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À première vue : la rentrée Stock 2021


Intérêt global :


Pas toujours facile pour moi de distinguer le bon grain de l’ivraie dans les programmes de rentrée des éditions Stock (et c’est valable pour le reste de l’année, du reste). De temps en temps, un auteur, un propos, une approche me séduisent. Mais la plupart du temps, je trouve leurs propositions très éloignées de mes goûts et de ma conception de la littérature – et je le dis fort poliment.
2021 n’échappe pas à cette règle personnelle, ne me laissant m’accrocher qu’à deux espoirs (dont un très fort) au milieu d’un océan de désintérêt, voire d’agacement majeur. Vous me direz, deux sur onze, c’est déjà ça.
Mais onze titres, quoi…


La Félicité du loup, de Paolo Cognetti
(traduit de l’italien par Anita Rochedy)

Voici mon plus bel espoir du programme, hérité des merveilleuses sensations éprouvées à la lecture des Huit montagnes en 2017. Si les livres suivants de Cognetti, plus proches du récit de voyage, m’ont plu, je n’y ai pas retrouvé la force et la pureté cueillies dans ce roman extraordinaire.
L’attente est donc forte pour La Félicité du loup, mêlée d’un peu de prudence tout de même car, à première vue, ce nouveau texte paraît une sorte de cousin du précédent, déclinant sous forme d’histoire d’amour ce que Huit montagnes offrait à la littérature d’amitié.
On y assiste à la rencontre entre Fausto, écrivain de quarante ans, et Silvia, artiste-peintre de vingt-sept ans, dans la station de ski de Fontana Fredda (à nouveau au cœur du Val d’Aoste), où ils travaillent tous deux dans le même restaurant. La saison d’hiver les voit se rapprocher et céder l’un à l’autre, sans promesse d’avenir.
Le printemps les sépare, elle monte vers les hauteurs tandis que lui retourne en ville pour gérer son quotidien morose, dont son divorce. Mais l’appel des montagnes et la force d’attraction de Silvia le ramènent très vite en direction des montagnes…

Les vies de Jacob, de Christophe Boltanski

Un projet mêlant littérature et vraie vie, comme je les aime quand ils sont bien faits, évidemment. Christophe Boltanski s’est déjà brillamment illustré dans ce registre avec son premier roman, La Cache, inspiré de sa famille.
Cette fois, il part en quête d’un parfait inconnu. Un homme dont Boltanski découvre, en chinant aux puces, un album contenant 369 photomatons pris entre 1973 et 1974. Au dos des clichés, présentant l’homme sous différentes facettes et avec différents visages, des adresses du monde entier ajoutent encore au mystère.
Le romancier se lance alors dans une vaste quête aux quatre coins du globe pour reconstituer l’histoire et le parcours du fameux Jacob B’rebi.

Artifices, de Claire Berest

Depuis sa suspension, Abel Bac, un policier parisien, vit reclus. Des événements étranges survenus dans des musées, semblant tous le concerner, l’obligent à rompre son isolement.
Aidé de sa voisine Elsa et de sa collègue Camille Pierrat, il mène une enquête qui le conduit à s’intéresser à l’artiste internationale Mila.
Après deux romans inspirés de personnages réels (Gabriële, co-écrit avec sa sœur Anne sur son arrière-grand-mère, femme de Francis Picabia, et Rien n’est noir, Grand Prix des Lectrices de Elle consacré à Frida Kahlo et Diego Rivera), Claire Berest renoue avec le roman purement fictionnel, en fonçant droit dans le mystérieux, tout en tournant encore autour du monde de l’art.


Saint-Phalle : Monter en enfance, de Gwenaëlle Aubry
Restons du côté des artistes, avec ce récit littéraire traçant le portrait de Niki de Saint-Phalle, depuis son enfance saccagée (violée par son père à onze ans, maltraitée par sa mère) jusqu’à son accomplissement d’artiste, nourri de rage et de volonté de revanche.

