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L’Amour, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

Aaaah, l’amour… Les mots doux, les petites attentions, les câlins, les regards pleins de tendresse, la joie de partager la vie de quelqu’un…
Oubliez tout ça. Vous êtes chez Bastien Vivès.

Après le petit monde des geeks (le Jeu vidéo) et les joies de la Famille, le blogueur-dessinateur s’attaque aux sentiments. Ou plutôt s’en prend aux sentiments, qui s’en prennent donc plein la tronche. Plus féroce et politiquement incorrect que jamais, Vivès repousse sans vergogne les limites du bon goût et de la décence. Pas de place pour le rose bonbon et les petits noms mignons : ici, quand on parle d’amour, on cause fantasmes ignobles, projets de sorties en boîtes échangistes et religions ; à la question rituelle « qu’est-ce que tu regardes en premier chez une fille ? », on a droit à une réponse façon écorché du Larousse médical ; une mère avoue à sa fille qu’elle a trompé son père… et ainsi de suite.
En prime, Bastien Vivès se met régulièrement en scène, et rarement de manière avantageuse, se moquant au passage de la B.D. et de son statut d’auteur.

Côté dessin, c’est le même principe que dans les deux précédents volumes : trait minimaliste et images copiées-collées de case en case. Pas de surprise ni de renouvellement, ce n’est pas le but, puisqu’il s’agit toujours de strips tirés du blog de l’auteur. Comme d’habitude, on aime ou pas – mais si on n’a pas aimé avant, on ne s’acharne pas et on passe son chemin, merci.

J’avoue tout de même que j’ai moins ri et plus souvent grimacé qu’avec la Famille. Mon côté fleur bleue, sûrement. L’ensemble est inégal, mais il y a néanmoins des bons moments, outranciers ou plus subtils, qui m’ont bien fait rigoler. D’autres, moins (« Emmerde »… pas compris l’intérêt du strip !)
Petite préférence personnelle pour le dernier strip, où Vivès revisite l’écriture du célèbre « Sonnet à Hélène » en faisant parler Pierre de Ronsard et ses potes façon gamins d’aujourd’hui : rire par décalage assuré !

Prochain rendez-vous de la série : la Blogosphère. Un sujet obsessionnel pour Bastien Vivès, qui devrait déboucher sur de nouvelles réjouissances. On s’en reparle !

L’Amour, de Bastien Vivès
Éditions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2989-4
189 p., 9,95€

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Le jeu vidéo, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

Une B.D. pour geeks, écrite par un geek sur les geeks : tel pourrait être le résumé du nouveau Bastien Vivès. Et, comme tout résumé, il serait un peu réducteur – même si…

Sans équivoque, le titre et son look « arcade » annoncent la couleur. Il est question de jeux vidéo (quelle surprise), et pas du petit jeu passe-temps pour gentils amateurs. Non, ici, on est dans le monde des gamers, les vrais des vrais, les purs et durs, avec leurs jeux de référence (surtout Street Fighter, mais pas que), leur langage, leurs vannes plus ou moins pourries et leur apparent hermétisme aux yeux du reste de l’univers. Ce qu’on appelle des geeks, donc.
Tout en admettant d’emblée en faire partie, Vivès ne se contente pas d’un hommage clin d’oeil à ce petit monde, et c’est tout l’intérêt de la chose. Organisées en longs strips, ces histoires déroulent successivement des attitudes et des situations souvent hilarantes : relations de couple qui virent à l’orage, conflits de génération (qui ne tournent pas forcément à l’avantage des plus jeunes et supposés plus « branchés »), ambiances surréalistes des salles de jeux où ça vanne à tout va… Sous l’humour et les réféfences, il n’est pas interdit de trouver, saisi sur le vif et sans prétention exagérée, un cliché sociologique d’une époque, dans laquelle le monde virtuel occupe une place de plus en plus importante.

Par ailleurs, ce qui fait l’originalité de la chose, au-delà de son seul sujet, c’est le dessin de Bastien Vivès. Son trait en noir et blanc, très simple en apparence, réduit les personnages et les décors à des esquisses néanmoins très parlantes, très expressives, en dépit du fait qu’elles sont souvent statiques. C’est efficace et en même temps très beau, et surtout totalement inhabituel pour des strips, dont les dessins sont souvent moins élégants.

Ce style offre un équilibre réussi à des dialogues enlevés, où l’usage sans modération de termes techniques de joueurs n’empêche pas trop la compréhension des histoires, car l’essentiel est évidemment ailleurs. Bon, j’imagine qu’il faut tout de même être un peu familier de l’univers des jeux vidéo… C’est tout juste mon cas – pas plus, n’ayant jamais pratiqué ni les consoles ni les jeux comme Street Fighter -, et j’ai vraiment lu avec plaisir ce petit volume.

