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À première vue : bonus !


Intérêt global :

joyeux


Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ?
Allez, comme promis, j’ajoute une chronique à cette copieuse édition 2020 de la rubrique « à première vue », afin de mettre en lumière quelques éditeurs faisant le pari, par choix ou par contrainte économique, de ne lancer qu’un seul titre dans la rentrée littéraire.
Une parcimonie qui ne doit pas être entendue comme synonyme de pauvreté, mais au contraire comme une vraie prise de risque, et aussi la volonté de défendre coûte que coûte un texte et son auteur.
Par contraste avec le surplus parfois nonchalant de certains éditeurs, cet engagement fait du bien, et mérite d’être mis en valeur.


Laurine Roux - Le SanctuaireÉDITIONS DU SONNEUR
Le Sanctuaire, de Laurine Roux

Tiens, ben voilà, démonstration par l’exemple : voici l’une de mes plus grosses attentes de la rentrée. Car le premier roman de Laurine Roux, Une immense sensation de calme (2018), était un diamant brut, taillé dans la plus minérale des roches littéraires.
Le résumé de ce deuxième livre semble un écho troublant, et en même temps excitant, de ce premier essai. Le Sanctuaire, c’est une zone montagneuse et isolée, dans laquelle une famille s’est réfugiée pour échapper à un virus transmis par les oiseaux et qui aurait balayé la quasi-totalité des humains. Le père y fait régner sa loi, chaque jour plus brutal et imprévisible.
Munie de son arc qui fait d’elle une chasseuse hors pair, Gemma, la plus jeune des deux filles, va peu à peu transgresser les limites du lieu. Mais ce sera pour tomber entre d’autres griffes : celles d’un vieil homme sauvage et menaçant, qui vit entouré de rapaces. Parmi eux, un aigle qui va fasciner l’enfant…

choplinLA FOSSE AUX OURS
Nord-Est, d’Antoine Choplin

Très connue dans la région lyonnaise où elle est implantée, la Fosse aux Ours compte à son catalogue quelques auteurs remarquables (Marco Lodoli, Thomas Vinau, Philippe Fusaro, Jacky Schwartzmann ou Mario Rigoni Stern), qui lui valent régulièrement d’être lue partout ailleurs en France – et tant mieux ! Parmi ces écrivains précieux figure Antoine Choplin, plume dont le minimalisme poétique nous a donné les superbes Radeau, La Nuit tombée ou Une forêt d’arbres creux, entre autres exemples.
Nord-Est, son nouveau livre, nous amène dans un camp, dont des hommes et des femmes ont enfin le droit de partir. Si la plupart restent sur place, d’autres décident de partir à pied. Ils veulent rejoindre les plaines du Nord-Est pour y reconstruire une nouvelle vie. Il leur faudra franchir des plateaux, des villages dévastés et de hautes montagnes…

François Vallejo - Efface toute traceVIVIANE HAMY
Efface toute trace, de François Vallejo

Éditrice historique de Fred Vargas, qui compte aussi à son prestigieux catalogue Dominique Sylvain, Cécile Coulon, Gonçalo M. Tavares, Léon Werth, Magda Szabo et tant d’autres, Viviane Hamy est l’une des grandes figures de l’édition française. Elle a su garder sa maison debout contre vents et marées, et si cette grande dame est aussi connue pour son caractère imposant (pour ne pas dire difficile), elle pratique avec certains de ses écrivains une fidélité et une foi à toute épreuve.
François Vallejo est dans ce cas, qui figure sur la ligne de départ de la rentrée littéraire avec constance depuis des années. Il est encore au rendez-vous cette année, avec une intrigue à suspense dans le monde de l’art.
Une série de meurtres frappe de riches collectionneurs. Pris de panique, les membres de leur groupe mandatent le narrateur, un expert, pour enquêter sur ces étranges incidents. Tout converge vers les créations d’un certain Jv. Ce dernier a dissimulé une véritable toile de maître dans une série de copies parfaites de chefs-d’œuvre destinées à être détruites. Au collectionneur de la reconnaître.

