Archives de 13 juin 2011

HHhH de Laurent Binet

Quand HHhH est paru en 2010, je me suis jetée dessus. Avant même qu’il ne soit primé au Goncourt du Premier Roman. En effet, dans ce roman, on nous promet :

– du Héros, je cite « deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres (…) chargés d’assassiner Reinard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planification de la solution finale (…) »
– de l’Horreur, car Heydrich était « le bourreau de Prague, la bête blonde, l’homme le plus dangereux du IIIe Reich »
– de l’Histoire Vraie puisque, je cite, « tous les personnages de ce livre ont existé ou existent encore. »
– un récit qui tient en Haleine, car deux récits s’imbriquent l’un dans l’autre, l’Histoire emboîtée dans le quotidien de l’auteur.

Bref, beaucoup de choses sur la quatrième de couverture qui annonçaient un récit captivant. J’allais voir ce qu’un premier roman pouvait nous livrer sur un passage peu connu de l’Histoire.

Et là, je dois dire que j’ai été très impressionnée. C’est fluide, c’est simple, c’est efficace, pour un peu, je dirais que ce livre se boit comme du petit lait. Laurent Binet découpe son roman selon une alternance de chapitres. D’un côté, on suit la vie et l’apogée de Reinhard Heydrich, la « bête humaine » d’Himmler (Himmler étant lui-même bras droit d’Hitler (vous suivez?)). D’un autre, on découvre Josef Gabcik et Jan Kubis, jeunes soldats tchécoslovaques chargés de l’Opération Anthropoïde et enfin, on suit les angoisses et envies d’un auteur, tiraillé entre son envie de dire la Vérité Historique et la crainte de trop romancer son propos.

Laurent Binet fait de HHhH un petit bijou de narration. Tous les personnages, qu’ils soient nazis ou résistants, sont traités sur le même pied d’égalité. Laurent Binet connaît par coeur ce passage de l’Histoire et nous dévoile ses talents de pédagogue ainsi que d’écrivain. Il nous entraîne dans une histoire presque insensée, son écriture nous tient en haleine et on ne peut se résoudre à refermer l’ouvrage sans savoir comment se termine cette folle équipée. Le seul reproche qui puisse éventuellement lui être fait concerne les chapitres le concernant directement, en tant qu’auteur. Binet se met en scène avec peut-être un peu trop de pathos, du « Ah mon Dieu, comment vais-je faire pour vous raconter tout cela! », mais cela ne gâche rien à la narration et à l’articulation générale du roman.

HHhH ne signifie plus pour moi « Himmler’s Hirn heisst Heydrich » (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich), mais est désormais synonyme de récit Haletant où rien n’est laissé au Hasard, un Hommage aux êtres Humains disparus pour sauver leur pays. Vraiment, Laurent Binet n’a pas volé son Prix Goncourt de Premier Roman. J’ai hâte de lire son prochain ouvrage.

HHhH de Laurent Binet
éditions Livre de Poche
ISBN 9782253157342
448 pages, 7€ 50


Un article de
Clarice Darling


Petite peste !, de Jo Witek

Signé Bookfalo Kill

Les éditions Oskar ont changé de charte graphique et ça se voit. Les nouvelles couvertures designées par Jean-François Saada et illustrées par des dessins sont colorées, vivantes, singulières ; bref, elles sortent du lot, et c’est un bon point dans la production actuelle des romans pour la jeunesse…

Ceci étant dit, il faut s’intéresser au principal, c’est-à-dire aux textes. Parmi les dernières parutions : Petite peste !, de Jo Witek.

L’histoire est simple : Jessie, la peste du titre, est une gamine dont la spécialité est de dire tout ce qu’elle pense, surtout quand c’est blessant. Incapable de tenir sa langue, elle n’épargne rien ni personne. Chaque été, elle profite de l’arrivée des vacanciers à Valras-Plage, où elle habite, pour recruter les membres de son “Clan des Cabossés” – des gamins pas arrangés par la vie. Sauf que cette année, Manu le bègue, Arthur le moche et Nathalie la jolie blonde trop timide se laissent moins faire que d’habitude ; de quoi obliger Jessie à affronter le douloureux secret qui la rend si dure avec les autres…

Les personnages d’enfants sont attachants et le style enjoué autorise une lecture rapide et agréable. Le roman aborde des thèmes fondamentaux : tolérance des différences et des handicaps, acceptation du deuil, réflexion sur la sincérité…, avec fraîcheur mais sans pousser très loin la réflexion, se réservant du même coup à de jeunes lecteurs.
J’ai connu Jo Witek plus ambitieuse, notamment dans l’excellent Récit intégral (ou presque) de mon premier baiser, histoire de premier amour particulièrement drôle et inspirée, à recommander aux adolescents confrontés aux premiers affres de la passion. Dans Petite peste !, l’histoire est gentillette, sans plus. Peut-être un peu trop courte pour creuser plus profond dans la vérité des sentiments.

Cela reste néanmoins un petit roman amusant et sympathique, à partir de 9 ans.

Petite peste !, de Jo Witek
Editions Oskar, 2011
ISBN 978-2-350-00714-4
76 p., 7,95€

Retrouvez Petite peste ! sur le site des éditions Oskar.