Archives de 5 juillet 2012

Serenitas, de Philippe Nicholson

Signé Bookfalo Kill

Pour le chroniqueur avide de retranscrire fidèlement le plaisir de sa lecture, certains romans posent des problèmes de, comment dire… de « compression », voilà. Mine de rien, parfois même sous couvert de véritables « page-turner » faciles et rapides à lire, ils présentent tant de thématiques et de personnages passionnants qu’il devient très compliqué d’en faire un résumé à la fois bref et qui donne envie de le lire ; très compliqué, également, d’en livrer une analyse pas trop bavarde, mais sans rien oublier, tout en essayant de retranscrire aussi fidèlement que possible l’ambition du romancier.

Vous me voyez venir, j’imagine : depuis le début de cette critique, je vous parle de Serenitas, le deuxième roman de Philippe Nicholson (après Krach Party, 2009). Soit un thriller d’anticipation haletant, impossible à lire autrement qu’en le dévorant tant il est prenant, rythmé et d’une efficacité à toute épreuve. Tout en offrant un contenu parfaitement pensé, un univers visuel dans lequel on se promène (dans lequel on court beaucoup, surtout) comme si on y était, et une vision qui ne peut laisser indifférent.

Nicholson nous plonge dans le futur plausible, en tout cas crédible, d’un Paris post-crise en pleine déréliction. Les quartiers centraux, Pigalle, la place de Clichy, sont devenus des zones de non-droit, véritables plateformes de distribution de drogue. Ailleurs sont apparues des « zones d’affaire », regroupant lieux de vie confortables et espaces de travail, où l’on obtient soins, éducations pour ses enfants, privilèges et conforts à condition d’être dociles et de servir les intérêts privés de multinationales qui ont petit à petit supplanté les services publics d’un État à la dérive.

Fjord Keeling, lui, n’a jamais tellement su faire ce qu’on lui disait et respecter les consignes. Journaliste au National, le plus grand groupe de presse du pays, il s’intéresse le plus souvent à des faits divers ou à des sujets qui font grincer des dents, notamment la manière dont les trafiquants de drogue ont petit à petit supplanté le pouvoir et créé une économie parallèle plus efficace que celle de l’État en pleine faillite.
Cette vilaine curiosité lui vaut de se retrouver, un soir glacial de décembre, devant une pizzeria de Pigalle au moment où y explose une bombe. Bilan : douze morts, dont une poignée de narcotrafiquants qui s’y trouvait en réunion. Tandis que le gouvernement s’empresse de stigmatiser les malfaiteurs et annoncent une guerre à grande échelle contre les trafiquants, Fjord, témoin privilégié de l’événement, pressent que rien n’est si simple.
Il n’a pas tort : dans l’ombre, de sinistres personnages aux desseins contradictoires tirent les ficelles de leurs complexes intérêts – et n’hésiteront à utiliser Fjord comme marionnette tombant à point nommé pour servir leurs intérêts…

Franchement, en vous disant tout ceci, je ne vous ai presque rien dit. Par exemple, je ne vous ai pas parlé de Serenitas, la ville protégée qui donne son titre au roman. Mais si je le faisais, j’ajouterais encore de nombreuses lignes à cette chronique qui tire déjà en longueur, et ne ferais que paraphraser vainement ce que le romancier raconte si bien.
Alors que vous pourriez déjà être en train de lire le roman de Philippe Nicholson, compagnon de choix pour vos vacances. Une œuvre à la fois distrayante et intelligente, qui démontre, après Zone Est de Marin Ledun, que les auteurs français sont capables de s’emparer de la littérature de genre – ici, l’anticipation – et d’en tirer le meilleur.

Serenitas, de Philippe Nicholson
Éditions Carnets Nord, 2012
ISBN 978-2-35536-058-9
426 p. 20€

P.S.: on en parle beaucoup ailleurs, et c’est tant mieux ! Voyez par exemple ici : Auroreinparis ou Enfin livre !