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Archives de Catégorie: Romans jeunesse

Signé Bookfalo Kill

Manon a convaincu ses parents de la laisser partir seule en vacances à Cabourg, avec sa cousine Ambre, majeure et responsable, son amie Clémentine, fille à papa mais maligne et délurée – et surtout Lisa. Lisa, son étrange amie, toujours habillée en noir, distante et mystérieuse, qui ressemble tant à un garçon que Manon s’y est d’abord laissé prendre au point d’être prête à en tomber amoureuse, avant de découvrir la vérité mais de rester fascinée par cette rebelle sauvage, au point de réussir à l’apprivoiser.
Cela aurait pu être un été de rêve. Mais…

Reysset - Les yeux de LisaVoici un petit roman pour ados qui se lit vite et bien, et qui a le mérite d’aborder des sujets difficiles sans pathos superflu ni sombrer dans le glauque. Karine Reysset décrit sans fards les dragues minables en boîte de nuit, la violence qui peut surgir à n’importe quel moment, pour mieux aborder in fine la maltraitance et l’inceste.

Les yeux de Lisa est avant tout un roman facile à aborder, avec quelques scènes bien vues, certaines légères et drôles, d’autres qui décrivent joliment les relations complexes entre adolescentes de 16-17 ans : jalousie, naïves certitudes, emballements éphémères ou amitiés indéfectibles… Rien n’y est follement bouleversant d’originalité, et Reysset se montre sans doute parfois trop superficielle dans son approche psychologique des personnages, même si tout y sonne plutôt juste.
On sent surtout qu’elle tourne autour du sujet fondamental de l’identité sexuelle sans oser trop s’y engager, ce qui est un peu dommage parce qu’il y avait la place pour développer cette question.

Pour le dire autrement, je verrais bien ce roman être adapté en téléfilm à portée pédagogique sur France Télévisions. Ce qui n’est pas une honte, mais reflète pour moi les limites d’un livre peut-être trop déjà lu-déjà vu, notamment dans la littérature pour ados.
Néanmoins, Les yeux de Lisa pourrait amener ses lecteurs (lectrices surtout, probablement) à réfléchir sur quelques sujets sérieux les concernant au premier chef, tout en appréciant une lecture fluide et touchante.

A partir de 13 ans.

Les yeux de Lisa, de Karine Reysset
Éditions École des Loisirs, coll. Médium, 2013
ISBN 978-2-211-20920-5
102 p., 8,50€

Signé Bookfalo Kill

A l’origine, ce week-end, Lana devait le passer en amoureux avec Jérémie, son petit ami venu spécialement de Hongrie pour la voir. Sauf que voilà, il a fallu qu’elle se fasse coller ! Bloquée au lycée en ce samedi après-midi, avec pour seule compagnie l’homme de ménage et la gardienne, l’adolescente parvient à faire entrer Jérémie, histoire de rendre la punition moins pénible à supporter.
Mauvaise idée : les deux tourtereaux ne tardent pas à découvrir qu’une poignée de miliciens surarmés ont investi les lieux. Pris au piège, ils vont devoir tout faire pour leur échapper, tout en essayant de découvrir la raison de leur présence…

Clavel - Nuit blanche au lycéeAlors là, pour du thriller, c’est du thriller ! Sens du rythme, style énergique et personnages solidement campés en quelques mots : Fabien Clavel, par ailleurs auteur prolifique de S.F. et de fantasy, a tout compris aux règles du genre, et il les applique avec bonheur. C’était déjà le cas dans Décollage immédiat (Rageot Thriller, 2012), qui mettait en scène Lana Blum pour la première fois ; mais ce précédent roman, bien que haletant, était lesté de trop d’invraisemblances pour être totalement convaincant.