Son fils, de Justine Lévy
De l’art toujours, par la bande, puisque Justine Lévy imagine le journal intime de la mère d’Antonin Artaud. Une manière d’aborder de biais le parcours de cet artiste hors normes, écrivain, poète, acteur, dessinateur, illuminé et rongé par la folie.

Le Candidat idéal, d’Ondine Millot
Le jeudi 29 octobre 2015, officiant alors à Libération, Ondine Millot se trouve au tribunal de Melun lorsque l’avocat Joseph Scipilliti tente d’assassiner le bâtonnier Henrique Vannier, le blessant gravement de deux balles avant de retourner l’arme contre lui et de se donner la mort. Plutôt que de réagir à chaud, la journaliste prend le temps de mener une longue enquête pour comprendre le cheminement ayant conduit à ce fait divers tragique.

Bellissima, de Simonetta Greggio
La romancière poursuit son « autobiographie de l’Italie », mettant en parallèle l’histoire de sa famille et celle de son pays, dans la continuité de son travail entamé avec Dolce Vita 1959-1979 et Les Nouveaux Monstres 1978-2014.

S’adapter, de Clara Dupont-Monod
Dans les Cévennes, l’équilibre d’une famille est bouleversé par la naissance d’un enfant handicapé. Si l’aîné de la fratrie s’attache profondément à ce frère différent et fragile, la cadette se révolte et le rejette.

Le Garçon de mon père, d’Emmanuelle Lambert
L’auteure raconte son père, mort d’un cancer en septembre 2019. Selon l’éditeur, c’est évidemment « un livre de vie », parce que sinon ça ferait peur et ça serait sinistre. Ah oui, la question du livre serait aussi : Papa aurait-il préféré avoir un garçon plutôt qu’une fille ? D’où le titre.
Je vous laisse vous dépatouiller avec ça, j’ai pour ma part mieux à faire.

La Maison des solitudes, de Constance Rivière
Dans le même genre, voici l’histoire d’une jeune femme empêchée d’aller retrouver sa grand-mère mourante à l’hôpital. L’occasion d’opposer à cette douleur la mémoire des moments heureux dans la Maison, le repaire du bonheur familial. Sauf que Maman ne partage pas cette vision idyllique des choses, et refuse de retourner dans la dite Maison.
Voilà qui promet de chouettes réunions de famille à Noël.

Les routiers sont sympas : essais 2000-2020, de Rachel Kushner
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson)

Un recueil de 19 textes relevant de plusieurs genres tels que le journalisme, les mémoires ainsi que la critique littéraire et artistique. L’auteure évoque notamment un camp de réfugiés palestiniens et une course de moto illégale dans la péninsule de Baja en 1970, alors que d’importantes grèves ont lieu dans les usines Fiat.


BILAN


Lecture certaine :
La Félicité du loup, de Paolo Cognetti

Lecture probable :
Les vies de Jacob, de Christophe Boltanski


Le Cas Annunziato, de Yan Gauchard

Signé Bookfalo Kill

A la suite d’une plaisanterie anodine, un homme se retrouve enfermé dans une cellule du musée national San Marco de Florence. Fabrizio Annunziato, traducteur de l’italien pour l’édition française de son état, n’imagine pas que cette réclusion involontaire va durer beaucoup plus longtemps que prévu – et qu’à sa sortie, il sera un autre homme, pour les autres comme pour lui-même…

Gauchard - Le Cas AnnunziatoEn commençant la lecture de ce bref livre, je craignais un peu de m’ennuyer, je l’avoue. Un premier roman aux éditions de Minuit, c’est un peu la loterie : soit c’est totalement brillant et singulier (Viviane Elisabeth Fauville, de Julia Deck), soit c’est plat et sans intérêt (Changer d’air, de Marion Guillot, paru l’année dernière, et dont je n’ai même pas pris la peine de vous parler, parce que bon, voilà).
Yan Gauchard s’inscrit ici dans une autre veine, celle des romans drolatiques et imprévisibles, tels ceux de Bertrand de La Peine (La Méthode Arbogast), d’une manière plus réussie néanmoins. Assez vite, le romancier fait de son Cas Annunziato un livre au cours inattendu, avec quelques rebondissements sympathiques, un contexte politique discret mais bien utilisé (Berlusconi au pouvoir au début des années 2000), des personnages barrés, un humour délicat et une fine connaissance de la culture et de l’histoire italiennes. Si la plupart de ces éléments sont traités de manière légère, leur combinaison produit un effet convaincant, qui donne envie d’aller au bout de cette drôle d’histoire.