Olivier Mak-Bouchard - Le dit du MistralLE TRIPODE
Le Dit du Mistral, d’Olivier Mak-Bouchard

Placer le Tripode à la suite de Viviane Hamy n’est pas tout à fait innocent de ma part, puisque son fondateur, Frédéric Martin, a fait une partie de ses classes auprès de la précédente. Une rupture professionnelle compliquée et une première tentative d’indépendance difficile (Attila) plus tard, il a imposé son Tripode parmi les maisons dotées d’une patte singulière, attachés aux écrivains virtuoses, aux univers singuliers et aux voix puissantes, parmi lesquelles Goliarda Sapienza (d’abord éditée chez Viviane Hamy, avant que l’œuvre de la fantasque romancière italienne soit regroupée sous la marque Tripode), Juan José Saer, Valérie Manteau, Pierre Cendors, Edgar Hillsenrath, Jacques Abeille, ou encore Charlotte Salomon – la publication monumentale de l’œuvre de l’artiste restant sans doute le point d’orgue du travail remarquable de l’éditeur.
Entrer dans ce catalogue est donc tout sauf innocent. C’est le pari que tente Olivier Mak-Bouchard avec son premier roman, Le Dit du Mistral. Tout commence le lendemain d’une nuit d’orage, dont la violence a emporté un vieux mur de pierres sèches au milieu d’un champ, et révélé dans les décombres et la boue de mystérieux éclats de poterie. Deux hommes, voisins vivant chacun d’un côté du champ, décident de fouiller plus avant, se lançant dans une aventure qui va dépasser de très loin tout ce qu’ils pouvaient imaginer.


BILAN


Lecture certaine :
Le Sanctuaire, de Laurine Roux

Lectures très probables :
Nord-Est, d’Antoine Choplin
Le Dit du Mistral, d’Olivier Mak-Bouchard


Blake et Mortimer t.21 : le Serment des Cinq Lords, de Sente & Juillard

Signé Bookfalo Kill

Une série de vols étranges, portant sur des objets anodins, se produit à l’Ashmolean Museum juste au moment où Mortimer s’y trouve invité. Intrigué, le célèbre professeur se met à enquêter.
Pendant ce temps, de vieux amis d’université de Blake meurent les uns après les autres, mobilisant toute l’attention du capitaine du MI-5 – car ces amis, unis par un vieux secret, ne sont évidemment pas choisis au hasard…

Sente & Juillard - Blake et Mortimer 21, Le Serment des Cinq LordsDans la série « c’est dans les vieux pots qu’on risque toujours de faire des soupes qui ont un vieux goût de réchauffé », voici donc le nouveau Blake et Mortimer. Et par « nouveau », j’entends « dernier paru », pas « révolutionnaire », hein.
Certains lecteurs vont même jusqu’à reprocher à cette vingt-et-unième affaire d’être trop classique, ce qui n’a pas beaucoup de sens à vrai dire. Reprocher à un Blake et Mortimer d’être classique, c’est comme reprocher à Lucky Luke de faire du cheval ou à Gaston de faire des gaffes : c’est idiot. En tout cas, tant qu’il n’est pas question de revoir les codes de la série, ce qui n’est visiblement pas le projet pour le moment.

De ce point de vue, ce nouveau tome est conforme à ce qu’on peut attendre d’un B&M : du flegme britannique, du « by jove » à toutes les sauces, du mystère épais comme le fog, une enquête tortueuse au possible qui implique le passé de Blake et la figure de Lawrence d’Arabie…
Côté scénario, Yves Sente s’en sort donc pas trop mal, dans un esprit d’enquête dénué de fantastique, plus Marque Jaune que Secret de l’Espadon, même si c’est sans surprise et un rien bavard ; la même histoire aurait bien tenu avec vingt pages de moins et avec une première partie plus énergique. Quant à la fin, elle est assez prévisible, en dépit des tours et détours qu’emprunte parfois l’intrigue pour essayer – en vain, dois-je avouer – de nous égarer.

En revanche, c’est côté dessin que j’ai eu du mal à accrocher. Bizarre, hein ? A première vue, on reconnaît pourtant bien les personnages et le dessin à la Jacobs. Sauf qu’il manque à André Juillard le sens de l’animation que le créateur de la série était capable de mettre dans ses arrière-plans et ses décors. Là, le cadre est statique, souvent d’une grande pauvreté dans les détails, et donne un rendu global décevant. Certains gros plans des personnages font assez peur aussi, notamment les yeux. Oui, Blake a les yeux bleus, mais à ce point-là, faut pas exagérer !
A la différence d’Achdé redonnant vie au trait de Morris pour Lucky Luke, Juillard fait donc plutôt bon élève à qui il manque l’inspiration pour dépasser la simple copie.

Bref, ça ressemble suffisamment à du Blake et Mortimer pour se lire sans déplaisir, ça en a plus ou moins le goût sans en avoir la pleine saveur. De quoi donner envie de relire les albums originaux d’Edgar P. Jacobs – en songeant que, oui, parfois, les meilleures choses devraient avoir une fin…

Blake et Mortimer t.21 : le secret des Cinq Lords, d’après Edgar P. Jacobs
Dessin : André Juillard / Scénario : Yves Sente
Éditions Blake et Mortimer, 2012
ISBN 978-2-87097-164-2
64 p., 15,25€