Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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A première vue : la rentrée L’Iconoclaste 2015

Faisons un peu de place cette année pour une nouvelle venue dans le grand cirque de la rentrée : la maison d’édition l’Iconoclaste, plutôt spécialisée dans le domaine des essais (notamment des livres de Christophe André, Alexandre Jollien, François Cheng, ou l’autobiographie à succès de l’artiste Gérard Garouste), se lance dans la mêlée avec quatre titres qui, ma foi, ressemblent à quelque chose. Et c’est bien pour cela que nous en parlons !

Perrignon - Victor Hugo vient de mourir (pt)2DERNIERS JOURS ILLUSTRES (I) : Victor Hugo vient de mourir, de Judith Perrignon (lu)
Auteur phare de l’Iconoclaste, auteure d’entretiens avec Sonia Rykiel, de L’Intranquille avec Gérard Garouste ou d’un livre sur les frères Van Gogh, Judith Perrignon publie ici son premier roman dans lequel, comme le titre l’indique, elle relate les dernières heures de Victor Hugo, puis l’état de fébrilité inouïe qui a saisi la France dans les jours suivant la mort du grand homme. Un livre fiévreux, dans lequel on sent bouillonner la rue, les différentes factions qui cherchent à accaparer l’ombre de Hugo, les tiraillements politiques extraordinaires opposés à l’intimité familiale de la mort. Remarquable !

Castro - Nous, Louis, RoiDERNIERS JOURS ILLUSTRES (II) : Nous, Louis, Roi, d’Eve de Castro
Là encore, un grand homme s’éteint, mais plus d’un siècle et demi plus tôt, puisque Eve de Castro raconte les dix-sept derniers jours de Louis XIV. Un souverain vieillissant, malade, loin de l’image flamboyante du Roi-Soleil.

Rahimi - La Ballade du calameCHANSON DU DÉRACINÉ : La Ballade du calame, d’Atiq Rahimi
Pour accompagner cette première rentrée littéraire, l’Iconoclaste s’offre la plume d’un Prix Goncourt, rien de moins (Syngué Sabour, pierre de patience, en 2008). Le sous-titre, Portrait intime, éclaire le contenu personnel de ce récit dans lequel Rahimi, d’origine afghane, évoque notamment l’exil. Le texte est accompagné de poèmes et de calligraphies.

Ribes - Mille et un morceauxTHÉÂTRE SANS AUTOBIO : Mille et un morceaux, de Jean-Michel Ribes
Autre nom célèbre à offrir ici sa plume, le dramaturge, metteur en scène et directeur du théâtre du Rond-Point Jean-Michel Ribes, auteur des fameux Palace, Musée haut, musée bas ou Théâtre sans animaux, livre un gros pavé où il collecte en vrac et avec enthousiasme ses souvenirs, l’évocation des gens qu’il a côtoyés, des lieux, des moments…


L’Assassin à la pomme verte, de Christophe Carlier

Signé Bookfalo Kill

Au Paradise, le palace parisien, des destins se croisent durant une semaine. Celui de Craig, professeur anglais de littérature française aux Etats-Unis, à Paris pour des recherches ; d’Elena, Italienne travaillant dans la mode, en mission dans la capitale ; et de Sébastien, concierge de nuit.
Lorsqu’un autre client est assassiné dans sa suite, leurs trajectoires prennent un détour inattendu…

Carlier - L'Assassin à la pomme verteL’Assassin à la pomme verte n’est pas un polar, plutôt une comédie de mœurs à suspense. L’intrigue criminelle n’est qu’un moteur de l’histoire, pas son sujet ; d’ailleurs on sait très vite qui a tué et pourquoi. Ce qui intéresse Christophe Carlier, c’est le parcours de ses trois personnages principaux, à qui il donne la parole à tour de rôle, dans des paragraphes courts qui dynamisent le récit.

La lecture de ce bref roman est plaisante, d’autant que le romancier a une jolie plume, bien qu’un peu riche en lipides littéraires par moments. Pas étonnant d’ailleurs qu’elle ait séduit Amélie Nothomb (cf. le blurb sur le bandeau et en quatrième de couverture…), tant le style de Christophe Carlier et son propos finalement léger durant l’essentiel du roman, tirant vers le marivaudage, ont des affinités avec les manières de la romancière belge.
Certaines scènes d’ailleurs sont plutôt amusantes, notamment une visite de Craig à la B.N.F. qui parlera sans doute à nombre de lecteurs ayant tenté de fréquenter l’endroit… D’autres saisissent avec finesse l’atmosphère si particulière des hôtels (et le fait que celui du roman soit un palace n’y change pas grand-chose), l’état d’esprit entre parenthèses de ceux qui y séjournent. C’est sensible et bien vu.

Rien d’inoubliable néanmoins au final, si ce n’est justement une fin inattendue, qui tire le roman vers une chute plus sombre et désenchantée que prévu, et entraîne une dernière fois le parcours de tous les personnages dans la même direction, par un joli jeu de circonstances et de hasards. Carlier autorise enfin un peu d’émotion à s’immiscer dans un récit plutôt froid auparavant, à l’image de ses personnages observant le monde à distance, dans le miroir déformant du grand hôtel.

Pour son premier roman (couronné du prix du même nom), Christophe Carlier montre donc qu’il est un habile tricoteur, aisance qu’il a depuis retrouvée dans son deuxième, L’Euphorie des places de marché, sans décoller toutefois de l’anecdotique. Un auteur à surveiller, au cas où.

L’Assassin à la pomme verte, de Christophe Carlier
Éditions Pocket, 2014
(Première édition : Serge Safran, 2012)
ISBN 978-2-266-23785-7
157 p., 5,70€