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Le Dernier Roi de Brighton, de Peter Guttridge

Signé Bookfalo Kill

Le Dernier Roi de Brighton est la suite de la Trilogie de Brighton, débutée par Promenade du crime que j’avais chroniqué l’année dernière. Comme celle du premier volume, l’intrigue est complexe, riche de détails et de faits divers ou historiques qui soulignent l’énorme travail de documentation de Peter Guttridge, au-delà du cas Brighton puisqu’il est aussi question par exemple de la guerre dans les Balkans.

Guttridge - Le Dernier Roi de BrightonPour être une suite, ce deuxième volet s’ouvre par un gigantesque flash-back de 230 pages qui nous ramène dans les années 60. Guttridge nous fait assister à l’initiation tous azimuts (criminelle, sentimentale, musicale, amicale, intellectuelle, sexuelle) de John Hathaway, avant qu’il ne devienne ce fameux Roi de Brighton – prince du crime et de l’économie souterraine de la ville, déjà croisé dans Promenade du crime. Il est alors le fils adolescent de Dennis Hathaway, qui règne lui-même en véritable parrain de la cité.

L’immersion dans l’époque est totale. S’appuyant sur une bande-son d’enfer, des Beatles aux Who en passant par Pink Floyd et Simon & Garkunfel, Peter Guttridge réanime ces années comme si on y était. Les références culturelles abondent avec naturel, ainsi que celles à la mode vestimentaire dont les jeunes héros de l’histoire suivent avec passion les soubresauts.
Comme Promenade du crime, qui s’intéressait aux « Meurtres à la malle », cette première partie du Dernier Roi de Brighton suit également en fil rouge un fait divers authentique survenu en 1963 : l’attaque du train postal Glasgow-Londres (connu en anglais sous l’appellation « The Great Train Robbery« ), auquel le romancier rattache habilement les protagonistes imaginaires de son récit.

Dans ce cadre impeccable, Peter Guttridge fait évoluer des personnages hauts en couleur et ressuscite, dans la grande tradition du roman noir et non sans fascination, l’époque des grands criminels, bandits d’honneur capables de tout mais toujours respectueux de certaines règles implicites.
Passionnante en soi, cette première partie permet de créer un contraste frappant avec la criminalité moderne, à laquelle l’auteur confronte ensuite John Hathaway et ses autres héros dans une deuxième partie brutale et chaotique. Dynamités par des petites frappes sans éducation ou des sociopathes échappés des guerres contemporaines, les codes d’honneur volent en éclat et laissent tout le monde, parrains à l’ancienne, flics ou simples citoyens, démunis et à la merci d’une violence incontrôlable et sans limite.

A partir de là, Le Dernier Roi de Brighton est la véritable suite de Promenade du crime et, en ce sens, peut-être difficile à aborder sans avoir lu la première partie. Il y est notamment fait référence au massacre de Milldean, qui se déroule au début du premier tome et conditionne ensuite le destin de la plupart des personnages.
C’est aussi le cœur d’une trilogie, qui nous laisse donc en suspens, certains mystères encore irrésolus (dont celui des meurtres à la malle, à nouveau évoqués) avant la conclusion du cycle dans le troisième tome. Que j’attends donc avec impatience !

N.B.: Promenade du crime sortira en poche en mars, dans la collection Babel Noir… Une bonne opportunité à petit prix de raccrocher les wagons de la trilogie et de pouvoir pleinement apprécier ce deuxième tome !

La Trilogie de Brighton tome 2 : Le Dernier Roi de Brighton,
de
Peter Guttridge

Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue
Éditions du Rouergue, 2013
ISBN 978-2-8126-0453-9
406 p., 22,80€

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Promenade du crime, de Peter Guttridge

Signé Bookfalo Kill

Après Dan Waddell, voici encore une belle trouvaille anglaise des éditions du Rouergue ! Je m’étais promis de les garder à l’œil après la publication de l’excellent Code 1879 en 2010, et ce nouveau premier roman venu d’Outre-Manche vient combler mes attentes.

Très réaliste et complet dans sa description du fonctionnement de la police britannique, Peter Guttridge élabore une double intrigue complexe. La première, contemporaine, commence par un assaut donné par la police de Brighton sur une maison censée abriter un criminel d’envergure. Mais la tentative d’arrestation, mal préparée, tourne au massacre et à la bavure. Sarah Gilchrist, jeune inspectrice faisant partie de l’équipe d’intervention, note même l’attitude étrange de certains de ses collègues.
Soucieux de couvrir ses hommes avant même de savoir ce qu’il s’est passé, Robert Watts, le chef de la police, se voit contraint à la démission. Ce qui ne l’empêche pas, avec l’aide de Sarah, de vouloir chercher à comprendre la vérité sur cette étrange affaire, surtout lorsque les policiers impliqués dans l’assaut commencent à mourir les uns après les autres…
L’autre intrigue se rattache à un crime bien réel. Commis en 1934, le « meurtre à la malle » n’a jamais été résolu. Mais tout semble relancé lorsque des vieux dossiers de police refont surface et tombent entre les mains de Kate Thompson, une journaliste qui végète dans une radio locale et voit enfin l’occasion de lancer sa jeune carrière.

Par un savant jeu de miroirs mettant au cœur de l’intrigue de sombres histoires de famille, l’auteur fait se répondre les deux affaires sans recourir à la facilité usuelle de les faire se rejoindre ; elles se croisent, se répondent, tout comme s’entremêlent les secrets de différentes générations toutes affairées à jouer avec la vérité. Mieux vaut s’accrocher car les ramifications sont nombreuses et les deux histoires tortueuses, denses en détails et en informations.  
Mais les personnages sont remarquables, tout comme l’est le soin que Guttridge porte aux descriptions de Brighton, véritable personnage du roman, dont l’auteur a décidé d’entreprendre une radiographie complète et sans concession dans une trilogie – logiquement intitulée Trilogie de Brighton.

Ce qui explique sans doute le seul point noir de mon avis : la fin, très (trop) ouverte, de ce premier volume. Certes, Guttridge concède quelques éléments de réponse, mais sans imposer de vérités complètes et détaillées, ni dans une affaire ni dans l’autre, ce qui m’a un peu laissé sur ma faim. On sent que l’histoire n’est pas terminée – ce que la lecture sur le site de l’auteur des synopsis des deux romans suivants confirme…
En même temps, c’est un excellent moyen de me donner envie de lire le tome 2, Le Dernier Roi de Brighton, à paraître prochainement. Vivement la suite, donc !

La Trilogie de Brighton tome 1 : Promenade du crime, de Peter Guttridge
Éditions du Rouergue, 2012
ISBN 978-2-8126-0352-5
301 p., 22€