Articles tagués “aristocrate

Un long voyage

Claire Duvivier - Un long voyage

 

Claire Duvivier

Éditions Aux Forges de Vulcain

ISBN 9782373050806

314 p.

19 €


Issu d’une famille de pêcheurs, Liesse doit quitter son village natal à la mort de son père. Fruste mais malin, il parvient à faire son chemin dans le comptoir commercial où il a été placé. Au point d’être pris comme secrétaire par Malvine Zélina de Félarasie, ambassadrice impériale dans l’Archipel, aristocrate promise aux plus grandes destinées politiques. Dans le sillage de la jeune femme, Liesse va s’embarquer pour un grand voyage loin de ses îles et devenir, au fil des ans, le témoin privilégié de la fin d’un Empire.


La quatrième de couverture du premier roman de Claire Duvivier est à la fois juste, pour qui a lu le livre, et potentiellement trompeuse dans le cas contraire. Le long voyage du titre, davantage que géographique, est avant tout intime, humain, intellectuel. En lisant l’expression « grand voyage loin de ses îles », on serait en droit d’imaginer un périple aventureux plein de rebondissements, un grand roman d’aventures et d’exploration propre à nous faire traverser mille et une contrées échappées de l’imagination foisonnante de l’auteure.
Point de tout ceci, ou en tout cas pas tant qu’on pourrait le croire. En revanche, en terme d’imagination foisonnante et de grand roman, on est servi.

Un héros très discret

L’un des tours de force d’Un long voyage, c’est de nous faire adopter le point de vue de son narrateur, Liesse, personnage dont les origines frustes, les choix ou les orientations de vie sont souvent aléatoires. Et dont la fonction même de secrétaire l’empêche de s’élever, de tout voir et de tout savoir, et le contraint à ne faire état que de ce dont il est témoin ou confident.
Adopté à l’âge de sept ans comme esclaves par deux fonctionnaires impériaux (en secret, car c’est contraire aux lois de l’Empire), privé de grandeur quoi qu’il fasse, souvent mal considéré par ceux qui l’entourent, Liesse est aux limites de l’anti-héros. D’ailleurs, tout son propos, dès les premières lignes qu’il adresse à une mystérieuse Gémétous, est de traiter, non pas de sa vie, mais de celle qu’il a servi, la flamboyante aristocrate Malvine Zélina de Félarasie.

Trompe-l’œil, bien entendu. Car Liesse est bien le véritable héros du roman. Un héros dont la modestie et l’humilité jouent pour beaucoup, paradoxalement, dans l’atmosphère fabuleuse du livre (au sens premier et littéraire du terme : « qui relève de la fable »). Car sa position en retrait éclaire avec force les grandeurs et décadences de l’Empire, cet ailleurs vaste et mystérieux dont Claire Duvivier ne dévoile, au bout du compte, que quelques territoires, quelques histoires, quelques secrets.
Oui, c’est cela : Un long voyage, c’est le parcours extraordinaire d’un héros ordinaire.

Si vous cherchez des Nains, passez votre chemin !

Intime et intérieur, presque rationnel, le roman évolue pourtant dans un univers construit de toutes pièces. Un long voyage est sans aucun doute un roman de fantasy. Mais sans effets spéciaux, sans dragons ni trolls ni magiciens ni elfes. Voici une fantasy qui se déploie par son imaginaire géographique, politique, historique, d’une richesse d’autant plus insoupçonnable au départ que Claire Duvivier, habile et maligne, en dévoile les éléments au compte-gouttes. Son idée est de nous faire croire à son monde en nous y invitant comme dans un territoire familier, alors même que le lecteur n’en possède aucun code.
Tout se met en place au fil des pages, des chapitres, à petites touches, sans que jamais la romancière ne se perde dans de longues descriptions ou explications. C’est au lecteur de faire le boulot, ce qui permet de constituer ses propres images de cet univers, avec une liberté rare, tout en restant attaché avant tout aux péripéties humaines de l’intrigue.

