Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Beaux-Arts

Le tampographe Sardon de Vincent Sardon

Je ne me souviens plus comment j’ai découvert son oeuvre, mais j’avais adoré ses tampons faits-main, en petite quantité et qui sont des merveilles de cynisme, de moquerie et d’humour.


Vincent Sardon a un univers bien particulier, comme vous pouvez le découvrir sur son blog http://le-tampographe-sardon.blogspot.fr/ (dans la colonne de droite, vous trouverez les différents modèles de tampons, rangés par ordre de prix), un humour noir trempé d’encre et de pluie ainsi qu’une plume mordante et acide. Il réalise également des bons-points (avec, entre autre, la tête de Francis Heaulme dessus)

L’ouvrage Le tampographe Sardon regroupe ce que Vincent Sardon fait de mieux. Des tampons, des coups de gueule, des bons-points, des comptes-rendus de sa création artistique, quatre années durant.

Personnellement, je ris souvent, pas à tout, mais j’aime beaucoup ses affiches et tout particulièrement, sa collection de tampons éditeurs. (C’est tellement vrai!)

Le tampographe Sardon, c’est l’histoire d’un type, un brin décalé, qui nous fait part de sa vision de la société. Une sorte de catalogue d’expos des horreurs de la vie. Vincent Sardon n’est pas un « simple » artisan d’art, c’est un artiste à part entière, qui mène de front plusieurs vies. Voici un bouquin très riche, coloré, drôle (ou pas, c’est selon votre sensibilité). Bref, Vincent Sardon, on l’aime ou on le quitte.

Le tampographe Sardon, de Vincent Sardon
Édition l’Association, 2012
9782844144423
256p., 39€

Un article de Clarice Darling.


Les (vraies!) histoires de l’art de Sylvain Coissard et Alexis Lemoine

Voici un ouvrage drôle, réjouissant et qui se passe de mots. Sylvain Coissard et Alexis Lemoine réussissent le pari de faire sourire et rire, avec des grands classiques de la peinture occidentale dans leur ouvrage Les (vraies !) histoires de l’art. Vous en avez un aperçu sur la couverture. Pourquoi le Cri de Munch alors qu’il n’y a pas lieu de hurler? Pourquoi la Chambre de Van Gogh est-elle aussi bien rangée? Pourquoi Frédéric III de Montefeltre, duc d’Urbin est-il représenté de profil par Piero della Francesca? 

Toutes ces questions qui vous hantent ont désormais leurs réponses dans ce petit livre drôle, qui dépoussière les convenances du monde de l’art. Les illustrations sont exceptionnelles de qualité, Alexis Lemoine a passé des jours et des jours pour reproduire et créer ses petits bijoux graphiques et les scénarios de Sylvain Coissard brillent par leur inventivité. 

Un ouvrage qui peut s’offrir à tout moment, à tout âge, pour toute occasion.

Le journal Libération a lui aussi craqué sur l’ouvrage ici.

Les (vraies !) histoires de l’art de Sylvain Coissard et Alexis Lemoine
Editions Palette… 2012
9782358320856
47p., 12€80

Un article de Clarice Darling


Storr, architecte de l’ailleurs de Françoise Cloarec

Jusqu’à la fin mars se déroule au Pavillon Carré de Beaudoin une exposition hors-norme consacrée à Marcel Storr (1911-1976), dessinateur autodidacte et inconnu de son vivant. Françoise Cloarec, que l’on a déjà vu dans ce même registre avec Séraphine de Senlis, toujours aux éditions Phébus, réussit à faire revivre cet artiste simple et débordant d’imagination. 

Marcel Storr, de père inconnu, a été abandonné par sa mère à l’âge de trois ans. Ballotté de famille d’accueil en famille d’accueil, de santé fragile et souvent hospitalisé, le petit Marcel ne saura jamais lire ni à écrire. Une forte surdité lui est diagnostiquée, certainement due aux mauvais traitements reçus. A sa majorité, Marcel n’a qu’un rêve, travailler dans le métro parisien. Il sera finalement balayeur pour la mairie de Paris.

Son oeuvre commence alors qu’il a une vingtaine d’années. Il dessine, sans jamais avoir pris de cours, des édifices religieux absolument effarants. 

