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Archives de Catégorie: Histoire

paysages-metropole-mortOtto Dov Kulka est un rescapé des camps de concentration. Pendant des années, il s’est enregistré sur des cassettes audio. Il racontait ainsi ses souvenirs. Quelques photos sont présentes dans le livre et participe du témoignage de l’horreur qu’à subi Kulka enfant. Dit comme ça, ça semble intéressant, accessible à tous. Détrompez-vous.

La première partie de l’ouvrage est intéressante, il y évoque ses souvenirs, son voyage vers Auschwitz, des années après son passage dans les camps de la mort. Il évoque les personnes qu’il y a rencontrées, les faisant en quelque sorte revivre l’espace de quelques lignes, entrecoupe ses souvenirs de dessins d’enfants qui ne sont jamais revenus des camps. Il parle de sa mère, de son père, de la survie quotidienne. Et puis, à partir de la page 137… il part dans des récits de rêves, des extraits de journaux, des réflexions assez tordues et il faut être bien concentré pour comprendre. J’ai vraiment décroché avec cette deuxième partie qui se veut historico-philosophico-réaliste et qui m’a assommée.

Dommage!

Paysages de la Métropole de la Mort d’Otto Dov Kulka
Editions Albin Michel, 2013
9782226245205
201 p., 16€50

Un article de Clarice Darling.

bayardEt nous revoilà face au nouvel opus de Bayard, un bon auteur aux fortes accroches, qui brille toujours par le choix de ses titres. Après Comment parler des livres que l’on n’a pas lus, Saintes Ecritures pour tout libraire, après Comment parler des lieux où l’on n’a pas été, après Qui a tué Roger Ayckroyd?, après moults autres titres, voici Aurais-je été résistant ou bourreau? Le titre qui accroche inévitablement le regard, j’en ai fait l’expérience dans le métro parisien les jours passés.

Pierre Bayard fait un commentaire de textes à partir de documents concernant les conflits rwandais ou bosniaque, la répression des Khmers rouges et bien sûr la Seconde Guerre mondiale. En s’appuyant sur des livres ou des documentaires, il a reconstitué ce qu’aurait pu être sa vie s’il était né comme son père en 1922, en tenant compte de sa famille, de ses études et de sa personnalité.

En découle un intéressant essai, à cheval entre philosophie, sociologie, histoire et psychanalyse. Bayard prend appui sur les récits de Justes parmi les nations, ou au contraire de personnes reconnues comme ayant été des bourreaux. Comment en sont-ils arrivés là? Comment peut-on tuer des gens par centaines, par milliers? Quel est l’élément déclencheur qui fait qu’on passe d’une personne lambda à un monstre ou un héros. Sans jamais porter de jugement, Pierre Bayard dissèque les récits de vie, recoupe les expériences menées par Milgram (passionnant!), et voit, au travers du prisme de son père, qui il aurait être pendant la Seconde Guerre mondiale. Héros? Résistant? Juste? Soldat? Tueur?

Au fond, ce n’est pas ce qui nous intéresse dans ce livre. C’est plutôt l’incroyable façon qu’a l’auteur de découper l’âme humaine et de se questionner sur la capacité d’obéissance, la rébellion, la peur de la mort et le désir de survivre.

Aurais-je été résistant ou bourreau? de Pierre Bayard
Editions de Minuit 2013
9782707322777
176p., 15€

Un article de Clarice Darling.

Halte! C’est bientôt Noël et vous n’avez pas de cadeau? Vous ne savez pas quoi offrir à votre grand-mère/oncle/belle-soeur ou même pour vous? Les Cocottes est LE livre qu’il vous faut!

cocottesCatherine Guigon livre ici un ouvrage magnifiquement illustré, aux textes agréables et à la mise en page élégante, tout comme son sujet, les Cocottes de Paris. Mata-Hari pour la plus célèbre, mais également Liane de Pougy, Cléo de Mérode, Emilienne d’Alençon et autres jeunes filles réputées pour leur beauté autant que pour leurs qualités artistiques et leur gouaille inimitable. Sans parler de leur réputation de croqueuses d’hommes, voire de diamants!

