Archives de 16 août 2012

L’Ile des chasseurs d’oiseaux, de Peter May

Signé Bookfalo Kill

Terrassé par la mort de son fils, Fin MacLeod traîne sa dépression chez lui depuis des semaines, et se demande s’il veut véritablement reprendre son métier de policier. Son supérieur ne lui laisse pas le choix : un crime vient d’être commis sur l’île de Lewis, crime qui présente des similitudes troublantes avec un meurtre sur lequel Fin a enquêté récemment à Édimbourg. Il doit se rendre sur place pour vérifier s’il pourrait s’agir ou non d’un tueur en série.
Le voyage est loin d’être anodin pour Fin : il est né et a grandi sur cette île située au nord de l’Écosse, petit bout de terre rugueux et battu par les vents, où l’on se chauffe à la tourbe et où la pression de la religion et des traditions est encore extrêmement forte. En arrivant sur place, Fin MacLeod réalise que c’est moins une investigation policière qu’une enquête sur son propre passé à laquelle il s’apprête à se confronter.
Un passé d’où pourraient bien émerger de sombres vérités…

Cela faisait un moment que j’entendais parler en bien de ce roman de Peter May, premier d’une trilogie consacrée à l’île de Lewis. Cela faisait également un moment que je tournais autour de cet auteur écossais, sans réussir à trouver un titre qui me donne envie de découvrir son œuvre. Sa série précédente, qui se déroulait essentiellement en Chine, m’inspirait assez peu. Mais là, avec cette histoire ancrée en Écosse, j’ai été tout de suite beaucoup plus attiré ; et les nombreuses critiques très élogieuses glanées ici et là sur Internet ont fini par me convaincre de tenter l’expérience.

Alors, oui, Peter May écrit très bien. Ses descriptions de l’île de Lewis sont riches et invitent au voyage – un voyage aride et sauvage, certes, mais d’autant plus intéressant qu’il nous immerge dans une contrée préservée et peu connue, loin des clichés sur l’Ecosse. L’évocation des traditions séculaires qui rythment la vie de l’île est d’ailleurs assez fascinante. Enfin, le romancier prend le temps de camper ses personnages, dont il détaille aussi bien le passé que la psychologie, avec une grande justesse.

Mais bon sang, que tout ceci est long !!! J’en ai lu, des polars lents, plus littéraires et atmosphériques que frénétiques ; et il y en a beaucoup qui figurent parmi mon panthéon du genre (Seul le silence de R.J. Ellory, pour n’en citer qu’un). Seulement, là, il arrive un moment où il devient nécessaire de sauter des passages, notamment des descriptions interminables, histoire de ne pas s’endormir complètement. Le moindre petit caillou sur le bord de la route est évoqué, le moindre oiseau détaillé du bec à la dernière plume.

Il faut préciser aussi que l’enquête policière sur le crime qui ramène Fin sur l’île est totalement secondaire. Elle sert tellement de prétexte initial qu’elle disparaît parfois de la trame pendant des dizaines de pages. En contrepartie, Peter May propose une alternance narrative intéressante : les chapitres centrés sur le retour de Fin et ses investigations sont racontés par un narrateur omniscient, alors que d’autres, évoquant l’enfance et l’adolescence de Fin, sont racontés par ce dernier. J’ai d’ailleurs trouvé que c’étaient souvent les chapitres les plus justes et les plus émouvants du roman.

Au bout du compte, L’Île des chasseurs d’oiseaux est un roman d’ambiance, bien écrit, noir ce qu’il faut et pas déplaisant, mais qu’il ne faut pas lire pour l’aspect policier, plutôt décevant (les révélations finales manquent un peu d’originalité, même si elles sont mises en scène avec panache), et qu’il faut surtout aborder avec patience, sous peine de le refermer au bout de cinquante pages.

L’Île des chasseurs d’oiseaux, de Peter May
Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue
Éditions Actes Sud, collection Babel Noir, 2011
(Première édition : Le Rouergue, 2009)
ISBN 978-2-330-00133-9
425 p., 9,70€