Les aventuriers du temps

Cette approche atypique nécessite d’être patient, et attentif. On s’attache progressivement au jeune Liesse, dont le roman va suivre la vie sur un temps très long, plusieurs décennies, sans que jamais on s’ennuie. Un long voyage propose, d’ailleurs, une réflexion sur l’Histoire et ses conséquences à long terme, sur la manière d’appréhender le passé et de se réconcilier avec lui, sur le passage du temps et sur ses conséquences – notamment lors d’un basculement du récit dont je ne peux évidemment rien vous révéler, mais qui propulse le récit dans une autre dimension (dans tous les sens de l’expression) et l’entraîne soudain dans des chemins aussi imprévisibles qu’excitants et fascinants.

En cela, le narrateur est aidé par les nombreux personnages qu’il côtoie, galerie de caractères remarquables dont on pourrait regretter, parfois, de ne pas en savoir un peu plus. S’il faut mettre un bémol, que ce soit celui-ci… mais il est mineur.
En revanche, si l’on suit le rythme singulier que propose Claire Duvivier, on finit par être récompensé. Car Un long voyage prend de plus en plus d’ampleur, finit par créer des brèches, par prendre des chemins inattendus, et même par secouer quand les événements gagnent en mystère et en intensité. Plus on s’approche de la fin, plus le livre est vaste, riche, bouleversant. Le chapitre 13, notamment, est une réussite exceptionnelle, qui m’a profondément touché.

Très joli coup d’essai, donc, pour Claire Duvivier, dont j’ai déjà hâte de retrouver le regard original et la superbe plume. Peut-être dans le même univers ? Car Un long voyage ébauche des paysages et des intrigues inouïes, suggère en arrière-plan une Histoire (oui, avec un grand H) immense, qu’il serait passionnant de continuer à explorer. Quoi qu’il en soit, à suivre !


N.B.: on dit beaucoup de bien de ce livre un peu partout, depuis des semaines, au fil d’un bouche-à-oreille exceptionnel (phénomène qui, d’ailleurs, a attiré mon attention sur lui). Retrouvez donc les avis d’Yvan sur son blog Émotions, d’Un dernier livre avant la fin du monde, Les lectures d’Antigone, Quoi de neuf sur ma pile… parmi tant d’autres !


À première vue : la rentrée Stock 2020

logo


Et on repart avec un paquet de dix grâce (?) aux éditions Stock, qui font partie des maisons habituées à dégorger leur trop-plein plus ou moins intéressant à chaque rentrée littéraire. Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Stock qu’il faut plomber celui des libraires, merci bien.
De plus, faut-il vous le cacher ? Dans tout ceci, à première vue, pas grand-chose à garder.
Bref, pour reprendre le titre d’un de ces livres, ne tardons plus et affrontons cette grande épreuve, histoire d’en finir au plus vite.


Intérêt global :

mécontent


Emmanuel Ruben - SabreSabre, d’Emmanuel Ruben

Obsédé par le souvenir d’un sabre accroché au mur chez ses grands-parents, le narrateur part en quête de l’arme disparue, qui l’amène à remonter le temps et les branches de l’arbre de la famille Vidouble, dans un grand tourbillon mêlant explorations géographiques, éloge de l’imaginaire contre les déceptions du réel, plongées historiques et passions picaresques.

Florent Marchet - Le monde du vivantLe Monde du vivant, de Florent Marchet

Et nous revoilà à la campagne. Depuis que la prise de conscience écologique s’accélère dans la société, il semblerait que certains romanciers décident de replonger en nombre dans les racines de la terre… Sinon, on peut presque reprendre le pitch du prochain roman de Marie Nimier à paraître chez Gallimard, et l’adapter jusque ce qu’il faut. Soit l’histoire d’une famille, installée à la campagne pour réaliser le fantasme fermier du père. Au grand dam de Solène, sa fille de 13 ans, qui du coup le déteste. Pendant ce temps, Madame, qui entend mettre la main à la paille, se blesse avec une machine agricole. Un jeune woofeur vole à leur secours. Il est jeune, il a du charme, et des idées radicales. Ca va swinguer chez les apprentis laboureurs.
C’est ce qui s’appelle creuser un sillon.