Tout fonctionne à merveille dans Nuit blanche au lycée, sorte de Die Hard pour ados – avec tout ce que cela comporte : des méchants très hargneux, des traîtres et des héros inattendus, des effets spéciaux, un peu d’humour et beaucoup d’action pour emballer une histoire simple et efficace.
Si le scénario peut paraître "énorme" sur le papier, Clavel le tient cette fois fermement encadré dans les limites du vraisemblable, et c’est là toute la différence. On y croit, on s’attache à Lana, on souffre avec elle (il faut dire qu’elle encaisse sévère) et ses compagnons d’infortune, et on tourne les pages à toute vitesse pour savoir s’ils vont s’en sortir, et comment…

Dans l’esprit de l’excellente série Cherub, Nuit blanche au lycée est un polar explosif et addictif, facile d’accès et donc susceptible de plaire à tous les ados, même ceux qui se montrent rétifs à la lecture – car comment résister au caractère bien trempé de Lana ?

A partir de 11-12 ans.

Nuit blanche au lycée, de Fabien Clavel
Éditions Rageot, collection Thriller, 2013
ISBN 978-2-7002-4311-6
198 p., 9,90€

Signé Bookfalo Kill

Contre son gré et toute attente, voici Méto de retour dans la Maison. Après avoir été traîtreusement récupéré parmi les Oreilles Coupées, longuement interrogé et maltraité par Jove, le créateur de la Maison, il intègre le groupe E, sorte d’unité d’élite formée à des missions dangereuses et confidentielles sur le continent.
Bien que placé sous haute surveillance, Méto poursuit son exploration de la vérité, découvre ce qu’il est advenu du Monde et pourquoi il en a été soustrait. En savoir plus lui permet de développer ses grands projets de changement…

Grevet - Méto t.3, le MondeAyant déjà largement souligné les qualités de l’œuvre pour ados d’Yves Grevet dans mes chroniques sur les tomes 1 et 2 – qualités que l’on retrouve dans ce troisième et dernier volume -, je vais insister sur mes deux regrets majeurs pour cette conclusion de la trilogie.

Tout d’abord, le manque d’engagement stylistique de l’auteur m’a une nouvelle fois frappé, voire gêné dans certaines scènes qui auraient mérité d’être plus émouvantes – et les occasions ne manquent pas dans ce troisième tome, où Méto rencontre l’amour, expérimente d’autres formes d’amitié et découvre sa famille…
Ce style sans âme est efficace pour les scènes d’action et pour faire avancer rapidement le récit, mais il fait tomber à plat d’autres situations plus subtiles, ainsi que de nombreux dialogues qui sonnent creux.

D’autre part, il y avait largement de la place pour un tome en plus. Que la fin est rapide ! Elle paraît d’autant plus courte que le style de Grevet (j’insiste, je sais) est expéditif. Le dernier tiers du roman aurait pu – et dû – être développé davantage, laisser place à plus d’explications, plus de suspense… L’ambition politique du sujet le méritait.

En dépit de ces réserves, je dois souligner – avec plaisir, d’ailleurs – qu’Yves Grevet mène proprement  à son terme une histoire passionnante, palpitante et intelligente, qui met à disposition de nombreux jeunes lecteurs des réflexions puissantes sur le pouvoir, l’indépendance, l’obéissance et la désobéissance, la manipulation…
Une trilogie captivante, impossible à lâcher une fois qu’on a mis le nez dedans. Hautement recommandée, donc !

Méto t.3 : Le Monde, d’Yves Grevet
Éditions Syros, 2010
ISBN 978-2-7485-1028-7
379 p., 16€50

ATTENTION, SPOILER !
Ce deuxième tome de la série Méto étant une suite directe, je suis obligé de dévoiler des éléments de l’intrigue du premier volume et en évoquer notamment la fin.

*****

Signé Bookfalo Kill

En réussissant à quitter la Maison, Méto et ses amis pensaient avoir fait le plus dur… Grossière erreur. A peine sortis, ils sont obligés de livrer une bataille terrible qui en laisse plus d’un sur le carreau.
Méto reprend conscience quelques heures plus tard, gravement blessé, entravé sur un lit et les paupières cousues, incapable de se souvenir de ce qui s’est passé. Qui les a attaqués ? Où est-il ? Ses amis sont-ils tous morts ?
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas au bout de ses peines, ni de ses surprises…

Grevet - Méto t.2, l'IlePour rédiger cette chronique, j’avais le choix entre deux options : soit en dire le moins possible, respectant ainsi la volonté de l’auteur de surprendre son lecteur dès les premières pages du livre ; soit détailler davantage les premières péripéties de ce deuxième tome, et ruiner en partie le suspense initial.

