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Archives de Tag: Seconde Guerre mondiale

Signé Bookfalo Kill

Entre Ménile, le garçon si fort qu’on le compare à une bête de somme, et Joseph le maigrelet capable de réparer n’importe quoi, c’est à la vie à la mort depuis l’enfance, l’amitié la plus pure qui soit. En 1943, Joseph entre dans la Résistance et entraîne son camarade avec lui. Ensemble, ils fournissent en matériel des maquisards. La réalité implacable de la guerre les confronte à des choix aussi difficiles que radicaux…

Ménestrier - Pendant les combatsSébastien Ménestrier entre en littérature par la petite porte d’un format réduit (92 pages en quasi poche) et avare de mots. Chaque chapitre fait une page, deux grand maximum, et la plupart n’affiche que quelques lignes. C’est donc avec un style et une forme épurés à l’extrême que le jeune romancier entreprend de raconter une histoire qui n’est pas nouvelle : la Guerre, la Résistance, la violence, et au milieu de tout cela, l’amitié et ce qu’elle peut endurer, entre fidélité et trahison.

Il s’en sort très honorablement. Son pointillisme littéraire évoque celui d’Hubert Mingarelli, en plus prosaïque peut-être, en moins poétique. Il s’attache à des détails plutôt qu’au tout, aux gestes plutôt qu’à la parole, celle-ci s’avérant d’ailleurs l’ennemi du combat et de la cause. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, une forme aussi dépouillée demande beaucoup de précision et de justesse ; des qualités dont Sébastien Ménestrier ne manque pas, ce qui lui permet de faire souvent mouche, notamment dans des scènes émouvantes où le pathos n’était pas permis.

Pendant les combats est poignant, certes, mais trop court, trop léger pour faire impression ou pour sortir du lot. La mise en scène de l’amitié entre les deux hommes est réussie, subtile, tenant en quelques mots, mais elle n’apporte rien de nouveau non plus sur le sujet.
Bref, en tous points, si l’intérêt est éveillé, l’enthousiasme n’est pas non plus de mise. Pendant les combats est un premier roman touchant, mais qui demande confirmation d’une deuxième œuvre plus consistante.

Pendant les combats, de Sébastien Ménestrier
Éditions Gallimard, 2013
ISBN 978-2-07-013959-0
93 p., 9,50€

bayardEt nous revoilà face au nouvel opus de Bayard, un bon auteur aux fortes accroches, qui brille toujours par le choix de ses titres. Après Comment parler des livres que l’on n’a pas lus, Saintes Ecritures pour tout libraire, après Comment parler des lieux où l’on n’a pas été, après Qui a tué Roger Ayckroyd?, après moults autres titres, voici Aurais-je été résistant ou bourreau? Le titre qui accroche inévitablement le regard, j’en ai fait l’expérience dans le métro parisien les jours passés.

Pierre Bayard fait un commentaire de textes à partir de documents concernant les conflits rwandais ou bosniaque, la répression des Khmers rouges et bien sûr la Seconde Guerre mondiale. En s’appuyant sur des livres ou des documentaires, il a reconstitué ce qu’aurait pu être sa vie s’il était né comme son père en 1922, en tenant compte de sa famille, de ses études et de sa personnalité.

En découle un intéressant essai, à cheval entre philosophie, sociologie, histoire et psychanalyse. Bayard prend appui sur les récits de Justes parmi les nations, ou au contraire de personnes reconnues comme ayant été des bourreaux. Comment en sont-ils arrivés là? Comment peut-on tuer des gens par centaines, par milliers? Quel est l’élément déclencheur qui fait qu’on passe d’une personne lambda à un monstre ou un héros. Sans jamais porter de jugement, Pierre Bayard dissèque les récits de vie, recoupe les expériences menées par Milgram (passionnant!), et voit, au travers du prisme de son père, qui il aurait être pendant la Seconde Guerre mondiale. Héros? Résistant? Juste? Soldat? Tueur?