Hervé Bel - Erika SattlerErika Sattler, d’Hervé Bel

Il ne lui faut qu’un discours, l’un de ces fameux discours enflammés qui ont fait sa réputation et contribué, pour une bonne part, à mener l’Allemagne sur la route du désastre. En écoutant Hitler, une adolescente se prend de passion pour la cause nazie. Au point d’y croire jusqu’au bout car, même lorsque la débâcle menace début 1945, Erika croit encore pouvoir vivre son idéal national-socialiste. Un portrait de femme dérangeant, cliché des dérives de l’Histoire.

Tobie Nathan - La société des belles personnesLa Société des belles personnes, de Tobie Nathan

« Les Nazis. Je hais ces gars-là. » (Indiana Jones)
Les revoilà dans le nouveau roman de Tobie Nathan, en train d’infiltrer l’armée égyptienne – sans parler de l’ombre maléfique de leurs actes inhumains, encore prégnants en cette année 1952 où commence le roman. Un jeune homme nommé Zohar Zohar arrive en France, fuyant l’Égypte à feu et à sang. Avec Aaron, Lucien et Paulette, il fonde la Société des Belles personnes, communauté unie par le désir de vengeance et par les démons de leur histoire personnelle, décidée à riposter par l’action contre les bourreaux du passé. Plus tard, son fils François découvre cette histoire, et décide de la poursuivre.

Nazanine Hozar - AriaAria, de Nazanine Hozar
(traduit de l’anglais (Canada) par Marc Amfreville)

Téhéran, 1953. Une nuit, Behrouz, humble chauffeur de l’armée, découvre dans une ruelle une petite fille qu’il ramène chez lui et nomme Aria. Alors que l’Iran sombre dans les divisions sociales et religieuses, l’enfant grandit dans l’ombre de trois figures maternelles. Quand la révolution éclate, la vie d’Aria, alors étudiante, comme celle de tout le pays, est bouleversée à jamais.

Olivia Elkaim - Le Tailleur de RelizaneLe Tailleur de Relizane, d’Olivia Elkaim

La romancière sonde ses origines familiales, remontant à l’histoire de ses grands-parents, Marcel et Viviane, forcés de quitter l’Algérie pendant la guerre et de s’exiler en France, où on les accueille par la force des choses, sans sympathie ni la moindre aide. L’occasion pour l’auteure d’explorer sa part juive et algérienne.

Etienne de Montéty - La grande épreuveLa Grande épreuve, d’Étienne de Montety

L’auteur s’empare d’un fait divers sordide dont vous vous souvenez sans doute, hélas : le meurtre, dans son église de Saint-Etienne du Rouvray, d’un prêtre, tué par un extrémiste islamiste. Par la fiction, Montety entend comprendre le caractère inéluctable des faits.
Attention, terrain miné.

Alexandra Dezzi - La colèreLa colère, d’Alexandra Dezzi

Un roman consacré à la domination à travers la relation qu’entretient la narratrice à son propre corps, des coups qu’elle reçoit lors de ses entraînements de boxe à la question du désir et des relations sexuelles, entre agression et jouissance.

Caroline de Bodinat - Dernière cartoucheDernière cartouche, de Caroline de Bodinat

Un aristocrate de province, dont la vie semble taillée dans le marbre des convenances (une femme, trois enfants, une maîtresse, un labrador, une entreprise), échappe de plus en plus à la réalité, sous la pression des attentes des autres. Jusqu’à décider d’en finir avec tout ça.
(Oh oui, finissons-en.)

Simon Libérati - Les démonsLes démons, de Simon Liberati

« Un roman d’une ambition rare, mêlant l’intrigue balzacienne à l’hymne pop », dixit l’éditeur. Je vous laisse là-dessus ?


BILAN


Sans surprise, aucune envie pour moi dans ce programme. Hormis, peut-être, Sabre, mais ce sera loin d’être une priorité.