Certes, Yan Gauchard s’écoute un peu écrire parfois, recourant de temps à autre à un vocabulaire rare ou précieux qui n’a pas forcément lieu d’être, ou à des tournures de phrase exagérément alambiquées. Le but étant généralement de produire un effet de décalage comique, on lui pardonne, parce qu’il arrive à ses fins assez souvent.
Au final, Le Cas Annunziato a le charme des comédies italiennes, se déguste comme un vin apéritif léger et pétillant, qui ne restera pas forcément longtemps en bouche mais aura ouvert l’appétit. On attend la suite du menu de Yan Gauchard avec une gourmandise éveillée.

Le Cas Annunziato, de Yan Gauchard
Éditions de Minuit, 2016
ISBN 978-2-7073-2927-1
125 p., 12,50€


A première vue : la rentrée L’Iconoclaste 2015

Faisons un peu de place cette année pour une nouvelle venue dans le grand cirque de la rentrée : la maison d’édition l’Iconoclaste, plutôt spécialisée dans le domaine des essais (notamment des livres de Christophe André, Alexandre Jollien, François Cheng, ou l’autobiographie à succès de l’artiste Gérard Garouste), se lance dans la mêlée avec quatre titres qui, ma foi, ressemblent à quelque chose. Et c’est bien pour cela que nous en parlons !

Perrignon - Victor Hugo vient de mourir (pt)2DERNIERS JOURS ILLUSTRES (I) : Victor Hugo vient de mourir, de Judith Perrignon (lu)
Auteur phare de l’Iconoclaste, auteure d’entretiens avec Sonia Rykiel, de L’Intranquille avec Gérard Garouste ou d’un livre sur les frères Van Gogh, Judith Perrignon publie ici son premier roman dans lequel, comme le titre l’indique, elle relate les dernières heures de Victor Hugo, puis l’état de fébrilité inouïe qui a saisi la France dans les jours suivant la mort du grand homme. Un livre fiévreux, dans lequel on sent bouillonner la rue, les différentes factions qui cherchent à accaparer l’ombre de Hugo, les tiraillements politiques extraordinaires opposés à l’intimité familiale de la mort. Remarquable !

Castro - Nous, Louis, RoiDERNIERS JOURS ILLUSTRES (II) : Nous, Louis, Roi, d’Eve de Castro
Là encore, un grand homme s’éteint, mais plus d’un siècle et demi plus tôt, puisque Eve de Castro raconte les dix-sept derniers jours de Louis XIV. Un souverain vieillissant, malade, loin de l’image flamboyante du Roi-Soleil.

Rahimi - La Ballade du calameCHANSON DU DÉRACINÉ : La Ballade du calame, d’Atiq Rahimi
Pour accompagner cette première rentrée littéraire, l’Iconoclaste s’offre la plume d’un Prix Goncourt, rien de moins (Syngué Sabour, pierre de patience, en 2008). Le sous-titre, Portrait intime, éclaire le contenu personnel de ce récit dans lequel Rahimi, d’origine afghane, évoque notamment l’exil. Le texte est accompagné de poèmes et de calligraphies.