Au fond, ce n’est pas ce qui nous intéresse dans ce livre. C’est plutôt l’incroyable façon qu’a l’auteur de découper l’âme humaine et de se questionner sur la capacité d’obéissance, la rébellion, la peur de la mort et le désir de survivre.

Aurais-je été résistant ou bourreau? de Pierre Bayard
Editions de Minuit 2013
9782707322777
176p., 15€

Un article de Clarice Darling.

Mise en page 1En voilà un premier roman lumineux, malgré les heures sombres décrites dans ses pages! Pour un premier livre, Isabelle Stibbe nous envoie un bon crochet du droit et j’ai hâte de lire ses prochaines oeuvres! C’est mon collègue préféré qui m’a conseillé le livre sans l’avoir lu.  Il avait vu sur le bandeau publicitaire, deux expressions qui font mouche chez moi : "Comédie-Française" et "Occupation". Un roman sur la Comédie-Française pendant l’Occupation… tiens tiens tiens… (J’avoue, sans cela, je serai sûrement passée à côté!)

Bérénice 34-44 raconte l’histoire d’une jeune fille qui donnera tout pour le théâtre. Incomprise par sa famille, des fourreurs juifs venus de Russie, elle les abandonne sans arrière pensée quand elle apprend qu’elle est reçue première au concours d’entrée du Conservatoire, en 1934. Elle côtoie alors les plus grands. Jouvet, Baty, Gabin, Barrault… En 1937, elle intègre le Français, dont elle est alors la plus jeune pensionnaire. Bérénice devient une comédienne réputée. Mais la guerre va la rattraper. 

Cet ouvrage mène habilement fiction et réalité et me fait penser au dernier roman de Nicolas d’Estienne d’Orves, que j’avais grandement apprécié. En plus d’être un cri d’amour à son père miraculé, Isabelle Stibbe écrit très bien, s’est extrêmement documentée et on en vient à regretter que Bérénice n’ait jamais existé.

Bérénice 34-44 d’Isabelle Stibbe
Editions Serge Safran Editeur, 2012
9791090175075
316p., 18€

Un article de Clarice Darling.

A première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’un roman, si ce n’est le sous-titre de l’ouvrage qui nous ramène illico à la réalité : A la recherche de la musique des camps. Thomas Saintourens, journaliste, a suivi pendant huit mois Francesco Lotoro, pianiste italien qui poursuit depuis une vingtaine d’années, une quête, celle de redécouvrir et faire revivre les musiques des camps. Camps de concentration en Europe, camps de prisonniers militaires en Asie… Le Maestro a récolté plus de 4000 partitions et avec un orchestre qu’il a fondé, il enregistre et promeut la musique des camps dans tous les pays du monde. Grâce à lui, on découvre des artistes comme Rudolf Karel, qui a rédigé un opéra sur des feuilles de papier hygiénique à l’aide d’un bâtonnet de bois frotté à du charbon, ou encore Jozef Kropinski, qui après cinq ans de détention n’a jamais pu réécrire, comme si toute sa créativité était sortie d’un coup, pour survivre à Büchenwald. 

maestroVoici un très court entretien du journaliste expliquant la genèse de son ouvrage dans l’émission Un livre, un jour, sur France 3. 

 

Les plus musiciens d’entre nous connaissent l’opéra Brundibar, personne ou presque n’a entendu parler de Frida Misul, Harry Berry, Emile Goué ou encore Alexander Kulisiewicz. Thomas Saintourens, en collaboration avec Francesco Lotoro, a retracé huit mois de recherches, de voyages, d’enregistrement des musiques des camps par une poignée d’hommes hors du commun. Francesco bien sûr, mais aussi sa compagne, Grazia, ses amis, Angelo et Paolo, et toutes les personnes membres de l’Orchestre de Musique Concentrationnaire, créé par Lotoro. 

Cet ouvrage fait revivre ceux qui n’existent plus que par leur musique et quel plus bel hommage leur rendre que d’enregistrer et jouer leurs oeuvres? 

