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La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

LafonJe n’étais pas née lors des Jeux Olympiques de Montréal. Mais le nom de Nadia Comaneci a toujours raisonné dans mes oreilles, comme dans celles de toutes les petits filles qui se rêvaient en gymnaste. Lola Lafon livre un ouvrage particulier, sorte de biographie romancée, d’entretiens fictifs avec la déesse de la gymnastique, d’hymne au corps féminin. 

Dans cet ouvrage, réalisé chronologiquement, l’héroïne et l’auteur communiquent sans se rencontrer, chacune cachée derrière son mode de communication, l’écriture pour l’une, les télécommunications pour l’autre. On passe de la petite fille de 14 ans, à l’ado en pleine croissance, dont le corps ne répond plus aux canons de la gymnastique soviétique, puis ce corps d’adulte qu’elle devient fatalement. On grandit avec le personnage principal et on vibre avec elle lors des compétitions. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, avec l’omniprésent Béla, entraîneur acharné à faire travailler ses élèves, le couple Ceausescu, dictateurs satellites dans l’ombre de l’URSS, sans compter les innombrables journalistes qui mitraillent l’athlète.

Un des protagonistes de ce roman, c’est aussi le corps. Abîmé, épuisé, très souple, qu’on plie et replie dans tous les sens. Pour aller plus haut, plus vite, plus fort. Des petites filles habituées à taire leur douleur,  des peaux ouvertes, des plaies au coeur. Un corps de petite fille exhibée aux yeux de tous, comme une poupée parfaite, façonnée par le communisme et pour la gloire de la Roumanie. 

Comment grandir sous la tyrannie permanente? La tyrannie qu’elle et son entraîneur impose à son corps, la tyrannie des journalistes et autres commentateurs sportifs, si prompts à la juger lorsqu’elle perdra ses courbes enfantines, la tyrannie enfin, d’un système politique qui récupère l’image de la jeune athlète pour en faire une vitrine du communisme à l’étranger, allant même jusqu’à lui imposer une idylle avec le fils du dictateur? En fuyant la Roumanie. En disparaissant aux yeux de ses persécuteurs. En devenant enfin elle-même. « Ne me cherchez pas car je suis nulle part.« 

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon
Editions Actes Sud
978 2 33 027285
309p., 21€

Un article de Clarice Darling.


Robert Mitchum ne revient pas, de Jean Hatzfeld

Signé Bookfalo Kill

Avril 1992. Amoureux inséparables, Vahidin et Marija sont membres de l’équipe de tir yougoslave et préparent activement les Jeux Olympiques de Barcelone, lorsque les Serbes encerclent Sarajevo. En éclatant, la guerre rejette malgré eux les amants dans leurs camps respectifs : Vahidin est bosniaque, Marija serbe.
Dès lors, les barrages et les menaces les empêchent de se retrouver, et les obligent à faire des choix aussi nouveaux que douloureux. Leur don pour le tir intéresse les combattants. Vahidin devient vite un sniper recherché, Marija accepte plus tardivement. Leurs destins basculent…

Hatzfeld - Robert Mitchum ne revient pasJ’aurais aimé m’enflammer pour ce Robert Mitchum ne revient pas qui, sur le papier, avait de quoi être passionnant : un événement historique complexe, un dilemme moral, un contexte particulier fascinant (la vie des snipers)… Las, à la différence de son collègue Sorj Chalandon, Jean Hatzfeld n’a pas su dépasser ses habitudes d’ancien journaliste pour devenir romancier à part entière – j’entends par là un romancier avec une identité, du style et du souffle.
A l’image de dialogues souvent plats, son écriture ne décolle jamais, reste pragmatique, incapable d’enflammer les sentiments pourtant riches et contradictoires de ses personnages principaux – les secondaires restant souvent cantonnés à des esquisses expéditives ; voir par exemple ces journalistes français, qui apparaissent de temps en temps et semblent presque inutiles, toujours décalés dans le récit, comme inconscients de la violence dans laquelle ils évoluent, de la même manière que nous, lecteurs, avons du mal à percevoir ce climat que Hatzfeld ne parvient pas à rendre vivace.

Le récit fourmille de noms de lieux, de précisions dont le lecteur peine un peu à s’emparer s’il ne connaît pas Sarajevo et ses environs. Néanmoins, cette richesse documentaire constitue l’intérêt majeur d’un roman qui, par ailleurs, se lit facilement et sans déplaisir. On reconnaît la patte du reporter à la minutie avec laquelle il décrit les fusils – éléments évidemment primordiaux de l’histoire -, la pratique des tireurs, et tout ce qui relève du détail.

Mais il manque vraiment quelque chose à ce livre, une âme, une vision romanesque. Ce qui transforme un roman honnête en grand roman. Dommage.

Robert Mitchum ne revient pas, de Jean Hatzfeld
Éditions Gallimard, 2013
ISBN 978-2-07-014218-7
233 p., 17,90€


L’Invention de la course à pied (et autres trucs), de Jean-Michel Espitallier

Signé Bookfalo Kill

Espitallier - L'Invention de la course à pied (et autres trucs)Le livre dont je veux vous parler aujourd’hui faisant 45 pages, je vais m’efforcer de ne pas tirer à la ligne en vain à son sujet. En revanche, si vous avez envie de rigoler un peu, je ne peux que vous encourager à le lire.

Le sujet est dans le titre et pourrait tenir en une question fondamentale : mais pourquoi, POURQUOI les hommes courent-ils ? Je dis « les hommes » au sens général du terme, il y a aussi plein de femmes qui courent, même que j’en connais, c’est dire.
Il faut admettre que c’est une bonne question, surtout si l’on écarte rapidement la réponse bateau : « parce que ça permet de se tenir en forme », qui ne satisfait évidemment personne.

Avec un style enlevé, beaucoup d’humour, quelques pincées d’absurde et de mauvaise foi, Jean-Michel Espitallier commence par réfléchir en général à ce phénomène qui consiste à « s’agiter la viande » (sic), seul ou à plusieurs. Puis il remonte à l’Antiquité et nous invite à nous faire voir les Grecs en pleine création de la compétition de course à pied.
Comme de juste, le fil de sa réflexion est irrégulier, part en circonvolutions drolatiques tandis que surgissent remarques loufoques et idées amusantes, sur le dopage, les avantages d’un corps puissant et attrayant dans le processus de séduction, ou les bénéfices sociaux du footing. Avant de déboucher sur une conclusion sur les différentes fonctions des stades ; une chute plus grave, donc inattendue voire déconcertante, mais qui ne manque pas de justesse.

L’ensemble de ce texte est évidemment à prendre au minimum au second degré, condition sine qua non pour se réjouir à la lecture de ce bref opuscule anecdotique, et donc relativement indispensable – surtout si vous avez des coureurs dans votre entourage. Peut-être les comprendrez-vous mieux après cela !

L’Invention de la course à pied (et autres trucs), de Jean-Michel Espitallier
Éditions Al Dante, 2013
ISBN 978-2-84761-802-0
45 p., 9€