Archives de 21 juillet 2021

À première vue : la rentrée Passage 2021


Intérêt global :


Deux titres l’année dernière, deux titres cette année : le Passage ne déroge pas à sa règle de parcimonie, conforme à la taille modeste de cette maison dont le catalogue sérieux, à défaut souvent d’être percutant ou original, réserve à l’occasion quelques jolies surprises.
Les deux invités de la rentrée 2021, déjà publiés par l’éditeur, convoquent aventure et Histoire, dans un mélange qui a fait ses preuves sous la griffe du Passage.


Là où naissent les prophètes, d’Olivier Rogez
C’est le troisième roman du journaliste Olivier Rogez qui, pour son travail, a navigué à travers le monde durant de nombreuses années, en particulier en Russie et en Afrique. Cette expérience a sans doute nourri l’intrigue de ce livre qui se déroule entre le Libéria et le Nigéria, aux côtés d’un pasteur capable de voir des anges et d’une évangéliste américaine qui l’invite à prendre place dans une caravane d’évangélisation. Ce périple entre faux dévots, fondamentalistes et criminels va amener le pasteur à se questionner en profondeur sur la foi sincère.

Le Jeune homme au bras fantôme, d’Hélène Bonafous-Murat
Paris, 1834. Orphelin à la suite de l’attaque qui a coûté la vie à son père et qui lui a valu de perdre son bras, Charles Hû n’attend pas grand chose de la vie. C’est sans compter sur l’aide d’un horloger qui l’équipe d’une prothèse. Devenu rédacteur pour un entrepreneur peu scrupuleux, il est déterminé à se faire une place, s’impliquant de plus en plus dans les affaires de son patron.


À première vue : la rentrée de la Peuplade 2021


Intérêt global :


C’est l’une des plus jolies découvertes éditoriales en France de ces dernières années, bien que la Peuplade existe depuis 2006. Mais il a fallu de nombreuses années pour que cette maison québécoise inscrive son catalogue chez un distributeur français d’envergure et rencontre enfin un public plus large chez nous – à commencer par de nombreux libraires, qui tombent amoureux de leur ligne atypique, nimbée de mystère, d’étrangeté parfois, riche d’univers poétiques et fantasques.
En cette rentrée 2021, ce sont trois nouveaux titres qui vont tenter de rencontrer leurs lecteurs. Une invitation à des voyages neufs et stimulants qui méritait largement une place par ici.


Les ombres filantes, de Christian Guay-Poliquin

Le précédent roman de Christian Guay-Poliquin, Le Poids de la neige, a connu en 2018 un beau succès français… sous la marque des éditions de l’Observatoire – alors qu’il était sorti deux ans plus à la Peuplade. C’est donc cette fois chez son éditeur d’origine que le romancier québécois nous revient, avec une histoire qui me donne très envie.
Nous marchons en pleine forêt, dans les pas d’un homme regagnant le camp de chasse où il s’est réfugié avec sa famille après une panne électrique généralisée. Alors qu’il se perd, il rencontre un garçon d’une douzaine d’années, solide et déterminé, qui se joint à l’équipée du héros entre les arbres, pour un périple plein de périls…
Une pincée de post-apo en guise de décor, de l’aventure, du mystère, un duo improbable, la nature : s’ils sont bien mélangés par le style de l’auteur, ces ingrédients auront tout pour me plaire. On en reparlera, c’est une certitude.

La Pêche au petit brochet, de Juhani Karila
(traduit du finnois par Claire Saint-Germain)

Si l’on se réfère à son représentant le plus illustre chez nous, Arto Paasilina, la littérature finlandaise est douée d’un humour particulièrement saugrenu et fantasque, que ce premier roman ne devrait pas démentir.
Quelque part en Laponie orientale, comme chaque année en juin, Elina a trois jours et trois nuits pour pêcher le seul et unique brochet de l’Étang du Pieu. Or, un cruel génie des eaux règne sur les lieux et complique tout. Elina n’a pas d’autre choix que de pactiser avec les forces surnaturelles des marais et d’affronter Jousia, son premier amour. Pendant ce temps, l’inspectrice Janatuinen enquête sur un mystérieux meurtre qui la mène à poursuivre l’héroïne. Avec l’aide d’excentriques locaux, les deux femmes devront associer leur fougue et leur fureur pour rétablir l’équilibre entre les mondes.

Tableau final de l’amour, de Larry Tremblay

Ce roman fait du peintre Francis Bacon son point d’ancrage, pour une réflexion intense sur le corps, sa représentation picturale, mais aussi sur la passion amoureuse (le texte est une adresse de l’artiste à son modèle et amant), et plus largement le récit d’une quête artistique absolue dans l’Europe du XXème siècle étranglée entre deux guerres mondiales.


BILAN


Lecture certaine :
Les ombres filantes, de Christian Guay-Poliquin

Lecture probable :
La Pêche au petit brochet, de Juhani Karila