Vous l’aurez compris, j’ai donc décidé de me limiter au strict minimum. Comme l’indique le titre, Yves Grevet nous emmène à la découverte de l’île au cœur de laquelle se trouve la Maison, et à la rencontre de ses autres habitants – pas forcément plus aimables que les autres, d’ailleurs.
Méto et ses amis (oui, bon, je vous le concède, Méto n’est pas seul, et quelques figures marquantes du premier tome survivent au début apocalyptique du roman) expérimentent d’autres formes d’asservissement, approfondissent leur apprentissage des responsabilités et des souffrances liées à la vie en société. Petit à petit, ils en apprennent également davantage sur ce qui se passe sur l’île et dans la Maison, ainsi que sur eux-mêmes…

Yves Grevet creuse donc le sillon intelligent qu’il avait entamé dans le premier volume, tout en assurant le même suspense et la même maîtrise narrative – avec le même style minimaliste. Cela fonctionne tout aussi bien, et on n’a qu’une envie… Mais oui, se plonger dans le tome 3, pour enfin (?) tout savoir !
A suivre encore une fois, donc.

Méto t.2 : L’Île, d’Yves Grevet
Éditions Syros, 2009
ISBN 978-2-7485-0786-7
247 p., 16€

Signé Bookfalo Kill

64 enfants vivent dans la Maison, une gigantesque bâtisse dont ils ne sortent jamais. Placés sous la surveillance d’adultes tous semblables, les César, ils y sont nourris, vêtus, éduqués, punis lorsqu’ils manquent aux règles. Ce sont tous des garçons. Ils n’ont aucun souvenir ou presque de leur passé. Ils ignorent de quoi sera fait leur avenir, une fois qu’ils seront jugés trop grands pour rester dans la Maison.
Méto est un Rouge, c’est-à-dire l’un des pensionnaires les plus âgés de la Maison. Tandis qu’il est nommé tuteur de Crassus, un petit nouveau qui doit tout apprendre du mode de vie local, il commence à s’interroger sur ce qui l’attend – et à fouiner pour en savoir plus sur les mystères de la Maison et de l’Île sur laquelle elle se trouve. Ce qu’il découvre dépasse largement son imagination et pourrait bien tout changer…

Grevet - Méto t.1, la MaisonÉvacuons tout de suite la question qui fâche – ou du moins qui pourrait fâcher, parce qu’en fait il n’y a pas lieu de le faire : celle du style. C’est très simple, il n’y en a pas. L’écriture d’Yves Grevet est purement factuelle, dénuée de tout lyrisme, évacuant la tentation de la métaphore ; c’est presque une écriture blanche tant elle est dépouillée. Sujet, verbe, complément, phrases courtes et sèches, allant à l’essentiel.
Lors de certaines scènes, j’aurais aimé plus d’engagement, plus de sentiment, pouvoir m’inquiéter davantage, être beaucoup plus ému, effrayé ou passionné. Ce que d’autres grands auteurs français contemporains pour la jeunesse – Timothée de Fombelle, Jean-Claude Mourlevat, Marie-Aude Murail, pour ne citer que les plus éminents – savent si bien susciter, par la grâce d’une écriture ambitieuse, pleine de souffle et de caractère.