 

Le Maestro, A la recherche de la musique des camps
de Thomas Saintourens
Editions Stock, 2012
9782234071759
305p., 19€50

Un article de Clarice Darling

 

 

 

Ça n’arrive pas souvent, les livres que je referme avec amertume parce que je les ai déjà terminés. Tout de même, 711 pages me direz-vous! Oui, mais quelles pages!

Tout commence sur la petite île de Malderney, la plus méconnue des îles de la Manche, battue par les vents et gouvernée d’une main de maître par Virginia, digne descendante anglaise. Ses deux fils, Victor et Guillaume, n’ont qu’une hâte. Fouler le continent. Car à 16 et 17 ans, les deux ados n’ont jamais rien vu d’autres que leur île natale. La seule bouffée d’air pur leur vient chaque été par l’intermédiaire de Simon Bloch, producteur parisien et ami de Picasso, Cocteau et autres sommités de la culture de l’entre-deux guerres.

La vie aurait pu continuer ainsi longtemps si une jeune fille n’avait fait son apparition sur l’île. Pauline va être l’élément déclencheur du roman, qui contribuera à la fuite de Guillaume vers Paris, en compagnie de Simon Bloch. Avant que la guerre ne les rattrape tous.

Nicolas d’Estienne d’Orves a réussi un pari fou, réunir des personnages attachants, un Paris des années 40 extrêmement bien reconstitué et un souffle romanesque, le tout porté par la Seconde Guerre Mondiale. Il sait à merveille allier personnages fictifs et monde réel. Dans son roman, vous croiserez Jean Marais, Hermann Göring et Lucien Rebatet, dont Nicolas d’Estienne d’Orves est l’ayant-droit. Il n’a donc pas eu à chercher bien loin les éléments du Paris occupé. Entre son grand-oncle résistant et fusillé et les nombreux ouvrages de Lucien Rebatet, Nicolas d’Estienne d’Orves nous livre une vision détaillée du Paris collaborationniste, teinté de résistance; une dualité qu’on retrouve à chaque instant. Les collabos/les Juifs; les deux frères; Malderney/Paris; Anglais/Français; mensonge/vérité et on peut continuer comme ça encore longtemps.

J’ai été transportée par l’histoire et vraiment, j’étais déçue de devoir quitter les personnages à la fin du roman. Il est des livres dont on voudrait qu’ils n’aient pas de fin. Les fidélités successives en font partie.

Les fidélités successives de Nicolas d’Estienne d’Orves
Editions Albin Michel, 2012
9782226242945
715 p., 23€90

Un article de Clarice Darling.

Signé Bookfalo Kill

Quelque part en Pologne, en plein hiver. Pour échapper à une tâche qui les rebute tout particulièrement, trois soldats se portent volontaires pour partir "chasser" – les guillemets s’imposent, le gibier n’est pas animal mais humain. Juif, pour être précis.
Après avoir fait un prisonnier, ils aboutissent dans une maison abandonnée. Là, en compagnie d’un un Polonais de passage qu’ils ne comprennent pas, faute de parler la même langue, ils entreprennent de préparer un bon repas chaud. Pas évident quand il fait si froid dehors – et quand l’incompréhension et la haine ne sont jamais loin…

J’ai conscience qu’en présentant le nouveau roman d’Hubert Mingarelli de cette manière, je risque un peu de le tirer vers l’anecdotique. Mais, en soi, ce n’est pas si éloigné que cela de la réalité. La petite musique si singulière de Mingarelli se compose justement de choses minuscules, de détails infimes, d’un soin presque obsessionnel à décrire les gestes les plus anodins en apparence.
C’est dans ce registre que le romancier, prix Médicis en 2003 pour Quatre soldats, impose sa singularité. Pas de romanesque exacerbé chez lui, plutôt une sorte de pointillisme littéraire qui dessine par petites touches un paysage enneigé, un étang gelé d’où émergent des roseaux tous inclinés dans le même sens, une maison abandonnée. Et les âmes simples mais tourmentées de ses personnages.