Crédit photographique, Liliane et Bertrand Kempf

Marcel dessine, il ne vit que pour cela. Il trouve à se marier, c’est sa femme, Marthe, qui présentera les oeuvres de son mari à Liliane et Bertrand Kempf, deux collectionneurs passionnés qui sauront préserver l’oeuvre de l’artiste. Marcel Storr dessine toujours plus, des églises puis des mégapoles, des tours, de très hautes tours. Il est persuadé que le Président Nixon viendra en personne lui demander les plans de ses constructions pour pouvoir reconstruire la France après une guerre nucléaire inéluctable.

Françoise Cloarec restitue la vie de Marcel Storr, en mélangeant histoire et fiction, une biographie romancée. Elle s’appuie sur de nombreux documents, a fouillé la vie de Monsieur Storr, lui qui ne s’est jamais vraiment connu lui-même. L’auteur, avec l’aide patente de Liliane et Bertrand Kempf, a réussit la belle prouesse, en partant de papiers administratifs, documents médicaux et de souvenirs vieux de quarante ans (en demandant à des voisins, à de la famille éloignée), de créer une biographie exemplaire, seul ouvrage de référence sur la vie de l’architecte de l’irréel. 

Marcel Storr n’a jamais voulu vendre de son vivant une seule de ses oeuvres. Aurait-il apprécié qu’un livre et plusieurs expositions lui soient consacrés? Là reste le mystère, celle d’un homme abandonné, qui aura passé sa vie à se reconstruire, à travers ses dessins. 

Storr, architecte de l’ailleurs de Françoise Cloarec
Editions Phébus, 2010
9782752904850
165p., 12€

Un article de Clarice Darling


La revue Collection

Collection, revue de dessin contemporain, vient de sortir son deuxième opus.

Collection n°1

Collection n°2

Le premier numéro m’avait épaté par sa qualité, tant sur le fond que sur la forme. Le nouveau-né est le digne frère de son aîné.

Pas besoin d’être un crack du dessin ou un passionné de graphisme pour se pencher sur Collection. Et c’est justement là l’intérêt : présenter des dessinateurs connus (Killofer ou Rupert et Mulot) ou inconnus du grand public afin de sortir des carcans habituels du « bah le dessin contemporain, je ne comprends rien ».

Avec Collection, on dialogue avec les artistes pour comprendre leurs travaux, on s’ouvre vers un univers plus ou moins connu, par le biais d’entretiens. Pour appuyer les dires des auteurs-dessinateurs, de nombreuses reproductions d’œuvres des artistes interrogés parsèment la revue. Les artistes s’expriment sans tabous, les questions ne sont pas planifiées d’avance (les rédacteurs de Collection ne sont pas journalistes et on sent la spontanéité dans leurs interrogations), l’interview est fluide, amenant une cohérence et une compréhension autour de l’œuvre et de la personnalité du dessinateur.

Ce qu’il y a de bien chez Collection, c’est la diversité des techniques présentées. Collages, huile sur toile, stylo Bic, feutres, gouache… On découvre ainsi des artistes ou des œuvres étonnantes (Masist Gül notamment), hors des sentiers battus et des idées préconçues.

Le seul point « faible » de Collection réside peut-être dans sa ressemblance avec Roven, autre revue de qualité de dessin contemporain. Si elles ne sont pas similaires (hormis pour le prix et le bilinguisme total de la revue), on peut sentir une certaine filiation, que ce soit par les artistes présentés ou dans la forme des entretiens. Roven reste cependant une véritable revue au sens large du terme (avec un dossier sur un thème précis ; des présentations d’artistes ; des entretiens, des portfolio…), tandis que Collection se concentre vraiment sur les auteurs-dessinateurs, leurs oeuvres et l’entretien qui tourne autour d’eux.

La somme de travail accomplie par l’équipe bénévole de Collection limite la parution de cette revue à une publication par an, mais les auteurs (tous dessinateurs) sont régulièrement invités à des expositions, principalement à Paris, ainsi qu’en province ou à l’étranger.

Pour conclure, Collection est une revue exigeante écrite dans un jargon intelligible pour le commun des mortels. Elle ouvre à une forme artistique plus discrète, plus secrète. Gageons qu’elle puisse trouver sa place au sein des revues de dessins et devienne, chemin faisant, un des incontournables du milieu.

Revue Collection, publiée aux éditions En Marge,
diffusion/distribution Les Belles Lettres
revue annuelle
n°1 ISBN 9782914 697439 paru en mai 2010
n°2 ISBN 9782914 697507 paru en mai 2011
Revue entièrement bilingue anglais/français
18€

En savoir plus http://www.collectionrevue.com/

Un article de Clarice Darling

Les images de cet article sont extraites du site internet de la revue Collection