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Peine perdue d’Olivier Adam

peine perdueJ’attendais le nouveau roman d’Olivier Adam avec joie, car son dernier ouvrage, Les lisières, m’avait enthousiasmé, tant sur le fond que sur la forme, écrit à la sauce autobiographique. C’est difficile de refermer un livre dans lequel on aimerait entrer, pour consoler le narrateur et l’aider du mieux qu’on le peut. Les lisières était un de ceux-là.

Sur la côte méditerranéenne, une petite ville vivote dans cet hiver froid où les touristes ont laissé place à la torpeur hivernale. Mais une tempête d’une violence inouïe et inconnue jusque là dévaste tout sur son passage. Plusieurs personnes disparaissent, emportées par la vague gigantesque. Le jour même où Antoine, jeune homme marginal au passé trouble, est abandonné entre la vie et la mort devant l’hôpital. Et si les disparitions de ces personnes n’avaient rien à voir avec la tempête marine?

Le style littéraire de l’auteur est bien là. Des phrases courtes, incisives, bien construites. Des phrases qui claquent et résonnent pour mieux servir un roman sombre. L’auteur s’est fait une spécialité des petites villes de campagne, qui survivent entre marasme économique et néant culturel et social.

Mais cette fois, Olivier Adam ne s’attache pas à un personnage. Il en décrit vingt-deux. Vingt-deux pièces d’un puzzle qui s’assemblent chapitre par chapitre pour comprendre ce qui est arrivé. Pourquoi on en est là. Vingt-deux vies, cabossées, abîmées, avec des douleurs et des secrets, que l’auteur nous dévoile peu à peu.

Olivier Adam nous fait du Olivier Adam, à savoir un roman noir, presque un polar, une description quasi-chirurgicale de notre société malade et des personnages attachants. On ne ressort pas indemne de ce genre de lecture tant il nous renvoie à notre histoire, mais c’est un très beau roman choral sur les maux de notre vie.

Peine perdue d’Olivier Adam
Éditions Flammarion, 2014
9782081314214
414 p., 21€50

Un article de Clarice Darling.


Les Lisières d’Olivier Adam

Un livre qui a le pouvoir de faire relever des libraires en pleine nuit, j’en connais peu. Les Lisières est un de ceux-là. Si l’histoire est assez banale, on s’engouffre surtout dans ce roman pour la force d’écriture. Les Lisières vous alpaguent et ne vous lâchent plus. Vous faites corps avec Paul Steiner, écrivain, la quarantaine, marié, deux enfants, qui se retrouve en situation délicate. Rupture sentimentale. Mise à la porte de sa propre maison. Maladie et vieillesse de ses parents. Et retour dans sa banlieue natale, qu’il s’était empressé de quitter vingt ans plus tôt, avec espoir de ne plus jamais y remettre les pieds, hormis pour les fêtes de fin d’années. Peu à peu, Steiner retrouve d’anciens amis, renoue une amourette vouée à l’échec et se prend en pleine figure cet Autre qu’il est et l’imposture dans laquelle il a toujours vécu. Gamin échappé de la banlieue, celle-ci le rattrape, à la lisière de la vie. 

Le style est cru, sans concession et vous ronge dès les premières phrases. Olivier Adam est doué pour créer des personnages plus que réalistes, et les planter dans un décor qui évoque notre lot quotidien. Ici, le cadre du roman se résume en deux lisières, la banlieue, lisière de la ville, et une ville bretonne, en lisière de la terre. C’est la France que dépeint l’auteur, une France malade, comme la mère du protagoniste. Une France de gens d’en bas, de retraités, de caissiers de Simply Marché, de personnes qui joignent difficilement les deux bouts. 

Si le personnage principal plonge dans les méandres de sa vie, il découvre aussi la dure réalité de la vie des autres. Ce qu’il a occulté pendant des années. Ce roman possède ainsi deux clés de lecture. La version « nombriliste » centrée sur Paul Steiner, et la version politique, sociologique d’une France pauvre, malade et qui semble découvrir la misère de certains. 

Olivier Adam réussit un ouvrage magistral, presque autobiographique. A nous de démêler le faux du vrai. 

Les Lisières d’Olivier Adam
Éditions Flammarion, 2012
9782081283749
454p., 21€

Un article de Clarice Darling.