Mingarelli ne développe pas, ne psychologise jamais. Du passé des personnages, on ne sait rien ou presque. Ce qui intéresse le romancier, c’est leur quotidien, leur présence, leur manière d’exister et de se concentrer sur des tâches précises. Le repas qui donne son titre au roman constitue le point d’orgue d’une longue lutte contre des élements hostiles. Lorsqu’il est enfin prêt, on en déguste chaque bouchée, on en respire chaque odeur avec la même délectation que les personnages.

L’ensemble du procédé pourrait être naïf ou ennuyeux. Il ne l’est pas. D’abord parce que le roman est court, réduit lui aussi à l’essentiel. Ensuite parce qu’il laisse place à l’imaginaire du lecteur ; ainsi qu’à une Histoire en creux, la grande, suggérée par quelques détails. Mais je préfère ne rien vous en dire, et vous laisser les découvrir durant votre lecture.

Parce que, finalement, moins on en dit d’un livre d’Hubert Mingarelli, et plus on l’apprécie.

Un repas en hiver, d’Hubert Mingarelli
Éditions Stock, 2012
ISBN 978-2-234-07172-8
137 p., 17€

Je ne connaissais rien de Colombe Schneck si ce n’est qu’elle est jolie et qu’elle est journaliste. Dans son dernier opus, Colombe Schneck s’essaye à se donner une contenance, une profondeur. Ce livre, c’est l’histoire d’une femme insouciante, gâtée par la vie et la nature, exemple typique de Parisienne bobo qui se cherche. En se tournant vers les valeurs universelles de la famille. Et quand on sait qu’une partie de la sienne a été décimée dans les camps de concentration, ça fait réfléchir. 

La Réparation est l’histoire de sa famille, notamment celle de Salomé, née en 1937, morte en 1943. Salomé est la fille de Raya, elle-même soeur de Ginda, la grand-mère de Colombe (vous suivez?) Mais Salomé, c’est aussi la fille de Colombe. L’histoire n’est qu’une boucle sans fin. Pendant 212 pages, Colombe Schneck va faire revivre sa famille disparue tragiquement. Elle va parcourir Israël, les Etats-Unis pour retrouver les témoins de cette histoire, les descendants.  

Elle s’en sort plutôt pas mal, Colombe Schneck. Il y a vraiment des passages qu’on peut couper et qui ne nous intéressent pas (notamment ses considérations de Parisienne nombriliste), il y a des baffes qui se perdent (surtout quand elle préfère bronzer au bord de la piscine de son hôtel plutôt que de partir à la rencontre d’un cousin éloigné) mais c’est intéressant de recouper le cheminement de sa famille, entre Ginda, la soeur qui s’est exilée à Paris en 1926 (donc la grand-mère de l’auteur) et les deux autres soeurs, Raya, Macha et Nahum, le frère qui n’ont pas eu le réflexe de quitter la Lituanie quand il était encore temps. Mary, leur mère, était avec eux dans le ghetto de Kovno. Raya et Macha avaient chacune un enfant, Salomé et Kalmann. Ils vivaient tous dans cet enfer du ghetto jusqu’à ce jour fatidique d’octobre 1943.

Le coup poignant qui m’a serré le coeur est le retournement de situation. Toute la fratrie était condamnée, pourtant, certains s’en sont sortis. Et ce retournement de situation, je ne m’y attendais pas. Colombe Schneck non plus. Je ne peux rien vous dire sous peine de révéler l’intrigue, s’il en est une, mais cette décision a été surprenante et bouleversante.  Jusqu’à ce que la photographie de la petite Salomé ressorte des tiroirs. 

"Salomé, petite fille de ma soeur Raya, déportée, (…) petite cousine dont il ne reste rien."

La réparation de Colombe Schneck
Editions Grasset, 2012
9782246788942
212 p., 17€

Un article de Clarice Darling.

