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La Fille de mon meilleur ami, d’Yves Ravey

Signé Bookfalo Kill

J’ai découvert l’année dernière Yves Ravey, auteur discret mais talentueux publié aux éditions de Minuit, avec l’excellent Un notaire peu ordinaire. N’ayant pas encore eu le temps de m’intéresser à ses livres précédents, j’ai donc été heureux de le voir revenir dès cette année avec un nouveau roman, La Fille de mon meilleur ami.
Malheureusement, je dois l’avouer d’emblée, le résultat n’est pas à la hauteur de mes attentes.

Ravey - La fille de mon meilleur amiLa Fille, c’est Mathilde, jeune femme perturbée, qui a passé plusieurs années en asile psychiatrique et a tendance à abuser de médicaments et d’alcool. Son père, Louis, membre de la Légion Étrangère, la confie à son meilleur ami, William, juste avant de mourir de suite de terribles blessures subies au front. Et c’est ainsi que William, narrateur de l’histoire, se retrouve embarqué dans un drôle de périple : mère dépossédée de son fils parce qu’elle était incapable de s’en occuper, Mathilde le supplie de l’aider à aller voir le petit garçon puis à le rencontrer, en dépit de l’interdiction judiciaire qui la frappe.
L’objectif n’est déjà pas aisé à atteindre en soi, mais William ayant ses propres problèmes, l’affaire va rapidement se compliquer…

Dès le début de ma lecture, j’ai senti que le charme n’allait pas opérer aussi bien que la première fois. Question de style, laborieux, creux, manquant de fluidité. Question d’intrigue aussi, qui tarde à décoller, et qui ne se complexifie progressivement que pour devenir trop compliquée, ou plutôt emberlificotée – manière de dire qu’Yves Ravey semble avoir peiné à avoir tricoté une histoire convaincante.
Au cœur du roman, j’ai pourtant été pris par certaines révélations bien amenées, certains rebondissements prometteurs. Mais le soufflé n’a pas tardé à retomber, faute de rythme et de réels enjeux. A la différence d’Un notaire peu ordinaire, où la tension s’instaurait peu à peu mais d’une manière inexorable jusqu’à la fin, il manque à ce roman l’énergie sombre et le sens du suspense qui auraient pu le transfigurer.

Manque l’envie, également, de s’attacher à des personnages tous assez antipathiques ; même si c’est voulu, il leur fait défaut le petit quelque chose qui aurait pu nous lier à leur sort. Paradoxalement, on aimerait bien qu’ils arrivent à leurs fins ; et en même temps, les moyens qu’ils emploient, la manière dont Ravey les anime nous détachent trop d’eux pour que cela fonctionne.

Du coup, la fin, pourtant d’une cruelle logique assumée, manque de percutant, et j’ai refermé le roman avec le sentiment décevant d’avoir raté un rendez-vous intéressant. Dommage, mais je me console en songeant que l’œuvre d’Yves Ravey est déjà conséquente, et qu’elle recèle probablement d’autres pépites. On verra ça prochainement !

La Fille de mon meilleur ami, d’Yves Ravey
Éditions de Minuit, 2014
ISBN 978-2-7073-2381-1
156 p., 14€