Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Les compagnons de la lune rouge, de Claire Mazard

Signé Bookfalo Kill

Paris, 1866. Faustine, bientôt 16 ans, est une adolescente indépendante, joyeuse et généreuse. Elle vit de liberté en vidant les poches des bourgeois, ayant découvert dans ses doigts agiles un don exceptionnel pour le larcin libertaire. Le but de sa vie : sortir Violette, sa “petite mère”, de la pauvreté.
Un homme mystérieux, qui la suit et l’observe depuis quelque temps, finit par l’aborder pour lui proposer de rejoindre une société secrète dont il fait partie. C’est le début d’un destin exceptionnel pour la jeune Faustine…

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman pour adolescents aussi naïf. Dans le registre des bons sentiments, Claire Mazard dégomme toute la concurrence réunie et fait de l’ombre aux bons vieux dessins animés sirupeux de notre enfance. Ridiculisée, Candy ! Au moins, la romancière ne s’en cache pas, qui tente d’assumer ses tendances au gnan-gnan dans une postface sans équivoque.

Tous les clichés moutonnent donc allègrement : le patron cruel qui exploite ses employées, les gens du peuple pauvres mais dignes dans la misère, les histoires d’amour compliquées ou contrariées, les gentils très gentils et les méchants très méchants…
Sans parler de l’héroïne : intelligente, belle, habile, agile, charismatique, courageuse, dévouée, désintéressée… Plus parfaite, tu meurs. Il se trouvera sûrement de jeunes lecteurs (lectrices, surtout) en manque de romantisme pour s’identifier à elle. Au temps pour ceux, sans doute nombreux, qui apprécient les contrastes.

Tout ceci passerait peut-être si le style ne s’avérait pas aussi ingénu que le contenu. Certes, le critère a de l’importance avant tout pour le lecteur adulte que je suis. Aussi, quand je lis : “Cette fille était GE-NI-ALE” (p.8), je tique. Quand les dialogues dégoulinent de mignardise (“Les rossignols sont des promesses de bonheur, tu sais, ma fille. Mais nous sommes heureuses, déjà, ensemble, alors ce rossignol sera une promesse… de vie meilleure !” (p.96)), je grince des dents. Ah, et l’art subtil des points de suspension – bien maltraité ici…

Les lecteurs adolescents se préoccupent-ils de stylistique ? Le débat est ouvert. Pas tous, sûrement, mais certains oui. Et quand je vois le talent de certains auteurs – Timothée de Fombelle, Jean-Claude Mourlevat, Marie-Aude Murail pour ne citer que ces trois pointures de la littérature jeunesse en France –, le soin qu’ils apportent à leur écriture et le succès qu’ils rencontrent, je me dis qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

Tiens, puisqu’on parle de Marie-Aude Murail : elle aussi a rendu hommage au roman d’aventures populaire. Elle aussi en a pris tous les ingrédients et les a mélangés à l’exemple des maîtres, de Dickens à Dumas en passant par Leroux et Hugo. Le résultat, c’est Malo de Lange (Ecole des Loisirs) : drôle, enlevé, émouvant, le tout très bien écrit. Comme quoi c’est possible.

Les Compagnons de la Lune Rouge, de Claire Mazard
Editions Oskar, 2011
ISBN 978-2-350-00712-0
346 p., 13,95€

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