Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Articles tagués “Julie Wolkenstein

A première vue : la rentrée P.O.L. 2017

A première vue, la rentrée des éditions P.O.L. est dans la lignée des bonnes habitudes de cette maison, mélange d’exigence, de qualité littéraire, d’originalité, le tout rehaussé à l’occasion d’une pincée de fantaisie. Deux grands noms de la maison mènent la danse cette année, auxquels s’ajoutent des auteurs moins médiatiques mais tout aussi fidèles du catalogue, pour une présentation de cinq titres solides et sérieux. Bref, si toutes les maisons d’édition pouvaient en faire autant…

Darrieussecq - Notre vie dans les forêtsLA GUERRE DES CLONES : Notre vie dans les forêts, de Marie Darrieussecq (lu)
Décidément, planter le genre du roman d’anticipation en pleine forêt semble à la mode. Après le très beau Dans la forêt de Jean Hegland, paru en début d’année chez Gallmeister, voici une autre histoire d’inspiration proche signée Marie Darrieussecq, qui surprend en prenant un chemin de traverse qu’elle n’avait d’ailleurs pas prévu d’arpenter. On y suit une ancienne psychothérapeute, réfugiée donc dans une forêt avec d’autres personnes, fuyant un monde qui les menace. En leur compagnie, des êtres qui leur ressemblent fortement – et pour cause, ce sont des clones… Une curiosité qui m’a laissé un peu perplexe, mais dont on devrait parler.

Wolkenstein - Les vacancesBONS PETITS DIABLES : Les vacances, de Julie Wolkenstein
Parmi les premiers films d’Eric Rohmer figure une adaptation des Petites filles modèles de la Comtesse de Ségur, long métrage tourné en 1952, hélas inachevé et disparu. En 2016, une professeur d’université à la retraite, spécialiste de la Comtesse, et un étudiant dont la thèse porte sur les films introuvables, partent ensemble en Normandie sur les traces du tournage… En dépit de mon manque total d’intérêt pour l’œuvre de Rohmer et de mon aversion pour celle de la Comtesse de Ségur, je reconnais que nous avons là une proposition romanesque pleine de curiosité et de piquant, qui s’annonce plutôt amusante par-dessus le marché.

Baqué - La Fonte des glacesLA MARCHE DE L’EMPEREUR : La Fonte des glaces, de Joël Baqué
Un charcutier à la retraite trouve un manchot empereur dans une brocante. Il ne lui en faut pas plus pour s’embarquer dans un long périple, de l’Antarctique au grand Nord pour finir à Toulon, voyage initiatique durant lequel il se découvre autant qu’il devient l’incarnation de la lutte contre le réchauffement climatique. Là aussi, voilà un point de départ peu banal, qui pourrait valoir le coup d’œil !

Winckler - Les histoires de FranzABRAHAM ET FILS 2 : Les histoires de Franz, de Martin Winckler
Le chapeau introductif ci-dessus n’est pour une fois pas une boutade, puisque ce nouveau roman est bel et bien la suite d’Abraham et fils, la précédente fiction de Martin Winckler, auteur des sublimes La Maladie de Sachs ou Le Choeur des femmes. Une entreprise romanesque d’inspiration autobiographique dans laquelle, après avoir raconté l’arrivée en France d’un père médecin et de son jeune fils ayant fui l’Algérie au début des années 60, Winckler raconte les nouvelles aventures de son attachante famille, cette fois dans les années 1965-1970. Abraham et fils était un roman doux, tendre, chaleureux ; on en espère évidemment autant de celui-ci.

Houdart - Tout un monde lointainCITÉ RADIEUSE : Tout un monde lointain, de Célia Houdart
Deux jeunes gens pénètrent clandestinement dans la villa E-1027, conçue par l’architecte américaine Eileen Gray à Roquebrune-Cap-Martin. Ils y rencontrent Gréco, une vieille femme, ancienne décoratrice, qui veille jalousement sur ces lieux si spéciaux. Là, tous trois s’affrontent, se découvrent, tentent de s’apprivoiser, tandis qu’en remontant le cours des vies, on découvre l’histoire d’une communauté artistique, Monte Verità, où évoluèrent Isadora Duncan, Herman Hesse, Kandinsky ou Jung…

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Adèle et moi de Julie Wolkenstein

adeleJ’ai dévoré ce bouquin et je ne sais toujours pas vraiment pourquoi. Certes, il y a l’écriture de Julie Wolkenstein, que je découvre avec ce roman, mea culpa. Une écriture fluide et puissante, qui en impose sans faire trop de chichis. Et l’histoire. Celle d’Adèle Duval, son arrière-grand-mère, que Julie n’a jamais connue puisque décédée en 1941 bien avant sa naissance. Je me suis identifiée à l’auteur, partant en quête de son ancêtre, tentant de la faire revivre. Par le biais de lettres, de photos et du journal intime d’Adèle, Julie Wolkenstein reconstruit l’univers de son aïeul, née en 1860. Sa vie, son oeuvre, son père et  ses enfants. On vit au rythme des guerres, des saisons et des déplacements d’Adèle, entre son appartement parisien, son château de banlieue et son lieu de villégiature, au bord de la Manche. C’est toute l’histoire d’une grande famille bourgeoise qui s’écrit dans ce roman. Les origines de la fortune, les revers de la guerre et sa lente décadence post-Seconde Guerre Mondiale, heureusement après le décès d’Adèle. Adèle aurait pu être une simple grand-mère, s’il n’y avait pas eu le secret, qu’Adèle elle-même n’a découvert qu’à cinquante ans passés.

Un secret qui l’a traumatisée, qui l’a transformée. Un secret qui lui donne enfin une explication sur son éducation si large d’esprit, sur cette sensation de décalage avec le reste de la société qu’elle a toujours ressenti. L’histoire d’une famille, qui vit, meurt, rit, pleure et qui traverse les décennies en tentant de combattre l’oubli.

Adèle et moi de Julie Wolkenstein
Editions P.O.L, 2013
9782818017371
595p., 22€

Un article de Clarice Darling.