Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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Vacher l’éventreur de Régis Descott

Joseph Vacher était un bel homme. L’œil sombre et le regard dur, les sourcils en bataille, la mâchoire carrée. Mais Joseph Vacher était aussi timbré. Un véritable fou qui, au XIXème siècle, tua et dépeça pendant des années bergères et bergers, vieilles femmes et enfants, avant d’être arrêté, jugé, condamné à mort et exécuté.

Descott - Vacher l'éventreurDe cet homme aussi fascinant qu’effrayant, Régis Descott cherche à faire un personnage de roman, sans en écrire une seule ligne. Comment? En faisant des copiés-collés des articles parus à l’époque, des comptes-rendus d’audience, des rapports d’autopsie et des lettres écrites par l’assassin. Il a passé un temps assez incroyable à collecter les traces laissées par Joseph Vacher pour nous raconter l’histoire de ce vagabond fou.

Peut-on dire que recopier des textes trouvés dans les archives est un roman? Ce que l’auteur appelle, dans son introduction, un « roman-vrai ». Très honnêtement, je ne pense pas. Certes, il a ordonné les archives dans un sens qui lui appartient mais sans ajouter la moindre ligne pour nous donner sa vision, son ressenti. Pour moi, cet ouvrage consiste en un agencement d’archives qui, même si elles sont très intéressantes et retracent bien les atrocités commises et la folie du personnage, ne constitue pas un roman.

Mais rien ne sert d’épiloguer plus longtemps là-dessus, si vous souhaitez vous plonger dans des rapports d’autopsie (qui par définition sont parfois assez gores) et découvrir l’un des tous premiers serial killers français, n’hésitez pas, Vacher l’Éventreur se lit d’une traite.

Vacher l’Éventreur de Régis Descott
Éditions Grasset, 2015
9782246809920
274p., 19€

Un article de Clarice Darling.

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La Colère de Fantômas t.1 : les bois de justice, de Bocquet & Rocheleau

Signé Bookfalo Kill

Août 1911. Seize ans après avoir fait parler de lui – et rencontré l’inspecteur Juve – pour la première fois, Fantômas est enfin arrêté et traduit en justice. Meurtrier, terroriste, anarchiste activiste, c’est le criminel le plus effroyable de France, et son sort ne fait aucun doute. Le fait qu’il assassine un témoin en plein procès accélère le processus : il est rapidement condamné à mort, et exécuté dans la foulée devant une foule nombreuse et soulagée.
Le lendemain soir, à l’occasion de la première d’une pièce en théâtre mettant en scène ses méfaits, Fantômas surgit pourtant sur scène, la tête solidement arrimé sur ses épaules et plus en colère que jamais…

Bocquet & Rocheleau - La Colère de Fantômas t.1 - Les bois de justiceVous pensez sûrement que Fantômas est un méchant guignol dissimulé derrière un masque bleu, poursuivi par un inspecteur Juve d’opérette, hystérique et maladroit. Ce n’est pas de votre faute, ce cliché provient bien sûr des trois films réalisés par André Hunebelle dans les années 60, avec Jean Marais et Louis de Funès. On est pourtant loin, très loin du personnage d’origine, terrifiant extrémiste sans autre limite que celles apparemment infinies de son imagination, créé en 1910 par Pierre Souvestre et Marcel Allain.

C’est à cette source, presque oubliée mais d’une richesse exceptionnelle, que le scénariste Olivier Bocquet est allé puiser. Voici donc un Fantômas cruel, sanguinaire, brillant et charismatique à sa terrible manière, qui ne cesse de porter la violence et la mort partout, aussi imprévisible et amoral que le Joker de Batman.
Face à lui, le placide inspecteur Juve et le journaliste Fandor font un peu pâle figure, en tout cas dans ce premier tome, où l’accent est porté sur le personnage-titre, histoire de redonner son vrai visage à un « héros » défiguré par sa dérive cinématographique.

Pour donner sa pleine mesure à ce Fantômas ressuscité (dans tous les sens du terme), Dargaud a associé à Bocquet la dessinatrice Julie Rocheleau, dont les partis pris graphiques très forts – atmosphère expressionniste, dominantes de rouge et d’orange, traits anguleux, ombres prédominantes – redonnent toute sa puissance horrifique au personnage. Fidèle à sa réputation d’insaisissable, le visage de Fantômas reste indistinct, et c’est souvent sous la forme d’une silhouette obscure, hérissée d’une arme quelconque (couteau ou revolver), que se montre l’assassin.

Si je dois faire un seul « reproche » à cet album, c’est d’être un premier tome, qui pose les bases d’une histoire prévue en trois parties. Même si les péripéties y sont déjà nombreuses, il ne se dégage pas encore l’impression d’une véritable intrigue, hormis celle d’un retour aux affaires spectaculaires de Fantômas. Etant donné la qualité de cette entrée en matière, on attend donc la suite avec impatience.

La Colère de Fantômas t.1 : les bois de justice
Dessin : Julie Rocheleau / Scénario : Olivier Bocquet
Éditions Dargaud, 2013
ISBN 978-2-205-07019-4
56 p., 13,99€