Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Articles tagués “Jennifer Clement

A première vue : la rentrée Flammarion 2018

À première vue, une rentrée Flammarion, c’est rarement très spectaculaire, pas vraiment ronflant, mais au final on finit toujours y dénicher au moins un titre qui vaut le détour – voir par exemple le succès mérité l’année dernière de L’Art de perdre, d’Alice Zeniter. En d’autres termes, parmi les « gros » éditeurs, c’est un programme qu’il vaut mieux ne pas négliger. Cette année, on retrouve d’ailleurs un bel alignement d’auteurs réguliers de la maison (Joncour, Reverdy, Seksik, Greggio), entourés de nouveaux noms et de projets prometteurs.
Et Christine Angot.
Mais bon.

Reverdy - L'Hiver du mécontentementTESTAMENT A L’ANGLAISE : L’Hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy
J’aime bien Thomas B. Reverdy, surtout ses derniers livres en date. Son style, fluide et agréable, lui permet de raconter des histoires souvent passionnantes et inattendues, en prise directe avec des moments d’Histoire (Il était une ville, sur la faillite de la ville de Detroit) ou des faits divers humains étonnants (Les évaporés, sur un phénomène de disparitions volontaires au Japon). Cette fois, il nous emmène en Grande-Bretagne, durant l’hiver 1978-79 qui voit le pays paralysé par des grèves majeures. Une jeune femme, Candice, s’apprête à jouer Richard III dans une version entièrement féminine de la pièce de Shakespeare, croisant sur sa route Margaret Thatcher juste avant qu’elle devienne Miss Maggie…

Joncour - Chien-loupGRRRRRRRRR : Chien-loup, de Serge Joncour
On est con quand on est amoureux. Surtout, on fait parfois des choses qu’on n’aurait pas faites sinon. Par exemple, sans Lise, Franck ne serait jamais allé s’enterrer dans cette baraque perdue au fin fond du Lot, loin des routes et des connexions Internet. En arrivant sur place, les tourtereaux découvrent avec surprise que plus personne n’habite cette maison depuis des années, en raison de son passé sanglant ; avant de devoir subir la compagnie d’un chien plus ou moins sauvage, décidé à s’imposer au jeune couple… L’histoire de jeunes gens d’aujourd’hui confrontés à la sauvagerie intacte de la nature et à celle, sans cesse renouvelée, des hommes. Classique mais efficace, voilà qui promet à Joncour une bonne place dans la presse et en tête des ventes, comme à son habitude.

Greggio - Elsa mon amourLA STORIA : Elsa mon amour, de Simonetta Greggio
Les romans biographiques (ou biographies romancées) semblent un peu moins à la mode cette année, mais il y en a tout de même, ne vous inquiétez pas. (Vous étiez inquiets, d’ailleurs ?) Romancière française d’origine italienne, Simonetta Greggio s’attaque dans ce nouveau livre à son modèle littéraire, Elsa Morante, écrivain, essayiste, traductrice et poète, par ailleurs femme d’Alberto Moravia. On en causera aussi dans la presse spécialisée, c’est obligé. Quant à le lire… à vous de voir !

Mégevand - La bonne vieLA HISTOIRE : La Bonne vie, de Matthieu Mégevand
Les romans biographiques (ou biographies romancées) semblent un peu moins à la mode cette année… Bon, pas chez Flammarion en tout cas, puisque voici la biographie romancée du poète Roger Gilbert-Lecomte, fondateur avec René Daumal, Roger Vaillant et Robert Meyrat de la revue Le grand jeu.

Seksik - Un fils obéissantMON PAPA A MOI : Un fils obéissant, de Laurent Seksik
Le père de l’auteur est mort il y a trois ans, et c’est à lui que Laurent Seksik pense devoir en partie sa vocation d’écrivain. Cela valait bien un livre à la mémoire de Lucien, donc.

Cordonnier - TrancherATTENTION, CHÉRIE, CA VA… : Trancher, d’Amélie Cordonnier
C’est un couple avec enfants. Monsieur avait autrefois l’habitude d’insulter Madame, mais il s’était calmé – depuis sept ans quand même, une belle performance. Mais voilà que ça le reprend, et devant les gamins en plus. Madame, qui aura 40 ans dans seize jours, se laisse ce laps de temps pour décider si elle doit rester ou partir.

CHRISTINE ANGOT : Christine Angot, de Christine Angot
Non, en vrai, le nouvel opus de Christine Angot s’intitule Un tournant de la vie. Je ne dispose pas de plus d’information à son sujet, mais il est probable qu’il y soit question de Christine Angot. Et en même temps, pour être tout à fait sincère, je m’en fous un peu. (Oui, je sais, c’est mal. Mais ça aussi je m’en fous.)

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Franzobel - A ce point de la folieBATEAU SUR L’EAU : À ce point de folie, de Franzobel
(traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Mannoni)
Ils partirent quatre cents, mais par un prompt naufrage, ils ne se virent que quinze en revenant au port. Grâce à Monsieur Géricault, la tragédie de la Méduse, fier navire réduit en bois de chauffage à la suite d’un petit accident de navigation, est connue de tous. Mais qu’en fut-il réellement ? L’Autrichien Franzobel (alias Franz Stefan Griebl), auteur d’une œuvre conséquente, notamment pour le théâtre, mais pratiquement pas traduite en français, s’attelle à relater dans le détail le drame maritime, adoptant un angle à la fois romanesque et anthropologique.

Trueba - Bientôt viendront les jours sans toiMON PAPA A MOI (II) : Bientôt viendront les jours sans toi, de David Trueba
(traduit de l’espagnol par Anne Plantagenet)
Face A : l’enfance et l’adolescence. Face B : l’âge adulte. Construit comme un disque, ce roman suit un fils qui accompagne le cercueil de son père jusqu’à son village natal, pour qu’il y soit enterré. L’occasion de se souvenir, bien entendu. Avec un thème pareil, espérons que le disque ne soit pas trop rayé.

Glass - Pêche#metoo : Pêche, d’Emma Glass
(traduit de l’anglais par Claro)
Pour promouvoir ce premier roman, l’éditeur promet une « voix nouvelle et visionnaire ». Il faudra bien ça, et le virtuose Claro à la traduction française, pour qu’Emma Glass transfigure le sujet glauque par excellence, à savoir le viol. Un drame dont est victime Pêche, une jeune fille d’autant plus traumatisée que ses parents ne se rendent compte de rien lorsqu’elle rentre chez elle après l’agression. Livrée à elle-même pour tenter de se reconstruire, elle comprend qu’elle va devoir agir de manière drastique.

Clement - Balles perduesLORD OF WAR : Balles perdues, de Jennifer Clement
(traduit de l’américain par Patricia Reznikov)
Pearl vit avec sa mère dans une voiture sur le parking d’un camp de caravanes. Le quotidien s’écoule entre chansons d’amour, porcelaine de Limoges, insecticide et lait en poudre, en compagnie de sa meilleure amie Avril May et des autres personnages excentriques des caravanes voisines. Mais ce quotidien tranquille est irrémédiablement bouleversé lorsque Pearl réalise qu’un important trafic d’armes est réalisée autour d’elle.


On lira sûrement :
L’Hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy

On lira peut-être :
À ce point de folie, de Franzobel


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