Ribes - Mille et un morceauxTHÉÂTRE SANS AUTOBIO : Mille et un morceaux, de Jean-Michel Ribes
Autre nom célèbre à offrir ici sa plume, le dramaturge, metteur en scène et directeur du théâtre du Rond-Point Jean-Michel Ribes, auteur des fameux Palace, Musée haut, musée bas ou Théâtre sans animaux, livre un gros pavé où il collecte en vrac et avec enthousiasme ses souvenirs, l’évocation des gens qu’il a côtoyés, des lieux, des moments…


Blake et Mortimer t.21 : le Serment des Cinq Lords, de Sente & Juillard

Signé Bookfalo Kill

Une série de vols étranges, portant sur des objets anodins, se produit à l’Ashmolean Museum juste au moment où Mortimer s’y trouve invité. Intrigué, le célèbre professeur se met à enquêter.
Pendant ce temps, de vieux amis d’université de Blake meurent les uns après les autres, mobilisant toute l’attention du capitaine du MI-5 – car ces amis, unis par un vieux secret, ne sont évidemment pas choisis au hasard…

Sente & Juillard - Blake et Mortimer 21, Le Serment des Cinq LordsDans la série « c’est dans les vieux pots qu’on risque toujours de faire des soupes qui ont un vieux goût de réchauffé », voici donc le nouveau Blake et Mortimer. Et par « nouveau », j’entends « dernier paru », pas « révolutionnaire », hein.
Certains lecteurs vont même jusqu’à reprocher à cette vingt-et-unième affaire d’être trop classique, ce qui n’a pas beaucoup de sens à vrai dire. Reprocher à un Blake et Mortimer d’être classique, c’est comme reprocher à Lucky Luke de faire du cheval ou à Gaston de faire des gaffes : c’est idiot. En tout cas, tant qu’il n’est pas question de revoir les codes de la série, ce qui n’est visiblement pas le projet pour le moment.

De ce point de vue, ce nouveau tome est conforme à ce qu’on peut attendre d’un B&M : du flegme britannique, du « by jove » à toutes les sauces, du mystère épais comme le fog, une enquête tortueuse au possible qui implique le passé de Blake et la figure de Lawrence d’Arabie…
Côté scénario, Yves Sente s’en sort donc pas trop mal, dans un esprit d’enquête dénué de fantastique, plus Marque Jaune que Secret de l’Espadon, même si c’est sans surprise et un rien bavard ; la même histoire aurait bien tenu avec vingt pages de moins et avec une première partie plus énergique. Quant à la fin, elle est assez prévisible, en dépit des tours et détours qu’emprunte parfois l’intrigue pour essayer – en vain, dois-je avouer – de nous égarer.

En revanche, c’est côté dessin que j’ai eu du mal à accrocher. Bizarre, hein ? A première vue, on reconnaît pourtant bien les personnages et le dessin à la Jacobs. Sauf qu’il manque à André Juillard le sens de l’animation que le créateur de la série était capable de mettre dans ses arrière-plans et ses décors. Là, le cadre est statique, souvent d’une grande pauvreté dans les détails, et donne un rendu global décevant. Certains gros plans des personnages font assez peur aussi, notamment les yeux. Oui, Blake a les yeux bleus, mais à ce point-là, faut pas exagérer !
A la différence d’Achdé redonnant vie au trait de Morris pour Lucky Luke, Juillard fait donc plutôt bon élève à qui il manque l’inspiration pour dépasser la simple copie.

Bref, ça ressemble suffisamment à du Blake et Mortimer pour se lire sans déplaisir, ça en a plus ou moins le goût sans en avoir la pleine saveur. De quoi donner envie de relire les albums originaux d’Edgar P. Jacobs – en songeant que, oui, parfois, les meilleures choses devraient avoir une fin…

Blake et Mortimer t.21 : le secret des Cinq Lords, d’après Edgar P. Jacobs
Dessin : André Juillard / Scénario : Yves Sente
Éditions Blake et Mortimer, 2012
ISBN 978-2-87097-164-2
64 p., 15,25€


Sérum : Saison 1 Episode 1, de Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza

