Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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The Whites, de Richard Price

RETROUVEZ RICHARD PRICE AU FESTIVAL QUAIS DU POLAR A LYON, DU 1er AU 3 AVRIL 2016

Signé Bookfalo Kill

Billy Graves est chef d’une équipe de nuit du NYPD – un placard dont il a hérité après une bavure involontaire, qui a ruiné sa carrière de jeune flic prometteur. Il s’efforce depuis de faire au mieux en assurant chaque nuit la sécurité de ses concitoyens, tout en s’occupant de ses deux enfants, de sa femme et de son père qui perd gentiment la boule.
Un soir, un appel fait basculer ce train-train trop paisible : il reconnaît, en une victime poignardée à mort dans le couloir d’un métro, le « white » d’un de ses anciens collègues. Un « white », c’est un individu que l’on sait coupable d’un crime pour lequel on n’a pas réussi à le faire condamner, le laissant vivre depuis dans un état d’impunité qui pèse lourdement sur la conscience du policier désavoué. Hasard ? Lorsque, quelques jours plus tard, un autre « white » de ses collègues est retrouvé mort, Billy comprend que quelque chose se trame… en rapport, peut-être, avec cet individu mystérieux qui se met à suivre de trop près ses proches ?

Price - The Whites (24 mars)Œuvrant également comme scénariste (il a signé notamment quelques épisodes de la mythique série The Wire), Richard Price est vraiment un romancier trop rare. En France, sa dernière parution, Frères de sang, remonte à 2010, et encore était-ce la traduction d’un livre paru aux États-Unis en… 1976. Le précédent, le sublime Souvenez-vous de moi, datait de 2009 (2008 aux USA). Autant dire que voir débarquer un nouveau titre est une bonne nouvelle, surtout quand le roman en question est une belle réussite.

Dans The Whites, on retrouve tout ce qui fait la marque de fabrique de Richard Price, en commençant par son habileté prodigieuse à restituer les détails du quotidien, à immerger le lecteur sans l’ennuyer dans la vraie vie des gens ; ici son pivot est un policier, dont il relate non seulement l’enquête principale, celle qui sert d’intrigue centrale au roman (avec cette notion très intéressante de « white », joliment exploitée), mais aussi les autres interventions, avec un souci épatant du réalisme, et un joli mélange d’humour et de désenchantement.
New York est là aussi, poumon de son œuvre, surtout vue de nuit cette fois, spécialité de son enquêteur oblige. On y ajoute la profondeur des personnages, leur humanité tout en contraste (mention spéciale aux membres de la famille de Billy Graves, tous épatants, et à ses anciens collègues, sidérants) ; un suspense qui va crescendo, tendu surtout par l’intrigue parallèle centrée sur Milton Ramos, un autre flic dont les objectifs et le caractère deviennent de plus en plus inquiétants au fil des pages ; et une réflexion aussi clairvoyante que douloureuse sur les choix d’une vie, ainsi que la fidélité à ses convictions…

The Whites est sans aucun doute un très bon cru du romancier new yorkais, qui laisse des traces, impressionnant par son équilibre entre suspense et réalisme quasi documentaire des situations, sa maîtrise l’air de rien (la lecture est très fluide) et son empathie. Espérons que nous n’attendrons pas à nouveau sept ans pour avoir des nouvelles de Richard Price !

The Whites, de Richard Price
(The Whites, traduit de l’américain par Jacques Martinache)
Éditions Presses de la Cité, 2016
ISBN 978-2-258-11799-0
414 p., 22€

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Promenade du crime, de Peter Guttridge

Signé Bookfalo Kill

Après Dan Waddell, voici encore une belle trouvaille anglaise des éditions du Rouergue ! Je m’étais promis de les garder à l’œil après la publication de l’excellent Code 1879 en 2010, et ce nouveau premier roman venu d’Outre-Manche vient combler mes attentes.

Très réaliste et complet dans sa description du fonctionnement de la police britannique, Peter Guttridge élabore une double intrigue complexe. La première, contemporaine, commence par un assaut donné par la police de Brighton sur une maison censée abriter un criminel d’envergure. Mais la tentative d’arrestation, mal préparée, tourne au massacre et à la bavure. Sarah Gilchrist, jeune inspectrice faisant partie de l’équipe d’intervention, note même l’attitude étrange de certains de ses collègues.
Soucieux de couvrir ses hommes avant même de savoir ce qu’il s’est passé, Robert Watts, le chef de la police, se voit contraint à la démission. Ce qui ne l’empêche pas, avec l’aide de Sarah, de vouloir chercher à comprendre la vérité sur cette étrange affaire, surtout lorsque les policiers impliqués dans l’assaut commencent à mourir les uns après les autres…
L’autre intrigue se rattache à un crime bien réel. Commis en 1934, le « meurtre à la malle » n’a jamais été résolu. Mais tout semble relancé lorsque des vieux dossiers de police refont surface et tombent entre les mains de Kate Thompson, une journaliste qui végète dans une radio locale et voit enfin l’occasion de lancer sa jeune carrière.

Par un savant jeu de miroirs mettant au cœur de l’intrigue de sombres histoires de famille, l’auteur fait se répondre les deux affaires sans recourir à la facilité usuelle de les faire se rejoindre ; elles se croisent, se répondent, tout comme s’entremêlent les secrets de différentes générations toutes affairées à jouer avec la vérité. Mieux vaut s’accrocher car les ramifications sont nombreuses et les deux histoires tortueuses, denses en détails et en informations.  
Mais les personnages sont remarquables, tout comme l’est le soin que Guttridge porte aux descriptions de Brighton, véritable personnage du roman, dont l’auteur a décidé d’entreprendre une radiographie complète et sans concession dans une trilogie – logiquement intitulée Trilogie de Brighton.

Ce qui explique sans doute le seul point noir de mon avis : la fin, très (trop) ouverte, de ce premier volume. Certes, Guttridge concède quelques éléments de réponse, mais sans imposer de vérités complètes et détaillées, ni dans une affaire ni dans l’autre, ce qui m’a un peu laissé sur ma faim. On sent que l’histoire n’est pas terminée – ce que la lecture sur le site de l’auteur des synopsis des deux romans suivants confirme…
En même temps, c’est un excellent moyen de me donner envie de lire le tome 2, Le Dernier Roi de Brighton, à paraître prochainement. Vivement la suite, donc !

La Trilogie de Brighton tome 1 : Promenade du crime, de Peter Guttridge
Éditions du Rouergue, 2012
ISBN 978-2-8126-0352-5
301 p., 22€