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De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire, de Marc Salbert

Signé Bookfalo Kill

Au minimum, Marc Salbert pourrait se targuer d’avoir pondu le titre le plus loufoque de cette rentrée littéraire hivernale. (Dans le registre, il devance en effet son collègue des éditions du Dilettante, Romain Puértolas, qui s’illustre avec La Petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la Tour Eiffel.) Mais ce ne serait pas lui rendre justice que de s’en tenir à ce constat, car son roman tient la promesse lancée par son titre.

Salbert - De l'influence du lancer de minibar sur l'engagement humanitaireDe l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire est donc le livre léger, drôle et enlevé que l’on était en droit d’espérer après une telle entrée en matière. Il narre les aventures extravagantes d’Arthur Berthier, journaliste rock pour les pages culture d’un grand quotidien, qui se trouve relégué aux infos générales (la déchéance pour lui) après avoir pratiqué la propulsion de minibar depuis la fenêtre d’un grand hôtel cannois, un soir de beuverie sous stupéfiants particulièrement gratinée.
Bizarrement, la punition va le mener à une gloire inattendue. Chargé de faire un papier sur un squat d’Afghans dans un square parisien, il encaisse un coup de matraque perdu par un CRS venu évacuer la place avec ses collègues Robocop. Arthur se retrouve icône de la lutte contre la répression aveugle, hôte d’un Afghan cuisinier dans son petit appartement foutraque, et nanti d’un contrat d’édition express pour raconter ses mésaventures dans un livre-témoignage. De quoi alimenter la furie de son ex-femme à son égard, tout en suscitant une fierté toute neuve chez sa fille ado. Et ce n’est que le début de ses ennuis…

C’est peut-être d’avoir lu ce roman au milieu de tant de déceptions, mais je me suis vraiment marré en dévorant les péripéties d’Arthur et consorts. Le style n’est certes pas flamboyant, mais les chapitres défilent au rythme d’une écriture dont la fluidité est parfois proche de l’oralité. Ce n’est pas toujours gracieux mais c’est efficace.
Par ailleurs, sérieux et réalistes s’abstenir, certaines situations sont rocambolesques et manquent trop de crédibilité pour satisfaire les esprits cartésiens. En revanche, si vous recherchez un bon bouquin pas prise de tête, qui assume joyeusement la volonté de vous amuser et de vous distraire, faites péter le minibar, il est bien rempli !

De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire,
de Marc Salbert

  Éditions le Dilettante, 2015
ISBN 978-2-84263-815-3
286 p., 17,50€


Géographie de la bêtise, de Max Monnehay

Signé Bookfalo Kill

Un jour, Pierrot, un idiot, décide de créer une communauté pour y rassembler toutes les cervelles boiteuses comme lui. Les abrutis, les vrais, les sincères. Les imbéciles de compétition. Les authentiques mous du bulbe. Bref, au lieu que chacun souffre à être l’idiot de son village, il propose que tous vivent entre eux et en harmonie dans le village des idiots.
Et le pire, c’est que ça marche. Au point que ça crée des envieux. Des intelligents, des sûrs d’eux, qui tentent de se faire passer pour les débiles qu’ils ne sont pas pour réussir à investir les lieux. Nos idiots, qui n’en sont pas la moitié d’un quand il faut distinguer les vrais stupides des simulateurs, arrivent à les repousser en les soumettant à leur arrivée à un test infaillible.
Jusqu’au jour où Bastien, l’un des villageois, falsifie le test. Il vient de rencontrer Elisa, il est tombé amoureux, et il ne veut plus qu’une chose : faire l’idiot avec elle au village des idiots. Une idée idiote, forcément.

Même si je me suis bien amusé à écrire le résumé ci-dessus, je préfère vous prévenir : cette Géographie de la bêtise entre tout droit dans la catégorie « roman-avec-une-bonne-idée-de-départ-et-puis-pas-grand-chose-après ». Oui, c’était séduisant, cette idée de village des idiots. Ça aurait pu constituer un bon roman, à la fois drôle et satirique, avec ce qu’il faut de critique sociale pour donner un air intelligent à l’ensemble. J’imagine que c’était d’ailleurs l’objectif de Max Monnehay. Et qu’il y aura des critiques pas trop exigeants (pléonasme ?) pour y trouver tout ça. On peut se contenter de ce qu’on a.
Ou pas.

Comme souvent avec une bonne idée de départ, ça commence plutôt pas mal. La romancière nous présente son héros narrateur, Bastien, dans son quotidien d’idiot humilié par sa mère castratrice et ignoré par son père transparent ; puis le projet de Pierrot. C’est parfois drôle, cruel, plutôt pas mal écrit. O.K.

Il y a pourtant déjà des trucs un peu agaçants. Par exemple, Monnehay s’amuse avec le titre de ses chapitres. Un coup c’est « Anti-leçon », un coup « Leçon de géographie », avec un numéro et un sous-titre pseudo-savant (c’est fait exprès). On ne saisit pas toujours bien le rapport entre le titre et le contenu.
Puis il y a les chapitres « La médecine pour les nuls », quand le narrateur raconte sa vie de grand brûlé à l’hôpital. Car, oui, c’est annoncé dès les premières pages, toute cette histoire a mal fini pour Bastien. Un jour, il s’est transformé en feu de joie. Il n’en est pas mort, mais pas loin. Pourquoi, comment, on le saura à la fin.

Le problème, c’est que le chemin pour y arriver, à cette fameuse fin, est plutôt longuet. Une fois le village établi et l’histoire d’amour lancée, ça patine. Le cap de la bonne idée de départ est franchi, il faut maintenant naviguer ; sans vent dans les voiles, c’est compliqué. (J’assume la métaphore moisie.)
Monnehay n’a plus grand-chose à raconter ensuite, elle brode, divague, essaie à la fois d’être drôle et tragique – sans y arriver, à bout de souffle stylistique. Avant de pondre cette chute venue de nulle part et qui ressemble à un aveu d’impuissance.

Un roman dont la bonne idée de départ n’est pas transformée, ça peut énerver. Je vous conseille donc amicalement d’éviter celui-là.

Géographie de la bêtise, de Max Monnehay
Éditions du Seuil, 2012
ISBN 978-2-02-107383-6
225 p., 17€