Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Droit de réponse de Carlo Fighetti

Bonjour à tous,

J’ai critiqué en des termes peu amènes il y a quelques semaines sur ce site le roman de Carlo Fighetti, Lacryma Christi, paru aux éditions Envergure. Pour ceux que cela intéresse, c’était ici : https://cannibaleslecteurs.wordpress.com/2011/11/30/lacryma-christi-de-carlo-fighetti/

Par voie judiciaire, l’auteur a exigé un droit de réponse. Recourir à un avocat était inutile, j’aurais accueilli et publié quoi qu’il arrive son opinion – étant particulièrement conscient qu’une critique aussi rude (mais sincère) pourrait m’attirer une réaction de l’intéressé, ou de son éditrice, et que lui laisser l’espace nécessaire à sa défense serait plus que de bonne guerre.
Bref, j’ai déjà publié son droit de réponse dans les commentaires de l’article, comme il me l’était expressément demandé. Par souci d’honnêteté et de transparence, j’ai décidé de consacrer également un article entier à ce droit de réponse, histoire de lui accorder la visibilité qu’il mérite.

Le voici donc, reproduit bien entendu dans son intégralité. Je n’y ajouterai aucun commentaire et vous laisse, chers amis lecteurs, seuls juges.

Bookfalo Kill

DROIT DE REPONSE DE CARLO FIGHETTI

« Il y a ceux qui subliment leurs pulsions agressives pour les transformer en des réalisations admirables et ceux pour qui le processus semble impossible. Quel magnifique exemple vous donnez de la pulsion de mort dirigée vers l’autre : votre haine de vous-même doit être grande ! Monsieur, je vous plains. Je vous plains très sincèrement.

Difficile en effet de ne pas être frappé par ce qui ressemble à un règlement de compte, une exécution d’où dégoulinent haine et agressivité. Malheureusement, à force de vouloir trop en faire, le comportement devient éminemment suspect et on s’interroge : quels sont donc les mobiles qui vous animent ? Et pourquoi les dissimulez-vous derrière un pseudonyme ? Vos frustrations vous sont-elles insupportables ? Ne craignez-vous pas qu’un jour votre haine se retourne contre vous ? Reconnaissons qu’il est beaucoup plus facile de s’en donner à cœur joie quand on se cache ! Je crains que la « qualification » que vous vous êtes octroyée en lisant vos polars ne vous ait un peu trop monté à la tête. Permettez-moi un conseil : prenez un peu de distance, cela sera certainement bénéfique pour votre santé.

Car, à vous lire, tout est mauvais : le type de livre (vous ne l’affectionnez pas, pourquoi l’avoir lu ?), l’écriture, sans oublier le style (dont vous êtes certainement un spécialiste !). L’éditrice n’est pas épargnée non plus, même si dans une réponse sur votre blog vous semblez le regretter puisque vous écrivez, non sans humour, que vous êtes ennuyé « de tirer un peu (sic !) sur une jeune boite qui se lance ». Illustration clinique et symptomatique de la dénégation. Du haut de votre toute-puissance, vous êtes donc détenteur de la Vérité ! Il n’existe dans vos propos ni nuance, ni subtilité, tout y est rigide, violent, définitif. Pour écrire une critique honnête, il faut avoir du recul et du talent ; et de ces qualités vous n’en n’avez aucune. Votre diatribe manque de consistance, tout comme votre démonstration qui n’est que tentative. Toute critique est légitime, mais encore faut-il savoir parler du fond. Le lecteur ne peut être dupe devant tant de violence.