L’Origine de la violence de Fabrice Humbert est un ouvrage étrange. Puissant, sobre, terriblement humain. C’est l’histoire d’un jeune prof en voyage scolaire en Allemagne qui va découvrir, lors de la visite du camp de Buchenwald, une photographie qui changera le cours de sa vie. Sur cette image noire et blanche surannée, il distingue un détenu qui ressemble étrangement à son père Adrien. Or son père est bel et bien vivant, en ce moment même, à Paris. Qui est cet homme sur la photographie? Son grand-père naturel. Le protagoniste mène une véritable quête identitaire pour connaître son grand-père biologique et pourquoi on lui a menti pendant si longtemps. Adrien est-il au courant que Marcel n’est pas son père? Quelles vont être les conséquences de cette découverte?

L’auteur nous raconte plusieurs vies imbriquées les unes aux autres, percutées de plein fouet par la guerre. La famille Fabre, la famille Wagner, le tout sur fond dramatique d’un camp de concentration. L’écriture de Fabrice Humbert est d’une rare puissance et d’un haut niveau intellectuel. Les libraires ne se sont d’ailleurs pas trompés, le roman a obtenu en 2009, le prix Orange. Si l’ouvrage est sombre, il n’en demeure pas moins un espoir, une lumière, la lumière de la liberté, de la connaissance et l’espoir de pouvoir être soi, au delà de l’Histoire. 

L’Origine de la violence de Fabrice Humbert
Editions Le Passage, 2009
Editions Livre de Poche, 2010
9782253129462
344p., 6€95

Un article de Clarice Darling.

Signé Bookfalo Kill

Quand il était petit, Jacob Portman était fasciné par les récits fantastiques de son grand-père Abraham, illustrés par des photographies bizarres, presque dérangeantes. Il y était question de voyages autour du monde, d’explorations incroyables, et surtout du séjour qu’Abe avait effectué dans un mystérieux orphelinat sur Cairholm, une île au large du Pays de Galles, au début de la Seconde Guerre mondiale. En grandissant, cependant, Jacob avait fini par décider qu’il n’y avait rien de vrai dans ces histoires, il avait pris ses distances et était devenu un adolescent terne et peu sociable, tandis que son grand-père semblait perdre la boule, seul dans sa maison.
Un soir, Jake retrouve Abraham assassiné dans son jardin, le corps lacéré par une créature terrifiante qu’il est le seul à avoir le temps d’apercevoir avant qu’elle disparaisse dans la nuit. Choqué, ébranlé, le garçon s’enfonce dans le mutisme et s’isole encore plus. Jusqu’à ce que son psy l’encourage à écouter les dernières paroles incohérentes prononcées par son grand-père, et à se rendre sur Cairnholm, accompagné de son père, pour essayer d’y retrouver une trace de l’orphelinat et de ses étranges occupants…

Voilà un drôle de roman ! Aussi "particulier" que les enfants qui l’habitent. Inclassable. A tel point que les éditions Bayard Jeunesse, qui le publient, ont gommé leur nom sur la couverture… Une manière de suggérer que ce roman, s’il semble être destiné à de jeunes lecteurs, peut toucher plus large. En tout cas, c’est sans doute un livre à ne pas faire lire avant 14 ans, au minimum.
D’abord parce que le style de Ransom Riggs, soigné et classique, appelle un bon niveau de lecture.
Ensuite, parce que le récit est riche, parsemé d’indices, de références historiques – notamment à la Seconde Guerre mondiale – et de réflexions sur le temps ou l’immortalité.
Enfin et surtout, parce que certains événements du livre peuvent s’avérer dérangeants, voire violents. Quelques passages évoquent Stephen King, tout simplement ! (Notamment une scène de réanimation de cadavre humain à moitié dévoré, à l’aide de cœurs d’animaux…)

Puis il y a les photos qui illustrent régulièrement le récit. En noir et blanc, magnifiques, souvent intrigantes, elles frappent l’imaginaire et sont au coeur du projet de Ransom Riggs. Ce jeune auteur collectionne en effet les photos d’inconnus, notamment les plus bizarres possibles, et il s’en est inspiré pour créer personnages et situations de son roman. Une fillette en lévitation, un adolescent couvert d’abeilles, la silhouette à contre-jour d’une vieille femme fumant une pipe… Tous ont nourri l’imagination du romancier et apparaissent dans l’histoire.