Signé Bookfalo Kill

Parce qu’elle a dû rester un peu trop tard au commissariat au lieu de rentrer chez elle pour s’occuper de son fils Adam, qu’elle élève seule, la détective Lola Gallagher hérite d’une drôle d’affaire : la tentative d’assassinat sur une jeune femme, atteinte d’une balle dans la tête dans le parc de Fort Greene, après avoir été poursuivie et prise pour cible dans le musée de Brooklyn.
Avec l’aide de son collègue Philip Detroit, as de l’informatique, et de son ami le psychiatre Arthur Draken, Lola débute une enquête qui risque de l’emmener beaucoup plus qu’elle ne l’imagine…

« Saison 1, Episode 1« . Le sous-titre annonce la couleur : voici le premier volume d’une série romanesque d’un nouveau genre, construite sur le modèle des séries télé policières à la mode depuis plusieurs années. Surtout les séries américaines, modèles évidents auxquels Sérum fait référence, ne serait-ce parce que l’intrigue se déroule à New York.
Tous les ingrédients et codes sont donc au rendez-vous, adaptés à la sauce romanesque : début tonitruant, rythme rapide assuré par une suite effrénée de chapitres courts, héros plantés d’entrée en quelques traits reconnaissables, méchants très méchants, personnages aux agissements troubles ou mystérieux, suspense, action, paranoïa…

Comme toute bonne série, l’ensemble est hautement addictif et fait tourner les pages à toute vitesse. L’association entre Fabrice Mazza, grand maître es-énigmes, et Henri Loevenbruck, l’un des meilleurs auteurs de thrillers intelligents made in France, est prometteuse – mais pour l’instant, JUSTE prometteuse. Car ce premier tome est forcément très frustrant : les deux auteurs y ouvrent nombre de portes qui restent toutes – ou presque – ouvertes à la fin du livre.
Fin du livre où l’on entre à peine dans le vif du sujet : le fameux sérum du titre…

Petit bémol : côté caractérisation, on n’est jamais très loin des clichés (l’héroïne d’origine irlandaise, donc rousse aux yeux verts et dotée d’un sacré caractère) ou de l’improbable (la victime qui sort du coma quelques heures après avoir pris une balle dans la tête, sur pieds le lendemain du drame).
Mais là encore, il faut prendre en compte le fait qu’il ne s’agit que d’un premier tome – sur six attendus pour la première saison, avant peut-être au moins deux autres saisons à suivre -, et que Loevenbruck et Mazza nous réservent sans doute beaucoup de surprises, cachées sous cette apparente facilité…

Un petit mot, enfin, sur le caractère participatif du projet Sérum : des flashcodes sont intégrés à chaque fin de chapitre, qui renvoient les possesseurs de Smartphones à un extrait de la bande originale du livre composée par Henri Loevenbruck himself. B.O. que les rétifs aux méga-téléphones peuvent également retrouver sur le site Internet de la série, ainsi que divers éléments multimédia (bande-annonce, plan interactif des lieux de l’action, fiches biographiques des personnages…) proposés en complément de la série.
Si le premier roman se suffit heureusement à lui-même, cette belle idée souligne l’aspect fun et inventif d’un projet dont on espère une envolée significative dans les prochains épisodes. A suivre le 25 avril prochain !

Sérum : Saison 1 Episode 1, de Henri Loevenbruck & Fabrice Mazza
Éditions J’ai Lu, 2012
ISBN 978-2-290-04174-1
192 p., 6€


Black out, de Brian Selznick

Signé Bookfalo Kill

1927. Une fillette, Rose, vit quasi cloîtrée dans sa chambre, entourée de maquettes représentant les gratte-ciel de New York, et collectionnant avidement tout ce qui concerne la célèbre actrice Lillian Mayhew. Un jour, elle décide de s’évader et de retrouver son idole dans la Grande Ville…
1977. Ben, jeune garçon timide et rêveur, affligé de surdité partielle, est recueilli par ses oncle et tante après la mort de sa mère dans un accident de voiture. Reclus dans son chagrin, poursuivi par un cauchemar où des loups fondent inlassablement sur lui, le jeune garçon regrette de ne pas savoir qui est son père, qu’il n’a jamais connu et dont il ignore même le nom. Une nuit d’orage, il découvre pourtant un indice capital dans la chambre de sa mère – et, dans le même temps, touché par la foudre alors qu’il s’apprêtait à téléphoner, il perd l’usage de son oreille intacte. En dépit de sa surdité, il s’échappe de l’hôpital dès qu’il le peut et s’enfuit à New York, espérant y retrouver son père…