Venons-en à l’extrait que vous citez et dont le contenu n’avait bien sûr par échappé à ceux dont la tâche était de corriger mon travail (notamment un spécialiste anglophone du polar, universitaire de formation). Remarque préliminaire : extraire un passage et le citer hors contexte sans plus de précisions que les vôtres relève de la malhonnêteté intellectuelle et de l’intentionnalité de nuire. Une rectification aussi : vous présentez le Père Général comme un « haut dignitaire religieux ». S’il est effectivement détenteur d’un grand pouvoir, il n’est en aucune façon un haut dignitaire. « La nature de sa tâche, comme me le soulignait son sous-secrétaire quand j’étais à Rome, n’est pas de servir le pape dans des fonctions de dignité ecclésiastique ». Une précision : tous les domaines dont je parle sont des spécialités que je maîtrise ; elles sont le résultat de formations poussées (postdoctorales) et d’études sur le terrain, par conséquent très éloignées de vos élucubrations… Je ne dépenserai donc pas mon énergie à légitimer ce à quoi vous n’avez manifestement pas accès : n’aborder aucune des thématiques qui constituent la trame de mon livre en est la preuve.

Pour revenir à la tentative d’assassinat du Père Général, vous occultez nombre d’éléments. Premièrement, je vous rappelle qu’il attendait de pied ferme son assassin, tout en étant protégé. Il était donc psychologiquement prêt. Deuxièmement, ceux qui sont — officieusement — ses gardes du corps vous apprendraient que tous les Pères Généraux qui se sont succédé avaient des qualités communes : « des hommes au sang-froid exceptionnel, capables de se défendre eux-mêmes si la nécessité l’impose ». Ce qui est le cas de mon personnage. La description précise que j’en fais pages 33-34 a des implications qui ont dû vous échapper… Vous critiquez enfin les dialogues. Je ris : si vous aviez fréquenté les lieux et personnalités que je cite, vous découvririez combien votre analyse est absurde.

Mais restons-en là. Les romans que vous lisez sont sûrement très bons, mais comme tous les esprits étroits bardés de certitude, vous vous en servez comme des références : c’est là où votre démonstration s’effondre.

J’allais oublier : vous pouvez me rencontrer quand vous voulez. Je doute cependant que vous ayez le courage de sortir de votre anonymat…

Carlo Fighetti ».

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8 Réponses

  1. un droit de réponse ! par voie judiciaire! ça ça en jette ! j’imagine que c’était censé impressionner le blogueur ! toujours est il que ce droit de réponse tout en condescendance et en mépris est une pépite à conserver pour se marrer le soir au coin du feu !

    La critique était ferme, rude, mais certainement pas calomnieuse ou injurieuse. Le problème ce n’est pas tant la critique que l’égo de certains auteurs qui quand on les flatte trouve les blogueurs géniaux mais quand on les critique alors là, c’est le crime de lèse majesté !On devient automatiquement haineux à leur égard et on a des comptes à régler avec eux. c’est tellement plus commode que d’essayer de comprendre pourquoi un lecteur n’a pas aimé son livre.

    Pas sur que ce roman étrié par une critique venant d’un grand média eu donner lieu à la même réaction. C »est tellement plus simple de taper sur un petit blogueur.

    Mais ce que semble oublier ce cher monsieur, c’est que la blogosphère , est un monde où l’information circule vite, très vite, et son droit de réponse est déjà en train de tourner sur la blogo polardesque et sur Facebook s’attirant des commentaires peu amènes pour lui !

    Le problème n’est pas tant qu’il se grille auprès d’éventuels lecteurs, que le fait qu’il ne rend pas du tout service à cette jeune maison d’édition qui n’avait pas besoin de cette publicité négative pour démarrer!

    En tout cas, le blogueur que je suis est solidaire de Cannibal Lecteurs et je ne manquerai pas pour ma part d’évoquer cette admirable prestation littéraire par voie judiciaire, auprès de mes abonnés.