Déconcertant, singulier, Miss Peregrine et les enfants particuliers est un roman extrêmement prenant, où un fantastique mesuré se dispute à un réel à peine moins effrayant. Jacob y est un héros complet et complexe, peu sympathique de prime abord, mais auquel on finit par s’attacher lorsque la découverte des secrets de son grand-père l’amène à se révéler et à prendre en main son existence – surtout lorsqu’une jolie histoire d’amour s’en mêle… Les personnages comme les paysages (formidable Cairnholm) sont merveilleux et impriment une empreinte durable dans l’esprit du lecteur.

Oui, il y a du Stephen King dans ce roman, et du meilleur. Celui de Ça, par exemple. La même capacité à créer un vaste univers et à l’investir corps et âme, à rendre le fantastique crédible. La même énergie narrative. Le même esprit d’aventure, pas loin de la naïveté mais jamais mièvre. De quoi donner très envie de retrouver rapidement Jake et les enfants particuliers.
Ça tombe bien : la fin est sans équivoque et Ransom Riggs l’a déjà confirmé sur son site, il y aura une suite. Vivement !

Miss Peregrine et les enfants particuliers, de Ransom Riggs
Éditions Bayard Jeunesse, 2012
ISBN 978-2-7470-3791-4
438 p., 14,50€

Vous saviez, vous, que le frère de notre bon commandant Cousteau était un collabo de la première heure? Vous saviez que Dina Vierny, la muse de Maillol, faisait passer en douce des clandestins depuis la gare de Banyuls? Vous saviez que Gerhard Heller, officier nazi, avait cependant joué un grand rôle dans la vie culturelle française et avait sauvé la vie de Jean Paulhan? Connaissez-vous seulement l’existence de Rose Valland et toutes les oeuvres d’art qu’elle a sauvées?

Si oui, vous pouvez quand même apprendre des foules de choses sur cette période sombre de l’Histoire qu’est la vie culturelle sous l’Occupation. Si non, vous apprendrez des foules de choses sur cette période sombre de l’Histoire qu’est l’Occupation.

Alan Riding, correspondant du New York Times, a travaillé pendant plus de dix ans sur cet ouvrage et nous livre un documentaire extrêmement méticuleux, bien fourni, et surtout, bien écrit qui vous replongera au coeur des années noires. Formidablement documenté, cet essai retrace l’évolution des artistes pendant toute la période de l’Occupation. Personne n’est oublié. Les chanteurs populaires ou les grandes voix de l’Opéra, les poètes, les philosophes, les écrivains, les journalistes, les peintres, les sculpteurs, les photographes, les danseurs, les comédiens et metteur en scène, les producteurs de cinéma… Tout le monde y passe. Sous forme chronologique, Alan Riding nous livre un panorama complet de la vie culturelle, avec l’aide de Danielle Darrieux, Stéphane Hessel, Micheline Presle, Françoise Gilot, Pierre Boulez et bien d’autres. 

Le point fort de Riding, c’est de ne pas prendre parti. Il parle aussi bien des artistes français que des officiers allemands importants qui ont contribué ou non à la culture française : l’ambassadeur Otto Abetz, Gerhard Heller, etc. Il parle des amitiés malgré les divergences politiques ( Marcel Jouhandeau et Jean Paulhan, Jean Cocteau et Arno Breker), il a pioché dans tous les journaux intimes disponibles (Ernst Jünger, Galtier-Boissière, Jean Guéhenno…), il a reconstitué pour chaque personne sa chronologie pendant ses 5 années de guerre. 

Si vous ne devez retenir qu’un ouvrage sur la vie culturelle pendant l’Occupation, Et la fête continue est celui-là. Fourni, bien écrit, remarquable. Vraiment. 

 Et la fête continue d’Alan Riding
Editions Plon, 2012
ISBN 978 2 259 214810
411p., 23€90

Un article de Clarice Darling.

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