C’est le choix de l’auteur et il est respectable. Car en-dehors de ça, quelle efficacité ! Grevet mène son histoire tambour battant, avec un souci de clarté qui se met toujours au service de l’intelligence du récit et de ses thématiques.
D’abord, le romancier nous balance illico dans le mystère, sans explication préalable. L’immersion dans l’intrigue est immédiate, l’addiction assurée. On veut comprendre, découvrir qui sont ces enfants reclus dans la Maison, à quoi ils sont destinés, qui sont les César, pourquoi il n’y a pas de filles…
De Méto le narrateur à ses amis, les personnages trouvent tous leur personnalité – détail capital d’autant plus à souligner que Grevet ne leur accorde pratiquement aucune description physique et se limite à quelques traits prédominants de caractère. Bien placés, ils sont largement suffisants pour camper des héros auxquels on s’attache sans problème.

Avec ces ingrédients, Yves Grevet traite pêle-mêle d’éducation, de politique, de manipulation (physique et psychologique), de résistance, de respect, de libre arbitre… Le propos est ambitieux, et nul doute que la limpidité du récit contribue largement à confronter les jeunes lecteurs à ces problématiques fondatrices.
Reste à lire les tomes 2 (L’Île) et 3 (Le Monde), pour découvrir le fin mot de l’histoire… C’est en cours, à suivre donc !

A partir de 11 ans.

Méto t.1 : La Maison, d’Yves Grevet
Éditions Syros, 2008
ISBN 978-2-74-850688-4
247 p., 16€

Signé Bookfalo Kill

Comme je ne dirai jamais assez de bien de Timothée de Fombelle (et je ne vous ai pas encore parlé de Vango… ça viendra), je voudrais vous glisser quelques mots de regret au sujet de Céleste, ma planète (paru en 2009) : ce roman est beaucoup, beaucoup TROP COURT.

Car pour le reste, quelle petite merveille, encore une fois ! Initialement publié dans la revue Je Bouquine, Céleste… se déroule dans une version futuriste de notre monde, et pourtant effroyablement crédible. Les immeubles ont plus de 300 étages et porte des noms bizarres – !mmencity, !ntencity, !ndustry -, on range les voitures à la verticale dans de monstrueux parkings verticaux, la publicité est omniprésente et la pollution englobe tout.
Le narrateur de l’histoire n’est pas à sa place dans un tel environnement. C’est un garçon rêveur, qui dessine des cartes du monde et joue du piano, seul dans l’appartement gigantesque et sans âme, déserté par sa mère débordée de travail. Son seul ami est Briss, fils du laveur de carreaux des tours de verre, qui vient chaque soir vider le frigo que la mère du héros fait remplir à distance chaque lundi.
Mais tout change le jour où Céleste arrive au collège. Elle n’y reste pourtant qu’une matinée, ne dit pas un mot, mais c’est suffisant pour tomber amoureux – et pour partir à sa recherche coûte que coûte dans la ville immense…

Dans ces brèves 92 pages, il y a, certes, une histoire d’amour qui ne tient à rien, ce qui la rend d’autant plus juste et touchante. Mais il y a aussi et surtout un propos simple et subtil sur l’écologie, sur l’avenir de notre planète, sur la manière dont nous la pervertissons et dont nous nous avilissons par la même occasion.

Avec un beau mélange de mélancolie, d’humour léger, d’aventure et de fausse naïveté, Timothée de Fombelle signe une fable utopiste et engagée qui évoque Tistou les pouces verts et ses espoirs pacifistes.
Pour réfléchir et rêver, un petit livre facile et utile à partir de 10 ans.

Céleste, ma planète, de Timothée de Fombelle
Éditions Gallimard-Jeunesse, 2009
ISBN 978-2-07-062324-2
92 p., 4€

Signé Bookfalo Kill

Pour avoir prononcé par mégarde le mot "Ailleurs" en classe, Lunerr est fouetté jusqu’au sang puis devient un paria, tout comme sa mère, employée de maison, que tous ses patrons renvoient pour souligner l’infamie commise par son fils. A Keraël, les drouiz, gardiens du culte, enseignent qu’il n’y a rien en-dehors de leur ville, rien au-delà du désert qui l’entoure, île civilisée perdue au milieu d’une immensité de sable et de pierre. Ne faire que serait-ce que penser à ce qu’il pourrait y avoir ailleurs va donc à l’encontre des lois fondamentales de la cité.
Le crime involontaire de Lunerr intéresse pourtant Ken Werzh. Le plus vieux notable de Keraël, qui vit quasi reclus dans sa luxueuse maison toute en bois, est un érudit que l’on respecte autant qu’on le craint, à la fois pour son apparence effrayante de vieillard décharné aux yeux morts, pour son caractère ombrageux et ses idées étranges. Il embauche la mère de Lunerr pour assurer son ménage, et propose au jeune garçon de devenir son secrétaire particulier. De quoi changer la vie de Lunerr – mais en bien ou en mal ?…

