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Quelqu’un m’attend derrière la neige

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Tout les éloigne. Pourtant, Freddy et Gloria se ressemblent plus qu’ils ne le croient.
La vie de Freddy se résume à son vieux camion jaune, qu’il conduit de Gênes à Paris ou Londres pour livrer les délicieuses glaces de Pepino & Schultz. Il lui arrive, parfois, de ne parler à personne pendant trente ou quarante jours.
Gloria, elle, est une hirondelle. Comme ses semblables, lorsque vient l’hiver, elle file à tire d’aile vers la chaleur de l’Afrique.
Pourtant, en ce mois de décembre glacial, un appel irrésistible la porte vers le nord. Elle ignore son origine mais ne peut faire autre chose que d’y répondre. Freddy, pendant ce temps, conduit son camion vers Calais. Cela fait bientôt cent jours qu’il n’a parlé à personne.
La neige se met à tomber. Et le destin, en tête de rassembler ceux qui se ressemblent plus qu’ils ne le croient.


Timothée de Fombelle, génial touche-à-tout, auteur de romans jeunesse (Vango, Le Livre de Perle, Tobie Lolness) ou adultes (Neverland) éblouissants, de pièces de théâtre, d’une comédie musicale (Georgia), d’une bande dessinée (Gramercy Park) ou d’albums pour plus petits, signe ici son premier conte de Noël. Certes, nous sommes un peu hors saison, mais comme tout est bon dans le Fomfom, je ne résiste pas à rattraper mon retard.

illustration Thomas Campi 1Délicatement mis en images par le dessinateur italien Thomas Campi, qui réalise à peu près toutes les deux pages de superbes illustrations aux couleurs chaudes et riches, ce texte s’avère aussi inclassable que ses héros. Aussi à part. Là, peut-être, où se niche l’humanité la plus pure – désintéressée, tournée vers l’autre, désespérée de se battre pour ce que nous avons de meilleur en nous. Généreuse et lumineuse.
Écrit avec la profondeur que l’on connaît à l’écrivain, Quelqu’un m’attend derrière la neige (ce titre, quelle grâce !) confronte ses personnages à la noirceur du monde. Ce n’est pas parce qu’on écrit un conte de Noël qu’il faut céder de bout en bout à l’angélisme béat, semble nous dire l’auteur, plus inquiet qu’à l’ordinaire.

illustration Thomas Campi 3Si l’on suit à Freddy et Gloria, si l’on s’attache à la marge qui les sépare du monde – la mélancolie de l’un, l’obstination de l’autre -, on se demande où cette histoire peut bien nous mener. Comme souvent ces derniers temps (voir les twists de Gramercy Park ou du magnifique petit album de 2018, Capitaine Rosalie), Timothée de Fombelle
attend le dernier moment pour faire tomber le rideau.
Et l’émotion prend à la gorge. En peu de mots et quelques images à l’unisson. En une révélation finale, qui lie merveilleusement des êtres hors normes et le monde qu’ils doivent affronter – une épreuve que l’on réussit toujours mieux ensemble. Surtout quand on se ressemble plus qu’on ne le croit.
Une manière d’affirmer qu’il y a toujours une raison d’espérer, et qu’il faut s’accrocher à ce rêve pour ne pas tomber.


On parle de ce magnifique album un peu partout ! Quelques liens : Petites madeleines, Les instants volés à la vie, La littérature jeunesse de Judith et Sophie, Sophie lit, La bibliothèque de Noukette


Romance de Blexbolex

blexRomance est un petit bouquin par sa taille, mais grand par son épaisseur. Le graphisme me rappelle quelque chose… Il s’agit de l’Imagier des gens, et Les saisons, les précédents ouvrages de l’auteur. L’histoire est plutôt sympathique, puisque c’est au lecteur de l’inventer. Tous les jours, un enfant rentre de l’école et découvre que son monde devient de plus en plus grand. Pour rentrer de l’école, au début, il n’y a que le chemin, la route, puis la maison. Mais chaque jour, de nouveaux éléments apparaissent. Jusqu’à faire apparaître sorcière, reine et farfadet.

Le concept est intéressant. Une image, un mot, à l’enfant de deviner et inventer l’histoire qu’il veut. Parfois même, il y a juste une image, pas de mot. Les chapitres s’étoffent de jour en jour et l’Oulipo n’est plus très loin. D’abord 3 images, puis 5, puis 9, etc… en ajoutant à chaque fois un multiple de 2.

En cela, j’ai aimé l’ouvrage. Mais je n’aime pas du tout le graphisme. Les couleurs choisies, pour ces sérigraphies, sonnent très old school et même si le vintage est à la mode, ces images me semblent d’un autre monde. Cependant, je conçois parfaitement que cela fasse un tabac auprès des petits. A vous de voir si vous aimez ou pas!

Romance de Blexbolex
Editions Albin Michel Jeunesse, 2013
9782226242341
280p., 15€

Un article de Clarice Darling.


La leçon de pêche, de Heinrich Böll et Emile Bravo

Signé Bookfalo Kill

Dans un petit port paisible, un pêcheur dort tranquillement dans sa barque. Un touriste qui passe par là le réveille en le prenant en photo. Comme il fait beau, le touriste s’inquiète : le pêcheur ne sortira-t-il pas en mer aujourd’hui ? Mais le marin est déjà parti au matin et a fait une bonne pêche. Pas de quoi, cependant, calmer le touriste qui voit beaucoup plus loin et beaucoup plus grand…

A l’origine, La Leçon de pêche est une nouvelle de l’écrivain allemand Heinrich Böll (1917-1985), Prix Nobel de littérature en 1972. Le texte était inédit en français, le voici non seulement traduit (par Bernard Friot, excusez du peu), mais en plus mis en images par Émile Bravo, l’excellent illustrateur et auteur de B.D. auquel on doit notamment la série des épatantes aventures de Jules.

Très simple, cette histoire en forme de fable contemporaine confronte deux manières de voir l’existence, un idéal de vie simple contre une ambition intarissable. Et la leçon de pêche n’est pas forcément celle que l’on imagine…

C’est drôle, c’est fin, c’est bien vu, et le dessin d’Émile Bravo est toujours aussi juste et chaleureux. Un très beau livre, entre l’album et la B.D., que les parents se plairont à lire avec leurs enfants, à partir de 4-5 ans.

La Leçon de pêche, de Heinrich Böll (texte), Émile Bravo (dessins) et Bernard Friot (traduction et adaptation)
Éditions P’tit Glénat, coll. Vitamine, 2012
ISBN 978-2-7234-8233-2
36 p., 12,20€