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A première vue : la rentrée Liana Levi 2016

Pour être une « petite » maison d’édition, Liana Levi n’en participe pas moins chaque année à la rentrée littéraire, avec un souci renouvelé de découvrir de nouvelles voix. C’est encore le cas cette année avec le roman francophone qu’elle propose, première œuvre d’une auteure d’origine iranienne déjà bien soutenue par les libraires qui ont pu le lire en avant-première.

Djavadi - Désorientale(DÉ)BOUSSOLE : Désorientale, de Négar Djavadi
Arrivée à Paris à l’âge de dix ans, Kimiâ n’a pas toujours fait grand cas de ses origines iraniennes. Mais celles-ci vont bientôt la rattraper, plongeant la jeune femme dans un tourbillon des origines où s’entrechoquent la longue histoire familiale et celle d’un pays à (re)découvrir, sur fond de rock et de passion… Cinéaste et scénariste, Négar Djavadi s’inspire de son propre parcours pour ce premier roman qui devrait faire souffler un joli vent de liberté sur le raout automnal.

York - Le NaturalisteDÉLIVRANCE : Le Naturaliste, d’Alissa York
En 1867, un naturaliste monte le projet d’une expédition audacieuse sur l’Amazone et le Rio Negro, au cœur de la jungle, à la rencontre des tribus indiennes. Mais la mort l’emporte brusquement, et c’est sa femme et son fils (né d’un premier mariage de son père avec une Indienne) qui décident de mener l’aventure avec l’aide d’une jeune dame de compagnie. Tandis que les deux femmes font l’expérience d’une liberté inédite, le jeune homme se confronte non sans mal à ses racines… Quatrième traduction française pour Alissa York, auparavant publiée par Joëlle Losfeld.


Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

Comme toujours, le titre m’a interpellé. La première page et notamment cette phrase aussi : « Ma première grande faiblesse fut de vouloir devenir une héroïne, épique et stoïque, ma deuxième faiblesse fut d’échouer, et la troisième de recommencer sans cesse ; mon opiniâtreté refusait l’abandon d’un tel projet. C’est ainsi que je devins une insubmersible héroïne déchue. »

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le roman de Chahdortt Djavann est étrange. Le sous-titre indique Psychanalyse 1 et il est spécifié en dessous, roman. Pour qu’on n’oublie pas qu’il s’agit avant tout d’un roman, même si on sent au fil de la lecture (et l’auteur l’explique à la fin) que certaines choses sont vraies et d’autres pures fictions.

Deux récits se trouvent emmêlés. Tout d’abord, la narratrice iranienne (dont je ne me souviens pas que son prénom ait été mentionné) fait des comptes-rendus de chacune de ses séances chez le psychanalyste, tout au long de l’année 1994, à Paris. Imbriqué entre ces courts récits, on suit les aventures de Dounya, belle et intrépide étudiante iranienne, dans les rues de Téhéran, de Bandar Abbas et Ispahan (et ailleurs), dans l’Iran de 1990. 

Je vais être honnête avec vous. J’ai lu l’ouvrage sur une centaine de pages avant de m’apercevoir que les comptes-rendus chez le psy ne m’intéressaient pas du tout. Désolée Madame Djavann. Au début, c’était intéressant, savoir comment évoluer chez un psychanalyste en connaissant à peine la langue, ses hésitations langagières, ses soirées passées à engloutir le dictionnaire pour pouvoir s’exprimer correctement devant son médecin. Et puis… et puis je me suis lassée. 

J’ai donc totalement arrêté de lire les chapitres intitulés « séances » pour me consacrer à la vie de Dounya, la rebelle. Cette partie du récit est formidablement bien écrite. Comment une jeune femme peut se rebeller contre le régime tyrannique de la république islamiste? En épousant un riche Iranien vivant à l’étranger? En tentant de fuir le pays? En s’alliant avec des personnes à la tête d’un réseau de résistants? Peut-on vraiment parler d’une résistance en Iran?

Ce récit est vraiment captivant, on se prend d’affection pour Dounya qui tente par tous les moyens d’échapper à sa condition de femme, déjà difficile en soi, mais plus encore dans un pays comme le sien. J’ai dévoré ces pages et j’attends avec impatience le tome 2, pour connaître la suite de ses aventures. Vite, Madame Djavann, vite!

Donc encore une fois, un résultat très mitigé. D’un côté, des séances chez le psy qui durent, qui durent… et de l’autre, une histoire touchante, presque haletante. J’imagine que je suis passée totalement à côté du livre en évitant de lire les parties concernant le psy et la narratrice, mais c’était trop long, trop lent, trop répétitif surtout. Alors que la vie de Dounya est on ne peut plus captivante. 

Au final, un livre intriguant, qui aura peut-être son petit succès en librairie pour la rentrée, auquel cas, je m’efforcerai de lire les chapitres avec le psy et vous referai un autre décryptage. 

Je ne suis pas celle que je suis, Psychanalyse 1 de Chahdortt Djavann
Editions Flammarion, 2011
ISBN 9782081227545
533 pages, 21 €