Difficile de ne pas penser au Passeur de Lois Lowry quand on lit ce roman. Même lieu isolé et comme coupé du monde, même communauté fermée sur elle-même, intrigue similaire : un jeune garçon rencontre un vieux sage en marge de la société, qui lui offre la possibilité de découvrir l’envers du décor, les vérités que les autorités souhaitent garder secrètes parce qu’elles dérangent le monde tel qu’elles l’ont conçu… La mécanique est connue et efficace.

Cependant, la comparaison s’arrête là, d’abord parce que Lunerr n’a pas la puissance et la grâce unique du Passeur. Ensuite car le monde imaginé par le romancier français est tout sauf utopique. Les différences sociales sont flagrantes et a vie à Keraël est particulièrement dure, presque archaïque, dénuée de progrès technologiques. La récolte de l’eau, denrée rare, se fait ainsi à l’aide de grands filets tendus dans le désert pour capturer le brouillard et en extraire l’humidité. (Une technique inspirée de faits réels par ailleurs.)

Le grand intérêt de Lunerr est d’aborder des sujets essentiels de la vie des hommes avec clairvoyance, voire avec audace. La question de la religion est ainsi centrale, et Faragorn n’hésite pas à remettre en question l’utilité des rites lorsque ceux-ci, à force d’être répétés de manière automatique et sans âme, finissent par être dénués de sens… Une réflexion qui trouve un écho dans bien des pratiques religieuses aujourd’hui, quelque que soit l’objet de la foi d’ailleurs.
Frédéric Faragorn parle aussi de transmission, d’héritage, d’éducation, et surtout de liberté de penser – autant de sujets fondamentaux, et susceptibles de faire écho aux interrogations de ses jeunes lecteurs.

Enfin, le roman ne serait pas réussi sans de bons personnages, et à ce titre, Lunerr est excellent, du jeune héros à son pitwak, animal de compagnie parlant drôle et touchant, en passant par son vieux maître, énigmatique et inquiétant, sa mère, ses amis, les drouiz… Une galerie riche et bien en place dans un décor imaginaire d’une grande force visuelle.

Un roman qui assume son équilibre précaire entre noirceur et espoir, et dont la chute, très ouverte, laisse espérer une suite… A partir de douze ans.

Lunerr, de Frédéric Faragorn
Éditions École des Loisirs, collection Médium, 2012
ISBN  978-2-211-20962-5
189 p., 14,20€

Signé Bookfalo Kill

Lorsque son père lui demande ce qu’il veut pour ses dix-huit ans, Alan répond spontanément : "ma mère". Sa mère, cette femme qu’il n’a jamais connu, dont il ne sait rien, secret le mieux gardé de son père Mathias. Par amour pour son fils, celui-ci accepte de lui laisser la chance de lever lui-même le voile sur ce secret et lui offre un billet pour Londres, où vit Ellen.
Ne sachant rien d’elle, Alan ne s’attendait à rien de précis au sujet de sa mère. Mais il n’imaginait sûrement pas qu’avec elle, il se retrouverait traqué par une armée de tueurs furieux au fin fond de la Bulgarie, tout ça parce qu’elle exerçait un métier mystérieux, fait de poursuites, de violence et de sombres complots…

Très bon auteur de polars psychologiques pour adultes, Mikaël Ollivier excelle aussi dans les romans pour la jeunesse. Le voici qui associe ses deux casquettes dans un thriller intimiste pour ados tout simplement formidable, sans doute l’une de ses plus belles oeuvres.
Plus jamais sans elle est un "page-turner" d’une efficacité redoutable : chapitres courts, action échevelée, suspense sans cesse renouvelée, rebondissements bien trouvés, seconds rôles bien campés, méchants redoutables, héros pleins de ressources sans tomber dans la caricature de James Bond… Jamais Ollivier n’a été aussi implacable dans ce registre.
 L’alternance de narrateur à chaque chapitre – un coup Alan, un coup Ellen – y est aussi pour beaucoup, nous faisant vivre les mêmes actions de deux points de vue différents, parfois opposés mais toujours complémentaires.

