Archives de 9 juillet 2021

À première vue : la rentrée Emmanuelle Collas 2021


Intérêt global :


Encore une nouvelle invitée dans le panorama cannibale de la rentrée ! Née en 2018 et progressant au rythme de six à huit parutions par an, la maison d’édition d’Emmanuelle Collas a connu une très belle aventure lors de l’automne 2020 grâce Djaïli Amadou Amal et ses Impatientes, lauréate du prix Goncourt des Lycéens après avoir beaucoup fait parler d’elle aussi bien dans la presse que chez les libraires.
Ses deux titres de la rentrée 2021 invitent à nouveau des auteurs du continent africain à faire entendre leurs voix, d’un tout jeune écrivain sénégalais à un expérimenté romancier franco-algérien.


L’Odyssée des oubliés, de Khalil Diallo

Après un premier roman et un recueil de poésie perdus dans la jungle des publications de l’Harmattan, le même pas trentenaire Khalil Diallo s’offre une chance d’être mieux remarqué en passant sous la houlette d’Emmanuelle Collas.
Il raconte ici l’épopée d’un petit groupe de migrants, entre Afrique de l’Ouest et Méditerranée, en quête d’une vie meilleure.
Un combat pour la dignité qui dresse un portrait sans concession de l’Afrique.

L’Amour au temps des scélérats, d’Anouar Benmalek

Publié en France chez Fayard et Pauvert entre autres, déjà à la tête d’une bibliographie respectable d’une vingtaine d’ouvrages, Anouar Benmalek ajoute donc son nom et un très beau titre au catalogue d’Emmanuelle Collas, en proposant un roman d’amour et d’aventure ancré dans notre époque et ses tourments.
À la frontière entre Turquie et Syrie se présente Tammouz, un étrange candidat au djihad. Parti à la recherche de la femme qu’il a aimée, il rencontre Zayélé, adepte d’une vieille religion, Adams, engagé avec le Kurde Ferhat dans les forces démocratiques qui se battent contre Daech, ou encore Houda, apprentie artiste, et son amant Yassir, tous deux en fuite.
Des personnages authentiques, attachants et surprenants qui, dans une Syrie devenue folle, devront choisir entre conscience et survie.


À première vue : la rentrée Dalva 2021


Intérêt global :


Les éditions Dalva ne figuraient pas dans notre présentation de rentrée 2020, et pour cause : la maison vient tout juste de naître ! Fondée par Juliette Ponce, passée par Denoël et Buchet-Chastel, elle ambitionne de faire entendre des voix littéraires contemporaines exclusivement féminines.
Pour cette première participation à la joute d’automne, ce sont deux titres qui tenteront de se faire une place sur les tables des libraires et dans le cœur des lecteurs. On leur souhaite tout le meilleur, évidemment.


Atmosphère, de Jenny Offill
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux)

La romancière américaine n’est pas novice chez nous, puisque deux de ses livres ont été publiés précédemment chez Calmann-Lévy – sans forcément marquer les esprits, soyons honnêtes.
À charge pour Dalva de lui donner un nouvel élan, et pourquoi pas avec ce roman qui met en scène une bibliothécaire de Brooklyn, choisissant en outre, pour arrondir ses fins de mois, de répondre au courrier d’une spécialiste de la crise climatique. Ces deux activités sont l’occasion de voir défiler une galerie de doux-dingues, d’angoissés existentiels et autres illuminés, et de jeter un œil amusé sur la vie et l’humanité.

L’Étrangère, d’Olga Merino
(traduit de l’espagnol (Espagne) par Aline Velasco)

Première traduction en revanche pour la romancière espagnole, qui nous entraîne dans l’ombre d’Angie, au moment où elle décide de s’installer dans la maison de ses ancêtres, dans un coin reculé d’Espagne. En dépit de son ascendance, elle est jaugée avec méfiance par les villageois, réduite malgré elle au statut d’étrangère.
Lorsqu’elle retrouve le corps du grand propriétaire de la région, pendu sur la colline, et que débarquent les filles jumelles de Don Julián, il n’en faut pas plus pour que les secrets si longtemps étouffés resurgissent…


BILAN


Lecture probable :
Atmosphère, de Jenny Offill


À première vue : la rentrée Christian Bourgois 2021


Intérêt global :


Les éditions Christian Bourgois continuent leur mue, déjà bien entamée lors de la rentrée d’automne 2020, en ajoutant de nouvelles voix, plus jeunes et novatrices, à leur catalogue historique. Trois premiers romans, il faut le souligner (même si la première auteure a déjà publié un recueil de nouvelles aux éditions de l’Olivier).
L’année dernière, le premier roman de Hugo Lindenberg,
Un jour ce sera vide, a tiré son épingle du jeu grâce au bouche-à-oreille et au travail des libraires. Trouvera-t-il son héritier en 2021 ? Réponse, peut-être, ci-dessous.


Dans la maison rêvée, de Carmen Maria Machado
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Cohen)

Comment raconter une histoire d’amour entre deux femmes qui tourne à la brutalité et à l’emprise ? Après l’avoir vécue, Carmen Maria Machado cherche dans la variation narrative une solution à ce défi, en changeant de style et de genre littéraire à chaque chapitre, puisant aussi bien l’inspiration dans le conte horrifique que dans le livre dont vous êtes le héros (entre autres). Plus qu’un jeu littéraire, une manière de questionner « la force des clichés et des représentations » (dixit l’éditeur-trice, qui le dit tellement bien que je ne peux que le répéter tel quel).
Une vraie curiosité, qui m’interpelle d’autant plus qu’un autre roman, à paraître chez Gallmeister, se jouera également des formes littéraires… Rien que pour la comparaison, cela vaudra le coup d’œil.

Mortepeau, de Natalia García Freire
(traduit de l’espagnol (Équateur) par Isabelle Gugnon)

« Récit de la chute et de la décadence d’une famille, Mortepeau est un roman qui sent la terre humide, la pourriture et les fleurs séchées. »
C’est la quatrième de couverture qui le dit, et il faut reconnaître un certain courage à l’éditeur-trice (oui, encore) pour oser l’annoncer. Cela dit, si c’est vrai, difficile de prétendre que c’est une bluette.
Bref, c’est l’histoire d’un jeune homme qui s’adresse à son père, mort et enterré dans le jardin familial. Autrefois luxuriant, celui-ci est devenu le royaume des mauvaises herbes, à l’image de la famille de Lucas, après que son père a introduit deux hommes mystérieux dans leur maison et provoqué la catastrophe.
Un premier roman doté d’un univers très fort à première vue, pas forcément facile mais tentant à qui veut du neuf.

Grande couronne, de Salomé Kiner

Le seul titre français du trio semble aussi le moins singulier des trois – en tout cas, sur le papier.
Dans une banlieue pavillonnaire à la fin des années 1990, une adolescente rêve de partir pour devenir hôtesse de l’air. Mais sa famille vacille, bouleversant ses repères. En moins d’un an, sans renoncer à ses désirs, elle apprend à comprendre ses émotions, à tenir tête à ses copines, à assumer des responsabilités trop grandes pour elle et vit ses premières expériences sexuelles.
Bon, voilà. Vous en faites ce que vous voulez.


BILAN


Lecture potentielle :
Dans la maison rêvée, de Carmen Maria Machado

Lecture hypothétique :
Mortepeau, de Natalia García Freire