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Opération Napoléon, d’Arnaldur Indridason

Signé Bookfalo Kill

Si on m’avait dit qu’un jour, je m’éclaterais à lire un roman d’action signé Arnaldur Indridason, j’aurais ricané bêtement à cette supposée bonne blague.
Sauf que, voilà, sans rire, je me suis éclaté à lire un roman d’action signé Arnaldur Indridason, cette Opération Napoléon totalement inattendue – encore plus que ne le fut Betty en son temps, même si ces deux livres n’ont rien à voir.

Indridason - Opération NapoléonTout commence dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Un avion militaire allemand s’écrase sur un glacier islandais et disparaît corps et biens. Durant des années, l’armée américaine tente de retrouver l’appareil, avec un zèle d’autant plus suspect qu’il est entouré d’une extrême discrétion.
Enfin, un jour de janvier 1999, un satellite braqué sur l’Islande repère une trace de l’avion. Aussitôt, une opération impressionnante, maquillée en manœuvres d’entraînement, est déployée sur les lieux, dirigée à distance par le général Vytautas Carr, à la tête d’une branche confidentielle des services secrets américains. Malheureusement, deux jeunes membres d’une équipe de sauvetage islandaise présente non loin de là tombent sur les soldats au travail. Avant d’être violemment neutralisé, l’un d’eux a le temps de téléphoner à sa sœur, Kristin, une avocate sans histoire. Immédiatement traquée par des inconnus déterminés à la réduire au silence, la jeune femme part en quête de son frère autant que de cette mystérieuse carcasse qui excite tant les convoitises…

Que vous dire de plus, sinon qu’Indridason dévoile une nouvelle facette de son talent ? Loin de l’univers mélancolique et feutré des enquêtes de son héros récurrent, Erlendur, le romancier islandais déploie ici une intrigue d’espionnage noueuse et nourrie d’Histoire, qu’il développe tambour battant, à un rythme que l’on aurait cru incompatible avec les gènes littéraires des auteurs nordiques. S’ils sont relativement sans surprise, ses personnages sont très costauds, de Kristin, la jeune femme normale poussée à l’héroïsme par les circonstances et déterminée à aller jusqu’au bout, aux militaires implacables, uniquement soucieux de leurs intérêts, en passant par le terrifiant homme de main, Ratoff, et les nombreux adjuvants qui viennent en aide à Kristin.

Sans doute moins singulier que le reste de son œuvre, moins « indridasonien », Opération Napoléon (traduit de l’anglais, à la demande de l’auteur, par l’excellent David Fauquemberg, et non de l’islandais comme d’habitude) n’en reste pas moins un très bon polar, efficace, idéalement construit et mené, d’une manière classique mais imparable. Les amateurs de romans d’espionnage de qualité se régaleront à le lire ; quant aux fans d’Indridason, ils s’étonneront avec plaisir de le voir investir un nouveau genre avec succès. Bref, tout le monde, normalement, sera content !

Opération Napoléon, d’Arnaldur Indridason
(Napoléonsskjölin, traduit de l’anglais par David Fauquemberg)
Éditions Métailié, 2015
ISBN 979-10-226-0154-2
351 p., 20€


Wilt 1, de Tom Sharpe

Signé Bookfalo Kill

Henry Wilt n’a pas grand-chose pour être heureux. Il enseigne la culture générale dans un obscur lycée technique dont tous les élèves sont des psychopathes en puissance, sa femme Eva est un tyran domestique dont il doit promener le chien et subir les exaltations aussi brèves que nombreuses – yoga, composition florale et tutti quanti. Et surtout, il manque totalement de caractère, sorte de paillasson naturel pour tous ses congénères.
Un état passif que la rencontre d’Eva avec un couple américain très libéré (pour ne pas dire totalement dingue), sa décision d’assassiner sa femme et et sa propre aventure avec une poupée gonflable envahissante, vont quelque peu bousculer…

Sharpe - WiltTom Sharpe fait partie de ces auteurs que je voulais lire depuis longtemps, avant tout parce qu’il est britannique (ou plutôt était, il est mort en juin dernier) et que ses écrits sont réputés pour être drôles. Humour anglais : les deux mots magiques, il n’en fallait pas plus pour que je m’y intéresse.
Et effectivement, on retrouve chez Sharpe ce sens de la dérision, de la satire sociale et de l’absurde jusqu’à la folie dont nos amis d’Outre-Manche semblent disposer en quantité illimitée dans leurs gènes d’écrivains. Je n’entrerai pas dans le détail pour ne pas déflorer (le terme est juste, tiens) l’intrigue, mais ce premier des six épisodes des aventures de Wilt offre de larges doses de rebondissements, situations rocambolesques et dialogues hilarants, ainsi que de personnages déglingués.

Sans doute pas aidés par une traduction qui semble parfois approximative ou expéditive, certains passages manquent néanmoins de finesse, et il importe de replacer le roman dans son contexte d’écriture (il est sorti en 1976) pour en comprendre l’esprit de libération sexuelle, avec toutes les salaceries – parfois lourdingues – que cela peut engendrer.
Hormis cette petite réserve, Wilt 1 est une friandise comme on les aime lorsqu’on est amateur de fantaisie anglaise. Shockingly exhilarating !

Wilt 1, ou comment se sortir d’une poupée et de beaucoup d’autres ennuis encore, de Tom Sharpe
Traduit de l’anglais par François Dupuigrenet-Desroussilles
Éditions 10/18, 1998
(Première parution en France : éditions du Sorbier, 1982)
ISBN 978-2-264-04243-9
288 p., 7,50€