Toutes ces femmes connaîtront une ascension fulgurante au détour du XXe siècle, avant de tomber  en désuétude au sortir de la Première Guerre Mondiale. Qui étaient-elles? Que sont-elles devenues? Quelles ont été leurs vies, si riches dans cette Belle Epoque puis plus rien, après 1914?

Témoins d’une époque révolue, ces Cocottes resplendissantes offrent dans ce livre une fois encore, l’éclat de leur jeunesse et la beauté de leur trait. Un ravissement!

Les Cocottes, reines du Paris 1900 de Catherine Guigon
Editions Parigramme, 2012
9782840967279
190p., 45€

Un article de Clarice Darling.

A première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’un roman, si ce n’est le sous-titre de l’ouvrage qui nous ramène illico à la réalité : A la recherche de la musique des camps. Thomas Saintourens, journaliste, a suivi pendant huit mois Francesco Lotoro, pianiste italien qui poursuit depuis une vingtaine d’années, une quête, celle de redécouvrir et faire revivre les musiques des camps. Camps de concentration en Europe, camps de prisonniers militaires en Asie… Le Maestro a récolté plus de 4000 partitions et avec un orchestre qu’il a fondé, il enregistre et promeut la musique des camps dans tous les pays du monde. Grâce à lui, on découvre des artistes comme Rudolf Karel, qui a rédigé un opéra sur des feuilles de papier hygiénique à l’aide d’un bâtonnet de bois frotté à du charbon, ou encore Jozef Kropinski, qui après cinq ans de détention n’a jamais pu réécrire, comme si toute sa créativité était sortie d’un coup, pour survivre à Büchenwald. 

maestroVoici un très court entretien du journaliste expliquant la genèse de son ouvrage dans l’émission Un livre, un jour, sur France 3. 

 

Les plus musiciens d’entre nous connaissent l’opéra Brundibar, personne ou presque n’a entendu parler de Frida Misul, Harry Berry, Emile Goué ou encore Alexander Kulisiewicz. Thomas Saintourens, en collaboration avec Francesco Lotoro, a retracé huit mois de recherches, de voyages, d’enregistrement des musiques des camps par une poignée d’hommes hors du commun. Francesco bien sûr, mais aussi sa compagne, Grazia, ses amis, Angelo et Paolo, et toutes les personnes membres de l’Orchestre de Musique Concentrationnaire, créé par Lotoro. 

Cet ouvrage fait revivre ceux qui n’existent plus que par leur musique et quel plus bel hommage leur rendre que d’enregistrer et jouer leurs oeuvres? 

 

Le Maestro, A la recherche de la musique des camps
de Thomas Saintourens
Editions Stock, 2012
9782234071759
305p., 19€50

Un article de Clarice Darling

 

 

 

Ex-prof d’histoire-géo ratée, j’avais été contrainte et forcée sous la torture par mes professeurs de feu l’IUFM de lire Voyage au pays du coton, du même auteur. J’avais adoré cet ouvrage. Plus de six ans après les faits, je m’en souviens encore, ce qui est pour moi assez rare. L’ouvrage était comme son sujet : léger tout en étant robuste, avec un je-ne-sais-quoi d’aérien dans l’écriture.

Ma vocation de géographe ayant été perturbée, je n’ai pas vu passer sous mes yeux L’Avenir de l’eau, paru en 2008, le tome 2 de ces Petits précis de mondialisation, comme il est indiqué sur la couverture. Voici donc qu’est sorti l’opus n°3 fin février.

Le sujet est complexe. Mais les écrits d’Erik Orsenna sont extrêmement intéressants. On sent sa méticulosité et son amour du travail bien fait, sur un sujet qui lui tient à coeur, le papier.