C’est aussi grâce à cette alternance que Mikaël Ollivier développe au plus juste la psychologie de ses personnages principaux, et parvient à assurer l’équilibre entre action et profondeur qui distingue les bons thrillers des moyens aussitôt lus aussitôt oubliés. Sans cela, cette histoire de retrouvailles entre un fils et sa mère aurait sans doute été banale. Là, chaque moment partagé, que ce soit dans la tendresse (souvent réfrénée, toujours pudique) ou dans la violence, dégage une intensité phénoménale.
En eux-mêmes, les personnages sont de toute façon remarquables, tout en restant crédibles malgré le caractère hors normes de l’histoire qui les lie : Ellen, femme libre, accro à l’adrénaline, incapable de vivre autrement que dans la tension et le mouvement ; Alan, adolescent curieux, intelligent, doté d’une grande capacité d’adaptation et d’apprentissage ; et Mathias, père étonnant, plein de ressources et d’inattendus.On y croit, on les aime, on tremble pour eux, comme s’ils étaient nos proches.

Plus jamais sans elle est donc une réussite totale, un roman captivant dès les premières lignes, impossible à lâcher jusqu’aux dernières, tout en étant émouvant et d’une grande justesse. Hautement addictif à partir de 12 ans.

Plus jamais sans elle, de Mikaël Ollivier
Éditions Seuil Jeunesse, 2012
ISBN  978-2-02-107638-7
300 p., 17€

Signé Bookfalo Kill

Victoria rêve. D’aventures inouïes, de dangers immenses, de courses folles autour du monde. D’ours et de lions, de cowboys et d’Indiens, de voyages dans l’espace ou de poser son hydravion sur un lac couvert de brume. De tous ces paysages et tous ces héros qui hantent les livres qu’elle dévore. Victoria rêve – et c’est tout ce qu’elle peut faire, car quand on est une collégienne solitaire et qu’on vit à Chaise-sur-le-Pont, "la ville la plus calme du monde occidental", avec sa grande soeur horripilante et ses parents désespérément sérieux, on n’a pas tellement le choix.
Mais quand ses livres commencent à disparaître des étagères de sa chambre, que son voisin le petit Jo lui parle de trois mystérieux Cheyennes, et qu’elle surprend son père déguisé en cowboy, Victoria se dit que, peut-être, l’aventure entre enfin dans sa vie…

Timothée de Fombelle est un garçon exaspérant. Avoir autant de talent, à la fin, c’est juste horripilant – et oui, bon, d’accord, je l’admire énormément. Après le mythique Tobie Lolness et le superbe Vango, époustouflant roman d’aventures pour ados, le voici qui revient avec ce petit roman tout simple mais tout aussi merveilleux.

Mystérieux, drôle, tendre et émouvant, Victoria rêve célèbre le pouvoir de l’imaginaire, en tous lieux et toutes circonstances. Fombelle en fait la démonstration en quelques mots, en quelques phrases, dont le souffle nous emporte loin des décors ternes de Chaise-sur-le-Pont. Il invente de l’énigme là où il n’y en a pas et glisse un peu d’amour là où il doit y en avoir.
Ce joli petit roman célèbre aussi, bien sûr, la force et la magie de la littérature, capable plus que tout autre de nous embarquer dans des voyages extraordinaires. Un hommage que les très belles illustrations de François Place accompagnent à merveille.

Facile d’accès et hautement recommandable, Victoria rêve emportera les jeunes lecteurs à partir de dix ans.

