ALLEMAGNE, LE RETOUR : Les Insatiables, de Gila Lustiger
Gila Lustiger est allemande mais vit en France. Son nouveau roman, qui suit l’enquête opiniâtre d’un journaliste sur un meurtre vieux de 27 ans qui vient d’être résolu grâce à l’ADN, dresse un tableau sans concession de la France contemporaine. Grosse Bertha : 1 / Ligne Maginot : 0.

DEUXIÈME ÉTOILE A DROITE ET TOUT DROIT JUSQU’AU MATIN : Phare 23, de Hugh Howey
L’auteur de la trilogie à succès Silo revient avec un nouveau roman de S.F., publié dans la collection Exofictions. Nous sommes au XXIIIème siècle et les phares se trouvent désormais dans l’espace, où ils guident des vaisseaux voyageant à plusieurs fois la vitesse de la lumière. Construits pour être robustes, à toute épreuve, ces phares sont les garants de l’espace stellaire. Mais que se passerait-il en cas de dysfonctionnement ?…


Kinderzimmer de Valentine Goby

kinderzimmer-1393211-616x0Voilà un livre ambitieux et qui laisse songeur. Mila vient d’être raflée par la police et déportée au camp de Ravensbrück. Quelques temps après son internement, elle ressent ce qu’elle pense être des signes de maladie. Il s’avère finalement que Mila est enceinte. Comment vivre sa grossesse, comment accoucher quand on est interné? J’ai découvert l’existence des Kinderzimmer grâce à l’ouvrage de Valentine Goby. Pour moi, toute femme, un tant soit peu enceinte, finissait directement assassinée, afin d’éviter aux SS de s’encombrer avec des nourrissons. Mais pas à Ravensbrück. 
Dans ce camp quasiment exclusivement féminin, une sommaire salle d’accouchement à été aménagée à partir de 1943, étrange lieu de mort où l’on donne la vie. 

Valentine Goby vient de rédiger un ovni littéraire. Le style est froid, percutant, aride, comme un hiver en Allemagne. Beaucoup de phrases sont nominatives, pas de verbe, ce qui rend la lecture particulièrement stressante, oppressante. Pas besoin de s’épancher sur des explications. Tout est dit en quelques mots et le roman entier est une course folle vers l’horreur. 

Ce livre m’a laissée dubitative. Je l’ai rapidement lu, et je n’arrive pas à me faire un avis, plusieurs jours après. Je suis incapable de dire si j’ai apprécié ou non ce roman. Qui n’en est pas un, puisque la Kinderzimmer a véritablement existé et que la grande résistante Marie-Jo Chombart de Lauwe, à qui cet ouvrage est dédié, y a oeuvré tant qu’elle a pu pour sauver les vies de ces bébés de la mort. Trois enfants français sont nés et ont survécu à Ravensbrück. Deux garçons et une fille, qui ont maintenant entre 69 et 70 ans. Personne n’est mieux placé qu’eux pour nous donner un résumé de cet ouvrage fort. Car personne d’autre qu’eux ne peut dire ce qu’il s’est réellement passé, dans la Kinderzimmer de Ravensbrück. 

Kinderzimmer de Valentine Goby
Editions Actes Sud, 2013
9782330022600
218p., 20€

Un article de Clarice Darling.


A première vue : la rentrée littéraire Actes Sud 2013

On continue la tournée des grosses sorties d’août avec la rentrée littéraire d’Actes Sud. L’éditeur arlésien nous propose une sélection ramassée (huit titres) mais intrigante…

Huston - Danse noireLA STAR : Danse noire, de Nancy Huston
La grande dame canadienne des lettres françaises revient avec un roman tournant autour d’un homme, Milo, veillé sur son lit de mort par son ami, le réalisateur Paul Schwartz. Celui-ci envisage alors de tirer un film de la vie palpitante de Milo, l’occasion d’une vaste traversée du XXème siècle… Nous n’avons jamais été déçus par Nancy Huston, alors pourquoi l’être avec ce nouveau roman ?

LES PLUS ATTENDUS :
Goby - KinderzimmerKinderzimmer, de Valentine Goby : transfuge d’Albin Michel, la jeune auteure s’intéresse à un cas historique aberrant : l’existence d’une maternité, lieu de vie par excellence, en plein coeur du camp de concentration de Ravensbrück. Un sujet difficile, pour un rendez-vous exigeant avec les lecteurs. On en attend le meilleur.

L’Esprit de l’ivresse, de Loïc Merle : un premier roman relatant le renversement du pouvoir en France par une révolution venue des banlieues. Choc attendu.

Frappat - Lady HuntFANTASTIQUE : Lady Hunt, d’Hélène Frappat
Agent immobilier à Paris, une jeune femme est hantée par la vision d’une maison inconnue, et assiste à l’enlèvement étrange d’un enfant. Armée de ses rêves obsédants, elle part en quête de la vérité, jusque sur les landes du Pays de Galles… Le pitch est tentant, on en reparlera, c’est sûr !

AVENTURIER : La Confrérie des chasseurs de livres, de Raphaël Jérusalmy
Avec un titre pareil, comment ne pas être attiré ? Si l’on ajoute que l’auteur s’empare de la figure ardente du poète François Villon, pour combler un vide avéré de sa biographie en l’imaginant mandaté par le roi Louis XI. Sa mission : partir en Palestine sur les traces de la mystérieuse Confrérie des Chasseurs de Livres… Un roman d’aventures historique et littéraire, très tentant également !

L’AUTRE PREMIER ROMAN : Riviera, de Mathilde Janin
L’histoire d’une passion brûlante, de New York à Paris, entre une star du rock et une jeune femme, sur fond de pandémie ravageant le continent américain. Pourquoi pas.

TÉNÉBREUX : Parabole du failli, de Lyonel Trouillot
Un jeune comédien haïtien se suicide alors qu’il commence à rencontrer le succès. L’un de ses amis tente de comprendre son geste et se confronte à l’intense désespoir qui régit notre monde. Prix Rires et Chansons assuré – mais, plus sérieusement, Trouillot est l’un des grands auteurs haïtiens contemporains, donc…

INTIME : Une part de ciel, de Claudie Gallay
Une famille se réunit lorsque le père invite sa fille aînée à revenir dans sa Vanoise natale peu avant les fêtes de Noël. L’occasion de retrouvailles compliquées avec des frère et soeur restés dans la région, devenus presque des étrangers… Claudie Gallay a rencontré un large public avec les Déferlantes en 2008, parions qu’elle le retrouvera encore cette fois.

Une rentrée séduisante, donc, mais dont nous n’avons encore rien lu… A suivre pour de premiers avis dans les jours qui viennent !