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Pourquoi je n’ai pas dépassé la page 50 : Va et poste une sentinelle, d’Harper Lee

Lee - Va et poste une sentinelleJe sais, c’est pas beau de tirer sur l’ambulance mais franchement, là, c’est pas possible autrement. J’avais adoré Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur que j’avais lu en version originale. Les personnages, l’ambiance, l’atmosphère, tout était attachant, très bien écrit et décrit. Sensible, émouvant. Et je comprends l’auteur de ne pas avoir réussi à écrire autre chose par la suite. Après tout, écrire un seul roman, récolter le prix Pulitzer dans la foulée et vivre de ses rentes ad vitam aeternam, je vous avoue que je veux bien le même sort.

Seulement voilà. Harper Lee a maintenant 89 ans et elle doit sucrer les fraises tant et si bien que son avocate s’est empressée d’aller fouiller chez elle pour « dénicher », au fin fond d’un tiroir, une « suite ». C’est pas beau de se faire du pognon sur le dos d’une petite mamie. La littérature vaut mieux que ça. Je vais être honnête avec vous, je n’ai pas dépassé la page 50. Ce roman m’est tombé des mains. Comment est-ce possible que ce soit le même auteur qui ait écrit ces deux ouvrages? Ma seule consolation, c’est de savoir que Va et poste une sentinelle a été écrit avant Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, qu’il en est la matrice, en quelque sorte le brouillon. Mais dans ce cas, pourquoi le publier?

L’histoire ne nous le dira jamais clairement ; mais un conseil, surtout si vous avez aimé Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, passez votre chemin. Absence de style, personnages ternes voire transparents, intrigue mince, ambiance zéro. Je suis horriblement déçue. Atticus Finch a mal vieilli, il tourne vieux con raciste, lui, le brillant avocat défenseur d’un jeune Noir accusé à tort de viol dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Scout, autrefois garçon manqué, toujours fourrée dans des coups pendables avec son frangin et le petit voisin, est devenue une grue new-yorkaise, entichée d’un lourdeau prénommé Hank.

Va et poste une sentinelle n’est rien de moins qu’une mise à mort de personnages mythiques de l’Amérique, un massacre littéraire comme il en arrive encore parfois, pour l’appât du gain. Amis lecteurs, passez votre chemin.

Va et poste une sentinelle d’Harper Lee
Editions Grasset, 2015
978 2 246 858 683
336p., 20€90

Un article de Clarice Darling.

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