    14 février 2012 à 22:57

  2. lu&lu

    Ils sont drôlement gentils les Cannibales Lecteurs, contrairement à ce que semble penser le Carlo Fighetti qu’a pas l’air de se prendre pour la moitié d’un…. A peine une critique désagréable et le voilà qui dégaine l’artillerie! Faut arrêter le délire garçon ! La chronique consacrée à son bouquin pouvait lui paraître désagréable -elle l’était d’ailleurs- mais au moins parlait donnait-elle un peu d’écho à un livre qui en avait reçu bien peu. Elle n’était nullement mensongère, calomnieuse ou insultante ; elle ne justifiait donc en rien de l’exercice d’un droit de réponse mais procédait bel et bien du libre droit de critique. Si les Cannibales Lecteurs l’avaient plus été, cannibales, ils auraient laissé le monsieur s’enferrer dans sa procédure judiciaire injustifiée et l’aurait laissé se dépétrer avec les magistrats qui ont, hélas, mieux à faire que de s’occuper de ces histoires de corne-culs !

    Peut-être Carlo Fighetti eût-il préféré que l’on ne parla point de son livre. Dès lors, Monsieur Fighetti, puisque la critique vous paraît tellement insupportable, permettez moi un conseil : cessez donc de publier et reprenez vos exercices d’écritures sur un cahier à spirale sieyès 100 pages. Publier, chez quelque éditeur que ce soit, flatte sans doute l’ego que vous semblez avoir démesuré, mais cela suppose de prendre la responsabilité « d’offrir » aux lecteurs la liberté de lire vos oeuvres et de les apprécier -ou non. Il faut donc en accepter le revers de la médaille : la libre critique. Chacun de vos lecteurs, où qu’il soit, se fera sa propre opinion de vos écrits, et vous n’envisagez pas j’imagine de coller aux basques de chacun d’eux pour contrôler la qualité de sa lecture et lui en interdire la communication. Si ? Alors vos amis avocats vont gagner des fortunes mais vous n’y gagnerez rien d’autre que la commisération que suscitent vos geignardes et pathétiques jérémiades.

    15 février 2012 à 11:17

  3. hello,
    comme yann, mais avec une frayeur, si à chaque fois, qu’on critique un livre on se retrouve avec un avocat au cul…

    j’ai du bol que sonatines Editions ne m’ai pas attaqué ^^ puor ma critique du dernier Seteve Mosby,
    Audelà du contexte, et sur le fond, c’est la forme qui me fait tres peur, fin de la liberté du net, on est dans un retour aux sources…. de non liberté…

    bref, c’est consternant….

    15 février 2012 à 12:42

  4. On sent que l’auteur a été touché dans ce qu’il a de plus précieux. Dommage pour lui de ne pas accepter la critique (qu’elle qu’elle soit), même modeste.

    15 février 2012 à 20:29

  5. Je te rejoins la p’tite souris !. C’est hallucinant !!! Vive la liberté d’expression ! (tant que c’est encore possible…)

    16 février 2012 à 10:50

  6. Pingback: Unwalkers » Blog Archive » consternant…….

  7. Si la critique ne m’aurait pas forcément dissuadée de lire le roman de cette personne (mais bon, c’est peu probable vu que ce n’est pas mon style de livre), cette réaction de l’auteur, elle, l’a fait. C’est un peu l’histoire de la paille et de la poutre celle d’un auteur qui se permet de dire ceci à un simple blogueur:
    « Il y a ceux qui subliment leurs pulsions agressives pour les transformer en des réalisations admirables et ceux pour qui le processus semble impossible. Quel magnifique exemple vous donnez de la pulsion de mort dirigée vers l’autre : votre haine de vous-même doit être grande ! Monsieur, je vous plains. Je vous plains très sincèrement. »

    De cela, ce ne sera que la réaction quelque peu exagérée et mesquine de l’auteur que je retiendrai donc. Mal joué…

    16 février 2012 à 13:16

  8. Marianne

    Mauvais état d’esprit d’un auteur qui pense avoir écrit à son tour “le chef d’œuvre” de l’année ou stratégie de “l’offensé” qui pense qu’ utiliser “la voie judiciaire” pour un simple droit de réponse fera parler de son livre ? Monsieur Fighetti, laissez donc les lecteurs décider du sort de votre roman…

    16 février 2012 à 22:52

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