Victoria rêve, de Timothée de Fombelle
Éditions Gallimard-Jeunesse, 2012
ISBN 978-2-07-064986-0
105 p., 13,50€

Signé Bookfalo Kill

A seize ans, Valentine rêverait d’être une jeune fille comme les autres. Elle a tout pour, sauf qu’elle souffre d’épilepsie, une maladie envahissante qui perturbe son quotidien et l’a petit à petit isolée des autres. Sur les conseils de son médecin, elle redouble sa troisième dans un lycée-pensionnat expérimental situé à proximité de Grenoble. Dirigé par John Hughling, un scientifique réputé, l’établissement n’accueille que des jeunes souffrant des mêmes troubles neurologiques que Valentine, et la jeune fille intègre en effet un environnement rassurant, dans lequel elle pense enfin pouvoir s’épanouir.
Elle découvre également qu’elle n’est pas la seule à être obsédée par un mystérieux labyrinthe qui envahit son esprit à chacune de ses crises, que le garçon qu’elle y croise régulièrement est lui aussi élève du lycée – et que tout ceci pourrait avoir un sens…

Marin Ledun étant un auteur intelligent, il ne sacrifie rien de ses ambitions ni de son style lorsqu’il aborde la littérature jeunesse. Il l’avait déjà démontré avec le superbe Luz, et le voici qui récidive dans un registre différent, celui du thriller mâtiné de S.F.
Pour le style, on retrouve son phrasé impétueux, porté par une narration au présent gonflée d’urgence qui emballe souvent le rythme du récit jusqu’aux limites de la tachycardie. Une spécialité de l’auteur, dont l’écriture à l’énergie, inhabituelle dans les romans pour ados, ne manquera pas d’interpeller et d’embarquer les jeunes lecteurs.

Pour ce qui est de l’histoire, Marin nous attrape dès les premières lignes, grâce à un prologue nous projetant sans respirer dans les méandres imaginaires d’une crise de Valentine. A partir de là, comme souvent chez lui, impossible de quitter le navire jusqu’à la fin, surtout que le romancier développe au fil des pages un univers en perpétuel expansion qui le rend riche d’infinies possibilités.
D’ailleurs, même si la notion d’interception a un sens propre dans le roman, comment ne pas rapprocher le titre de ce dernier de celui, si proche, du fabuleux film de Christopher Nolan, Inception ? Marin Ledun joue lui aussi de l’idée d’un labyrinthe mental que quelques surdoués peuvent manipuler à leur guise, même si son propos est ensuite très différent, et plus proche de ses obsessions thématiques (dont les dérives sécuritaires liées aux nouvelles technologies). Chez lui, il ne s’agit pas d’utiliser les rêves à des fins plus ou moins honnêtes, mais d’assurer l’équilibre du monde, ni plus ni moins.

J’ai parfois reproché aux auteurs de de chez Rageot Thriller (en tout cas, ceux que j’ai lus) de ne pas s’embarrasser de crédibilité. Avec l’histoire sans doute la plus improbable de la collection à ce jour, Marin Ledun parvient à rendre plausible un univers proprement science-fictionnel, par son souci constant de réalisme dans toutes les situations, surtout les plus hypothétiques. Comme quoi c’est possible !
Et en plus, comme il n’a pas pu se contenter de 250 pages pour raconter tout ce qu’il voulait, Interception aura une suite – la fin ouverte l’appelle sans équivoque. Bonne nouvelle ? Mais oui !

Encore deux choses pour finir : j’aime beaucoup la couverture, sobre, efficace et qui illustre bien la psychologie en plein flou de l’héroïne.
Et j’aime aussi beaucoup le petit prix du roman. Moins de 10 euros pour un livre de taille respectable, c’est un bel effort, à souligner car il n’est pas si courant, surtout en jeunesse.

A partir de 12-13 ans.

Interception, de Marin Ledun
Éditions Rageot, collection Thriller, 2012
ISBN 978-2-7002-3620-0
250 p., 9,90€

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