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Semaine spéciale « on va tous mourir »


Bon, ça va, j’ai compris.

L’actualité étant ce qu’elle est – en l’occurrence, viralement omniprésente -, je vais adapter le ton du blog aux circonstances.
Et en profiter pour vous parler la semaine prochaine de romans mettant en scène des formes de fin de monde, qu’ils soient causés par un virus foudroyant (L’Année du Lion, Station Eleven) ou par une invasion de mégalodons échappées des temps anciens (Fin de siècle).

Vous le savez, je ne suis pas là pour insulter votre intelligence. Autant vous dire que les livres en question sont excellents, brillants, voire amusants (pour l’un d’entre eux au moins), et qu’ils se servent de leur cadre fictionnel pour questionner notre monde actuel avec une acuité dont nous avons tous besoin. En ce moment, plus que jamais, sans doute.
D’ailleurs, ce n’est sûrement pas un hasard si, depuis quelques années, les romans mettant en scène des univers post-apocalyptiques ou dystopiques se multiplient, et rencontrent de beaux succès en librairie. Les écrivains sont sur le pont. Ils observent le monde, en traquent les dérives. Ils ciblent l’humain, sa folie souvent, son génie parfois. Ils cherchent des solutions, aussi, à leur modeste manière.

La lecture est un loisir, une distraction, mais elle peut permettre, à l’occasion, de prendre de la hauteur. C’est à ce léger vol en altitude que je vous inviterai la semaine prochaine.
L’occasion aussi, pour moi, de deux séances de rattrapage sur ces immenses romans que sont L’Année du Lion et Station Eleven, dont je me demande encore comment j’ai fait pour ne pas en parler ici, alors même que leur lecture m’avait enthousiasmé au-delà de toute expression…
Quant à Fin de siècle, c’est le nouveau Gendron. Et si vous êtes un fidèle de Cannibales Lecteurs, vous avez déjà une idée de ce que cela peut signifier.

Alors, à la semaine prochaine !


Un fantôme dans la tête, d’Alain Gagnol

Cher Alain Gagnol,

Je ne sais pas si vous lirez un jour cette chronique, mais permettez-moi de la commencer en m’adressant à vous, pour le mea culpa le plus sincère que je puisse exprimer. Je n’avais pas prévu de lire votre roman. Quand je l’ai vu arriver, le jour de sa sortie, j’ai soupiré devant sa couverture (pourtant plutôt pas mal), le nom de l’éditeur (circonstance atténuante, le Passeur avait publié précédemment le très mauvais « polar » de Francis Huster)… bref,je l’ai accueilli avec toute la mauvaise foi du monde et un a priori parfaitement injustifié.
Je l’ai pourtant pris, votre Fantôme, à l’occasion d’une pause déjeuner, avec l’idée de conforter ma mauvaise opinion toute faite en en lisant quelques pages d’un œil dubitatif, avant de le reléguer dans un coin et de l’oublier aussitôt. En fait de quelques pages, j’en ai dévoré 80 d’un coup. Scotché, séduit, irrémédiablement happé. Je l’ai fini hier soir, à regret ; et me voici donc aujourd’hui sur ce blog pour vous dire, à vous Alain, et à vous tous chers amis Cannibales, à quel point je me suis régalé avec ce livre.

Gagnol - Un fantôme dans la têteUn fantôme dans la tête, c’est l’histoire de Marco Benjamin, lieutenant de police à Lyon de son état, chargé de mettre fin aux crimes atroces d’un tueur en série qui kidnappe des jeunes femmes pour les dépecer bien salement dans des entrepôts déserts ou des cabanes abandonnées. Le jour où il retrouve une nouvelle victime assez vite pour recueillir son dernier souffle, son esprit cède – et les ennuis s’abattent.
Entre son divorce tout frais, sa fille de 16 ans qui le supplie de lui laisser prendre la pilule, une autre gamine à peine majeure qui fugue et s’installe de force dans son canapé, un gourou voyant, adoubé par la femme du préfet, qui prétend pouvoir aider la police, et l’IGS fascinée par la maestria avec laquelle il multiplie les manquements au règlement, Marco n’a que l’embarras du choix pour nourrir sa dépression. Au point que, grand fan de comics, il finit par s’imaginer un alter ego, Suicide-Man, le super-héros qui n’arrive jamais à mourir. Un double de lui-même qui, affublé d’un vieux tee-shirt de Superman, pourrait bien réaliser quelques prouesses inédites…

Arrivé à ce stade de la chronique, soit vous n’êtes déjà plus là et c’est dommage, soit vous vous dites : « pfff, c’est du déjà-vu tout ça », soit vous pensez « pfff, mais qu’est-ce que c’est que ce micmac ?!? » (soit vous êtes déjà parti vers votre librairie préférée pour l’acheter, et là je dis juste bravo).
Non, sérieusement, pourquoi ce polar fonctionne aussi bien ? Parce qu’il a un ton, un humour franc et une vraie chaleur humaine, en dépit des horreurs qu’il peut exprimer par ailleurs. Un fantôme dans la tête est à la fois un thriller glaçant et une comédie réjouissante. Comment est-ce possible ? Aucune idée, c’est le secret de fabrication d’Alain Gagnol, mais diable, le monsieur est doué pour cela.

En fait, bien que construit sur une trame au final assez simple, Un fantôme dans la tête aligne les bons rebondissements et  les séquences délicieuses ou inattendues avec la régularité d’un chef d’orchestre dirigeant le Boléro de Ravel. Voir les scènes hilarantes chez le psy, que Marco finit par rendre fan absolu de comics à force de lui en parler (plutôt que d’évoquer ses propres problèmes), ou celles avec l’IGS, dont les membres se comportent en groupies de Marco, persuadés de tenir une légende tellement improbable qu’ils préfèrent le laisser agir n’importe comment plutôt que de l’arrêter.

Si vous avez envie de vous marrer un bon coup avec un polar dont l’intrigue tient proprement la route, si vous aimez les dialogues qui claquent, les baffes dans la gueule tendance bourre-pifs à la Audiard, les super-héros un peu nuls, les filles insolentes et les personnages déjantés, faites une petite place dans votre tête pour ce Fantôme. Vous serez, je l’espère, aussi agréablement surpris que je l’ai été !

Signé Bookfalo Kill

Un fantôme dans la tête, d’Alain Gagnol
  Éditions le Passeur, 2014
ISBN 978-2-36890-136-6
354 p., 20,90€

La Toile bruisse déjà d’avis favorables sur ce roman : le blog de Yv, Blue Moon… en espérant que ce ne soit que le début !