Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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La Voix secrète, de Michaël Mention

Signé Bookfalo Kill

Paris, 1835. Tandis que le roi Louis-Philippe échappe par mirale à plusieurs tentatives d’assassinat, un tueur en série sème la panique dans les rues de la capitale en massacrant des enfants, dont il rend alternativement la tête ou le corps au gré de ses fantaisies macabres. Allard, le chef de la Surêté, réalise alors que le meurtrier semble s’inspirer des crimes de Pierre-François Lacenaire, le célèbre dandy assassin, qui attend l’heure prochaine de son exécution en recevant ses nombreux admirateurs et en écrivant ses mémoires du fond de sa prison.
Lié par une étrange relation amicale avec lui, Allard entreprend alors de convaincre Lacenaire de l’aider à stopper ce tueur fou…

mention-la-voix-secreteTouche-à-tout audacieux, capable de faire d’un match de football une tragédie noire au suspense implacable (Jeudi noir) ou de reprendre sans complexe et avec talent l’histoire de l’Éventreur du Yorkshire (dans Sale temps pour le pays et ses suites), pourtant déjà immortalisée par David Peace (1974 et ses suites), Michaël Mention s’aventure avec succès dans la célèbre collection Grands Détectives des éditions 10/18. Il s’en approprie intelligemment les codes tout en faisant œuvre originale, lorsqu’il choisit par exemple l’année 1835 et le règne de Louis-Philippe, rarement évoqués dans les polars historiques.
Faire de Lacenaire, figure naturellement haute en couleurs, l’un des personnages principaux de la Voix secrète, est également une belle idée, dont Mention exploite la verve, la culture et l’élégance, sans dissimuler sa folie criminelle pour autant. Les autres acteurs du roman, qu’ils soient réels ou fictifs, sont à la hauteur de cette démesure.

Pour le reste, Michaël Mention mène son récit tambour battant, s’amuse à l’occasion avec la forme du texte (voir l’enchaînement choc entre la fin du prologue et le premier chapitre !), restitue parfaitement l’atmosphère du Paris d’alors, et tient bon la barre du suspense sans jamais faillir. Petit bonus mais non des moindres, il tisse régulièrement quelques liens discrets avec notre époque, un art de la mise en perspective qui donne toujours une intelligence et une profondeur bienvenues aux romans historiques.

Bref, guère besoin d’en dire plus : La Voix secrète est un excellent polar historique, qui ne souffre pas du caractère parfois empesé du genre grâce à la vista littéraire de son auteur. On recommande sans hésitation !

La Voix secrète, de Michaël Mention
Éditions 10/18, coll. Grands Détectives, 2017
(Roman paru aux éditions le Fantascope en 2011,
intégralement révisé pour la présente édition)
ISBN 978-2-264-06878-1
229 p., 7,10€

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Wilt 1, de Tom Sharpe

Signé Bookfalo Kill

Henry Wilt n’a pas grand-chose pour être heureux. Il enseigne la culture générale dans un obscur lycée technique dont tous les élèves sont des psychopathes en puissance, sa femme Eva est un tyran domestique dont il doit promener le chien et subir les exaltations aussi brèves que nombreuses – yoga, composition florale et tutti quanti. Et surtout, il manque totalement de caractère, sorte de paillasson naturel pour tous ses congénères.
Un état passif que la rencontre d’Eva avec un couple américain très libéré (pour ne pas dire totalement dingue), sa décision d’assassiner sa femme et et sa propre aventure avec une poupée gonflable envahissante, va quelque peu bousculer…

Sharpe - WiltTom Sharpe fait partie de ces auteurs que je voulais lire depuis longtemps, avant tout parce qu’il est britannique (ou plutôt était, il est mort en juin dernier) et que ses écrits sont réputés pour être drôles. Humour anglais : les deux mots magiques, il n’en fallait pas plus pour que je m’y intéresse.
Et effectivement, on retrouve chez Sharpe ce sens de la dérision, de la satire sociale et de l’absurde jusqu’à la folie dont nos amis d’Outre-Manche semblent disposer en quantité illimitée dans leurs gènes d’écrivains. Je n’entrerai pas dans le détail pour ne pas déflorer (le terme est juste, tiens) l’intrigue, mais ce premier des six épisodes des aventures de Wilt offre de larges doses de rebondissements, situations rocambolesques et dialogues hilarants, ainsi que de personnages déglingués.

Sans doute pas aidés par une traduction qui semble parfois approximative ou expéditive, certains passages manquent néanmoins de finesse, et il importe de replacer le roman dans son contexte d’écriture (il est sorti en 1976) pour en comprendre l’esprit de libération sexuelle, avec toutes les salaceries – parfois lourdingues – que cela peut engendrer.
Hormis cette petite réserve, Wilt 1 est une friandise comme on les aime lorsqu’on est amateur de fantaisie anglaise. Shockingly exhilarating !

Wilt 1, ou comment se sortir d’une poupée et de beaucoup d’autres ennuis encore, de Tom Sharpe
Traduit de l’anglais par François Dupuigrenet-Desroussilles
Éditions 10/18, 1998
(Première parution en France : éditions du Sorbier, 1982)
ISBN 978-2-264-04243-9
288 p., 7,50€