Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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A première vue : la rentrée Christian Bourgois 2017

Cette année, chez les éditions Christian Bourgois, on voit des éléphants roses partout. Et derrière, surtout des auteurs étrangers, comme souvent chez cet éditeur représentant davantage ce qui s’écrit hors de nos frontières. Il y aura tout de même un auteur français – un Mouton. Comme quoi.
Bon, à part ces plaisanteries douteuses, j’avoue que ce programme ne me fait guère rêver, à la différence de l’année dernière où Bourgois nous avait permis de découvrir l’extraordinaire premier roman de Harry Parker, Anatomie d’un soldat.

Mouton - Imitation de la vieMENSONGES SUR LE DIVAN : Imitation de la vie, d’Antoine Mouton
Deux psychanalystes en couple réalisent qu’ils ont le même patient. Ce dernier venant de disparaître, ils enquêtent et découvrent un manuscrit qu’il a laissé derrière lui, intitulé Imitation de la vie.

Suter - EléphantLA DROGUE C’EST MAL : Eléphant, de Martin Suter
(traduit de l’allemand par Olivier Mannoni)
Un sans-abri découvre un petit éléphant rose dans une grotte de Zurich. L’animal est le fruit de manipulations génétiques menées par un chercheur cupide qui souhaite en faire une sensation mondiale ; mais Kaung, un Birman qui sait parler à l’oreille des éléphants et a accompagné la naissance de cet animal extraordinaire, décide de le soustraire au savant pour le protéger.

Kureishi - L'Air de rienCOME ON UP FOR THE NOTHING : L’Air de rien, de Hanif Kureishi
(traduit de l’anglais par Florence Cabaret)
Cloîtré chez lui pour raison de santé, un réalisateur londonien soupçonne sa jeune femme d’avoir une liaison avec l’un de ses amis. Ça le rend fumasse, alors il entreprend de prouver l’adultère et songe à se venger. Bon, c’est Kureishi, ça pourrait être bien voire plus que ça. Et ça fait 170 pages, donc ça peut se tenter sans perdre trop de temps.

Hadley - Le PasséESPRIT D’ÉTÉ : Le Passé, de Tessa Hadley
(traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet)
Trois sœurs et leur frère se retrouvent un été dans la maison familiale avec leurs conjoints et enfants. Et bim, souvenirs, secrets, tensions, vas-y que ça tabasse. C’est vrai, sur le papier ça a l’air déjà lu, mais Bourgois ne publie pas n’importe quoi non plus (même si on n’est pas obligé d’être excité par tout ce que sort cette respectable maison). Alors, pourquoi pas. Ça pourrait même être une bonne surprise.

Cisneros - La Distance qui nous séparePAPAOUTAI : La Distance qui nous sépare, de Renato Cisneros
(traduit de l’espagnol (Pérou) par Serge Mestre)
Né à Lima en 1976, Renato Cisneros est le fils de Luis Cisneros Vizquerra, dit El Gaucho, ancien ministre péruvien qui cultiva des amitiés sulfureuses avec des dictateurs tels Pinochet. L’écrivain confronte l’image intime du père et celle du politicien.

Ile - Avenue Yakubu, des années plus tardSAGA AFRICA : Avenue Yakubu, des années plus tard, de Jowhor Ile
(traduit de l’anglais (Nigeria) par Catherine Richard-Mas)
Puisqu’on cause dictature, allons au Nigeria en 1995, où la vie de la famille Utu bascule lorsque le fils aîné, âgé de 17 ans, disparaît un soir pour ne plus donner signe de vie ensuite.
(Ouais, non, en fait, à part l’éléphant rose et le Mouton, pas de quoi rire dans cette rentrée, j’avoue.)

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Prison avec piscine, de Luigi Carletti

Signé Bookfalo Kill

A Rome, la Villa Magnolia est une sorte de havre de paix pour gens fortunés, reclus dans d’immenses maisons nichées dans un parc splendide. Au cœur de la résidence, une piscine tranquille fait office de réseau social : les habitants s’y rencontrent, bavardent, échangent les derniers ragots.
Et au cours de cet été, ils ont fort à faire avec l’arrivée d’un nouveau locataire. Un tel événement est déjà rare en soi, mais lorsque l’intéressé arbore de terrifiantes cicatrices sur le dos, met en fuite deux voyous venus importuner une résidente, et se présente sous une identité vraisemblablement fictive, ce ne sont pas les sujets de conversation qui manquent…

Le cinquième roman de Luigi Carletti – mais le premier traduit en France – a tout pour devenir un bon roman d’été (eh oui, il faut commencer à y penser, juillet sera là dans un mois et demi !) : un climat estival rafraîchi par les eaux bleues d’une piscine (faussement) tranquille ; une ville, Rome, qui rime naturellement avec évasion ; un scénario suffisamment alambiqué pour pimenter la lecture d’un suspense tenu jusqu’au bout ; un peu d’humour et un soupçon d’émotion pour faire prendre la sauce.

Histoire de relever l’ensemble, il y a surtout les personnages, une belle galerie de caractères solides et bien trempés (et pas parce qu’ils passent leur temps dans la piscine), de ceux auxquels on s’attache vite et sans peine. A commencer par le narrateur, Filippo Ermini, sociologue branché d’à peine 40 ans, dont le destin idyllique a été brisé une nuit, lorsqu’un automobiliste a percuté sa moto et l’a envoyé dans le décor où il a perdu ses jambes. Depuis, il végète dans son fauteuil roulant, tributaire de « l’Indispensable » Isidro, un sexagénaire péruvien au service de sa famille depuis longtemps, tout en préparant un grand projet qu’il prend soin de garder secret.
Puis il y a Rodolfo Raschiani, le nouveau résident aussi mystérieux que dangereusement charismatique ; Alessia, ancien amour de Filippo qui réapparaît dans sa vie ; maître Laporta, avocat opiniâtre et excessivement curieux ; Irina, femme de ménage bulgare trop canon pour être honnête…

La coexistence des membres de cette drôle de tribu en quasi huis clos (la Villa Magnolia, « prison » dorée pour à peu près tous les personnages…) est l’atout majeur de ce roman, par ailleurs prenant et distrayant jusqu’à son terme. Le Steven Soderbergh d’Ocean’s Eleven en ferait sûrement un bon film !

Prison avec piscine, de Luigi Carletti
Éditions Liana Levi, 2012
ISBN 978-2-86746-599-4
248 p., 18,50€