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Bruce, de Peter Ames Carlin

Signé Bookfalo Kill

Fans du Boss, dégainez vos Telecaster, ça va rocker ! Le catalogue musical des éditions Sonatine s’enrichit d’une énorme biographie de Bruce Springsteen, signée par le journaliste américain Peter Ames Carlin et préfacée pour l’édition française par l’inévitable Antoine de Caunes, supporter numéro 1 de l’enfant du New Jersey.

Carlin - BruceApprouvée par Springsteen lui-même, cette somme pénètre véritablement au cœur du phénomène et s’efforce de saisir dans toute sa complexité celui qui est sans doute l’un des derniers rockers authentiques de la scène mondiale. Le boulot de Carlin est si minutieux que l’on a l’impression de vivre dans les pas du Boss depuis sa naissance jusqu’au Wrecking Ball Tour, la tournée monstre (et toujours en cours) qui accompagne son dernier album en date.

Pas de cahier photo au milieu du bouquin pour faire joli ou attendrir avec des clichés de la star bébé, ce n’est pas le style de la maison. Les 653 pages de Bruce racontent en détail la vie et l’œuvre de l’auteur de Born in the USA, avec un luxe d’anecdotes et de précisions que les nombreuses interviews menées par Carlin auprès des proches de Springsteen (notamment Clarence Clemons, le géant saxophoniste décédé il y a deux ans) rendent encore plus précieuses.

On apprend ainsi tout du perfectionnisme affolant du chanteur, qui menace de rendre fous ses collaborateurs à chaque nouvel album. Le récit des sessions d’enregistrement marathon de Born to run, Darkness on the edge of town ou The River est, par exemple, hallucinant…
Carlin évoque aussi sans détour les relations complexes que Springsteen entretient avec son entourage, de la rupture amère avec son premier manager et producteur, Mike Appel, à l’abandon brutal de son mythique E-Street Band à la fin des années 80 (avant une reformation définitive en 1999), en passant par ses difficultés relationnelles avec son père et ses histoires amoureuses compliquées.

Parcours d’un homme autant que d’un musicien hors du commun, Bruce refuse l’hagiographie pour mieux expliquer pourquoi Springsteen, dans toutes ses nuances, avec sa puissance créatrice phénoménale mais aussi ses doutes, son intégrité artistique et morale sans failles mais aussi ses erreurs humaines, est devenu le mythe vivant qu’il est aujourd’hui.
Une biographie indispensable, qui donne envie de réécouter tous ses disques, même ses moins réussis, pour y trouver un nouveau sens – et pour le simple plaisir de vibrer au rugissement des guitares et de la voix rocailleuse de celui qui chante l’Amérique, et à travers elle le monde d’aujourd’hui, mieux que quiconque.

Bruce, de Peter Ames Carlin
Traduit de l’américain par Julie Sibony
Éditions Sonatine, 2013
ISBN 978-2-35584-190-3
653 p., 22€


Quelque chose dans la nuit, de Mikaël Ollivier

Signé Bookfalo Kill

Mikaël Ollivier est fan de Bruce Springsteen. De ces fans qui n’hésitent pas à retrouver leur idole partout où celle-ci monte sur scène, que ce soit en Europe, aux Etats-Unis ou ailleurs dans le monde. Ecrivain, il avait déjà joint l’utile à l’agréable une première fois, en livrant avec Hugues Barrière une biographie analytique passionnante du chanteur américain (Bruce Frederick Springsteen, éditions Le Castor Astral).

Dans Quelque chose dans la nuit, son nouveau polar, Mikaël Ollivier reprend son sujet de prédilection en plaçant le Boss et sa musique au coeur de l’intrigue. Une petite bande de fans, devenus amis à force de se croiser au pied de la scène, se reconstitue à l’occasion du Magic Tour, la tournée de Springsteen organisée en Europe pour accompagner la sortie de son nouvel album. De ville en ville, de Madrid à Anvers en passant par le Parc des Princes à Paris, ils suivent fidèlement leur guitar hero, commentant ses prestations successives, ses playlists évolutives, ses moindres faits et gestes. Mais un tueur mystérieux les suit également comme leur ombre et entreprend de semer la mort dans leurs rangs, hanté par la chanson « Something in the night » et sa strophe prémonitoire : « Rien n’est oublié ni pardonné »…

Quand j’ai appris la parution de ce roman, j’ai été saisi d’impatience autant que d’appréhension. Oui, je l’avoue, je suis moi aussi fan de Springsteen – pas aussi hardcore que ceux du roman, mais sa musique fait partie de celles auxquelles je reviens régulièrement, y trouvant toujours une chanson ou un album pour épouser mon humeur du moment.  Autant dire que le sujet du livre était fait pour moi et que j’en attendais beaucoup. Je n’ai pas été déçu !
La grande force du roman réside dans la manière dont l’auteur nous plonge au cœur du monde singulier des tournées du Boss. Il en restitue la puissance unique de Springsteen et de son E Street Band sur scène, leur énergie communicative, la force et la poésie des chansons, tout l’univers en somme du rocker. Un domaine que Mikaël Ollivier retranscrit aussi bien qu’il le maîtrise. J’ai particulièrement aimé deux passages du roman, où il se glisse dans la tête de la star, évoquant ses sentiments avant de monter sur scène, ses doutes, son rapport au public, à l’attente de la foule… De très belles pages, très émouvantes.

Faut-il donc être fan du Boss pour apprécier ce roman ? Pas nécessairement. Le suspense fonctionnerait sans doute avec un autre artiste – même si Springsteen est unique en son genre… Le sujet central du livre, ce sont les fans. Leur passion virant parfois à la folie, les sacrifices auxquels ils consentent, leur dévouement incroyable à leur idole… Bien que fervent admirateur lui-même, Ollivier a su prendre le recul nécessaire pour se confronter en détail à un thème taillé pour le polar – genre attiré par les fascinations en tous genres s’il en est.
Le résultat est captivant, même si le rythme du récit peut dérouter au début : avant d’entrer dans le vif du sujet, le romancier prend le temps d’approfondir ses personnages, de fouiller leur psychologie et leurs histoires. Pour mieux nous aspirer dans la spirale démente du meurtrier, ce qui nous vaut quelques scènes angoissantes et éprouvantes, et une accélération progressive du tempo qui laisse peu au lecteur l’opportunité de respirer jusqu’à un final spectaculaire.

Bref, voilà un polar français original et réussi : deux bonnes raisons de foncer dessus dès sa parution le 6 octobre !

Quelque chose dans la nuit, de Mikaël Ollivier
Editions le Passage, 2011
ISBN 978-2-84742-173-6
336 p., 19€