Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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L’œil de Caine, de Patrick Bauwen

L’Œil de Caine, c’est la nouvelle émission de télé-réalité de la reine du genre aux États-Unis, Hazel Caine. Le pitch du programme est très simple : dix candidats, chacun porteur d’un secret, vont être emmenés dans un lieu protégé, où ils devront identifier et dévoiler les cachotteries les uns des autres ; le vainqueur sera le dernier à garder son secret.
Problème : un invité mystère s’invite à la fête en détournant le bus et en l’échouant en plein milieu du désert du Nevada, dans un ancien village minier. Là, les dix candidats comprennent qu’ils vont autant devoir s’entraider que se méfier les uns des autres, car le but du jeu devient beaucoup plus clair, et plus terrifiant en même temps : c’est à la promesse d’un véritable jeu de massacre qu’ils vont devoir échapper…

Bauwen - L'Oeil de Caine - LGFJ’ai découvert Patrick Bauwen dès ce premier roman. A l’époque, je traînais régulièrement sur l’excellent site-forum Polars Pourpres, et Nico, webmaster et créateur des lieux, avait beaucoup fait pour soutenir la sortie de ce livre. Ayant confiance dans le goût très sûr du garçon en matière de thriller, je n’avais pas tardé à embarquer – et ne l’avais pas regretté.
(Donc, publiquement, merci Nico !)

Si L’Œil de Caine commence lentement, c’est pour mieux t’embarquer, mon enfant. Je me rappelle pourtant avoir été dubitatif à la lecture du début (disons les trente ou quarante premières pages) ; le style de Bauwen n’avait rien de transcendant, et la mise en place était fastidieuse. Introduire une bonne dizaine de personnages principaux induisait ce côté laborieux – rien à voir avec l’entrée en matière virtuose des Dix petits nègres d’Agatha Christie, référence absolue pour qui adopte ce genre de schéma narratif : un lieu clos ou réduit dont il est impossible de s’échapper, un groupe réduit de caractères, un secret pour chacun, et un tueur caché au milieu.
Dix petits nègres est du reste l’une des références assumées par un Bauwen sans complexe, tout comme la série Lost ou le film Identity. Aucune présomption de sa part, le romancier est tout simplement joueur, et reconnaissant envers toute œuvre susceptible de piquer son imagination.

Bauwen - L'Oeil de Caine - Albin MichelUne fois les éléments de l’intrigue mis en place, L’Œil de Caine se transforme en feu d’artifice. Suspense et tension ne faiblissent pas jusqu’au bout, conduisant le roman à un bouquet final qui en laissera plus d’un pantois. Je n’en dis évidemment pas plus…
Paru en 2007 chez Albin Michel, le premier livre de Patrick Bauwen propose aussi une réflexion prenante sur la télé-réalité, dont il dévoile les artifices et les excès, en imaginant certains bien avant que ces derniers deviennent la norme d’un genre télévisuel dont la seule solution pour se maintenir à l’antenne est de toujours repousser les limites du mauvais goût et de l’abrutissement intellectuel.

Perfectible sur le plan littéraire et narratif, mais d’une efficacité redoutable une fois la mise en place achevée, L’Œil de Caine lançait il y a un peu plus de dix ans la promesse Patrick Bauwen. Promesse tenue deux ans plus tard par Monster – on en parle demain !

L’Œil de Caine, de Patrick Bauwen
Éditions Livre de Poche, 2008
ISBN 9782253123118
477 p., 8,10€

Première édition : Albin Michel, 2007
ISBN 9782226173737
485 p., 22,30€

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Mes débuts dans l’art de Chris Donner

Mise en page 1Chris Donner m’avait agréablement surpris l’an dernier avec son Tempête au haras, aussi étais-je ravie de voir son dernier livre apparaître sur ma table de chevet.

David Belting vit en Californie avec ses parents. Il doit avoir 5 ou 6 ans lorsqu’on se rend compte qu’il a un don. Il dessine merveilleusement. A tel point que les voisins sont prêts à donner 100$ pour un de ses dessins. Son père va alors placer en lui de formidables espoirs, bien vite envolés puisque David ne souhaite pas devenir artiste. Son père va donc lui forcer la main et l’inscrire à des cours particuliers avant de lui faire intégrer une école d’art flambante neuve dans la ville de Reno, Nevada, où sa famille vient de s’installer.

Reno, je parle d’expérience pour y avoir passé plusieurs jours, est le summum du kitsch. Le Las Vegas du pauvre. Tout tombe en décrépitude et les lumières des casinos ne font pas oublier la misère, économique et intellectuelle, de la ville. David n’a qu’une envie. Quitter cette ville. Quitter sa famille qui l’oblige à être artiste. Partir et tout plaquer.

Adulé par le prof d’art moderne, détesté par son prof d’art contemporain, David tente tant bien que mal de comprendre ce qu’il fait là, dans cette école qui ne lui plaît pas, dans cette ville qu’il déteste. Jusqu’à ce qu’arrive en cours, la belle Rocio Mendes, qui lui fait chavirer le cœur…

Mes débuts dans l’art est beaucoup moins bien que Tempête au haras. Soyons honnêtes. C’est toujours très bien écrit, mais on ne s’identifie pas du tout au personnage. J’ai l’impression que le bouquin a été écrit à la va-vite et je ressors un peu déçue. Si la forme est toujours très bien, le fond est plus pauvre. La fin est convenue et légèrement cul-cul. Bref, un bouquin pour ado (à partir de 12 ans) pas mal, mais sans plus.

Mes débuts dans l’art de Chris Donner
Éditions École des Loisirs, 2013
9782211214094
172p., 14€50

Un article de Clarice Darling.