Petit par la taille, bien sûr, puisque la collection Shampooing des éditions Delcourt a eu l’idée futée de publier le Jeu vidéo en format manga. Cela pourrait attirer des lecteurs plus jeunes que le panel habituel de Bastien Vivès, tout en étant parfaitement adapté au style strip et à un prix plutôt gentil (on notera le coup de frein juste avant le seuil psychologique des 10€… Malin !)

Pour finir, il faut savoir que Vivès a initialement publié ces dessins sur son blog, intitulé Comme quoi. Bonne nouvelle, Shampooing publiera d’autres recueils dans les semaines à venir selon le même principe. A venir : la famille, l’amour, la blogosphère… Tout un programme, que j’ai hâte de découvrir sous la jolie plume de cet auteur inspiré.

Le jeu vidéo, de Bastien Vivès
Editions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2858-3
192 p., 9,95€

Bastien Vivès sera au Festival de bande desinée d’Angoulême, du 26 au 29 janvier 2012. Pour en savoir plus : http://www.bdangouleme.com/
Sinon, on parle en bien du Jeu vidéo ici : le blog BD de Madmoizelle, Bodoï
Et en moins bien là : Planète BD


La Cité t.1 : la lumière blanche, de Karim Ressouni-Demigneux

Signé Bookfalo Kill

Hormis le fait que sa mère est morte en le mettant au monde, Thomas est un ado normal. Il vit à Paris avec son père, il a quinze ans, des amis et une passion intense pour la magie qu’il partage avec son oncle Louis. Pourtant, son existence sage et tranquille bascule le jour où il découvre la Cité : un jeu vidéo en ligne totalement révolutionnaire, d’un réalisme visuel inouï, et si mystérieux que ses joueurs en ignorent même le but – s’il y en a un…
D’abord fasciné, Thomas – alias Harry dans le jeu – explore une ville qui semble illimitée, se fait des amis et découvre avec eux les étranges pouvoirs qu’ils sont capables de développer ensemble dans la Cité. Mais rien n’est si simple, des rumeurs commencent à circuler, certains joueurs ont des comportements étranges, et une menace indistincte semble peser sur les habitants virtuels – à commencer par cette lumière blanche, dont personne n’est sûr qu’il s’agisse d’une légende du jeu ou bien d’une terrifiante réalité…

Attention, ce roman rend dangereusement accro ! De la même manière que Thomas et ses compagnons profitent du moindre instant libre pour se connecter à la Cité, je n’ai pas pu faire autrement que de lire ce roman de bout en bout, presque sans m’arrêter. Karim Ressouni-Demigneux a l’art et la manière d’installer tout de suite une atmosphère électrique, à la fois excitante et inquiétante, et de nous rendre attachants ses personnages ; si bien qu’on n’a plus qu’une envie : explorer avec eux la Cité, en découvrir les nombreux secrets et savoir ce qui va arriver à Thomas et à ses amis.

L’univers inventé par l’auteur est vaste, ambitieux et riche de possibilités dont j’ai hâte de découvrir d’autres facettes dans les volumes à venir. On sent qu’il est loin d’avoir tout dit sur la Cité, qui récèle sûrement encore bien des mystères et des périls… Il a surtout un vrai talent d’écrivain, qui lui permet en quelques mots bien choisis de nous donner à voir sa ville imaginaire et de nous promener sans jamais nous y perdre dans ses rues, ses magasins, ses quartiers et ses passages secrets. Une réussite qu’il est loin d’être facile à obtenir.

Pour autant, KRD a l’intelligence de contenir son histoire dans un cadre familier. Ses personnages vivent des vies normales, évoluent dans un Paris contemporain très bien restitué, ont des références bien connues, en particulier des ados d’aujourd’hui (Harry Potter, World of Warcraft, le Seigneur des Anneaux…) Du coup, l’immersion du lecteur dans le roman est garantie, y compris – surtout, même – lorsqu’on bascule côté virtuel.

Du suspense, du mystère, de l’émotion, de l’action, de l’intelligence et de la réflexion : bref, il y a tout ici pour plaire ! Pour conclure, en trois mots : vivement la suite… (prévue en avril 2012).

La Cité tome 1 : la lumière blanche, de Karim Ressouni-Demigneux
Editions Rue du Monde, 2011
ISBN 978-2-355-04184-6
240 p., 16€

On en parle aussi ici : Le Fauteuil (blog).
Les Facebookiens peuvent également en savoir plus là : http://www.facebook.com/pages/LA-CIT%C3%89-le-livre/291350254226162
Et enfin, pour info, l’auteur sera présent au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil, le samedi 3 décembre 2011, entre 15h et 17h, sur les stand des éditions Rue du Monde (E21).