Brian Selznick avait surpris et enchanté son monde il y a quatre ans avec L’Invention d’Hugo Cabret, énorme et magnifique roman-cinéma, raconté alternativement en mots et en dessins. Depuis, son histoire a conquis d’autres fans dans les salles obscures grâce au film qu’en a tiré en 2011 le plus cinéphile de tous les réalisateurs, Martin Scorsese.
Selznick récidive sans coup férir en reprenant plume et crayon pour signer ce magnifique Black out. Il y recourt au même principe d’alternance entre textes et dessins, mais en l’affinant quelque peu : en effet, les mots lui servent à raconter l’histoire de Ben, tandis que ses superbes croquis en noir et blanc accompagnent les pas de Rose.

Comme dans Hugo Cabret, le texte s’avère simple à lire, et l’on retrouve avec plaisir le trait en clair-obscur de l’auteur, entre naïveté artisanale assumée et sens pointu du détail, qui fait de chaque image un véritable plan cinématographique. D’ailleurs, Selznick découpe et cadre ses dessins comme un cinéaste, utilisant la même grammaire – plans larges, plans américains, gros plans, zoom avant ou arrière, travellings – que le Septième Art.

L’ambition du récit est à souligner également, qui multiplie les thématiques – le cinéma encore, mais aussi le handicap (la surdité en l’occurrence), la ville et l’histoire de New York, l’art, les musées et les cabinets de curiosités… -, et mêle sans nous emmêler deux époques appelées à se rencontrer au final.
Comment ? Vous le découvrirez en plongeant avec vos enfants dans ce très gros volume : 640 pages ! Pas de quoi paniquer, car elles se tournent à toute vitesse tant l’envie est grande de découvrir le fin mot de l’histoire, et tant Brian Selznick a su encore une fois trouver l’équilibre juste entre le fond – l’histoire est passionnante – et la double forme de son récit.

Une pure merveille, à partir de 11 ans.

Black out, de Brian Selznick
Éditions Bayard Jeunesse, 2012
ISBN 978-2-7470-3916-1
640 p., 16,90€


Les (vraies!) histoires de l’art de Sylvain Coissard et Alexis Lemoine

Voici un ouvrage drôle, réjouissant et qui se passe de mots. Sylvain Coissard et Alexis Lemoine réussissent le pari de faire sourire et rire, avec des grands classiques de la peinture occidentale dans leur ouvrage Les (vraies !) histoires de l’art. Vous en avez un aperçu sur la couverture. Pourquoi le Cri de Munch alors qu’il n’y a pas lieu de hurler? Pourquoi la Chambre de Van Gogh est-elle aussi bien rangée? Pourquoi Frédéric III de Montefeltre, duc d’Urbin est-il représenté de profil par Piero della Francesca? 

Toutes ces questions qui vous hantent ont désormais leurs réponses dans ce petit livre drôle, qui dépoussière les convenances du monde de l’art. Les illustrations sont exceptionnelles de qualité, Alexis Lemoine a passé des jours et des jours pour reproduire et créer ses petits bijoux graphiques et les scénarios de Sylvain Coissard brillent par leur inventivité. 

Un ouvrage qui peut s’offrir à tout moment, à tout âge, pour toute occasion.

Le journal Libération a lui aussi craqué sur l’ouvrage ici.

Les (vraies !) histoires de l’art de Sylvain Coissard et Alexis Lemoine
Editions Palette… 2012
9782358320856
47p., 12€80

Un article de Clarice Darling