Cependant, je me suis parfois perdue dans les méandres de ma lecture. Un paragraphe, il est dans tel pays, quinze lignes plus loin, il est dans un autre… J’avoue avoir eu du mal à suivre notre énergique Académicien dans les recoins de la planète. Ma question fut, au détour des pages : pourquoi est-il là? Qui lui a dit qu’il y avait une papeterie ici? Mon esprit terre à terre sans doute. Le syndrome de la portière ouverte au cinéma, sûrement (mais si, vous avez toujours quelqu’un autour de vous qui remarque les petits détails au cinéma : l’inspecteur de police qui court après un méchant, alors qu’il a laissé les clés sur sa voiture, etc…)

Par contre, le gros point positif de cet ouvrage, outre le fait que vous connaîtrez tout de la déforestation en Indonésie et que vous pourrez parler du papier d’Echizen avec Monsieur Sennelier, LE magasin où les artistes du monde entier achètent leurs papiers à dessin, c’est qu’Erik Orsenna ne s’est pas attardé uniquement sur le papier au sens premier du terme, une simple feuille, un livre, un support pour écrire. Non. Il a cherché le papier dans tous les sens du terme. Y compris le papier hygiénique.

En résumé, Sur la route du papier est un documentaire passionnant, tout en constituant en quelque sorte les mémoires d’Orsenna. Un tome parfois un peu indigeste, mais mené à bon port avec maestria par l’auteur. Un bel ouvrage qui conclut fort bien une trilogie. Tout comme Le retour du Jedi était la fin parfaite pour la Guerre des étoiles.

Sur la route du papier d’Erik Orsenna
Editions Stock, 2012
9782234063358
310p., 21€50

Un article de Clarice Darling.

Les hémorroïdes de Napoléon de Phil Mason

Forcément, ce qui m’a plu, c’est le titre. Oui, on oublie que Napoléon avait eu des hémorroïdes et qu’Hitler avait sûrement eu la diarrhée. Non, on ne savait pas que Picasso avait été déclaré mort-né par la sage-femme et sauvé in-extremis par son oncle, et qu’il restait mois d’une minute de carburant à Neil Armstrong avant de poser Apollo 11. 

Les hémorroïdes de Napoléon est un ouvrage très divertissant, drôle, concis, précis. Idéal pour tout amateur d’histoire qui en a marre de lire plus ou moins les mêmes choses. Par contre, pour les historiens purs et durs (les historiens "chiants" dont j’ai l’audace de m’auto-désigner dans cette catégorie), il est probablement sûr qu’ils voudront vérifier les sources. Et de sources, il n’en est point. Certes, c’est un poche. Peut-être sont-elles dans la publication grand format?

Les hémorroïdes de Napoléon de Phil Mason
Editions de l’Opportun, 2012
9782360750900
275p., 6€90

Les morts mystérieuses de l’Histoire d’Augustin Cabanès

Dans le même registre, beaucoup plus détaillé, vous trouverez Les morts mystérieuses de l’Histoire, de Charlemagne à Louis XIII (volume 1) du Docteur Cabanès.

Ce médecin, féru d’histoire, avait publié entre 1901 et 1911 les deux volumes des Morts mystérieuses de l’Histoire. Augustin Cabanès est reconnu dans deux domaines, la médecine, qu’il a pratiqué et l’histoire. Il fut un des pionniers de l’histoire de la médecine et ses écrits alliant ses deux passions furent les best-sellers de l’époque. Drôles, très documentées, ces anecdotes fourmillent de détails croustillants écrits de façon réjouissante et laissent un sourire sur les lèvres du lecteur. Réédité plus de cent ans après, Les morts mystérieuses de l’Histoire est un ouvrage à mettre entre toutes les mains. Une question reste en suspens… comment est mort le Docteur Cabanès?

Les morts mystérieuses de l’Histoire d’Augustin Cabanès
Edition de l’Opportun, 2012
9782360750849
 334p., 6€90

Un article de Clarice Darling.

Vous saviez, vous, que le frère de notre bon commandant Cousteau était un collabo de la première heure? Vous saviez que Dina Vierny, la muse de Maillol, faisait passer en douce des clandestins depuis la gare de Banyuls? Vous saviez que Gerhard Heller, officier nazi, avait cependant joué un grand rôle dans la vie culturelle française et avait sauvé la vie de Jean Paulhan? Connaissez-vous seulement l’existence de Rose Valland et toutes les oeuvres d’art qu’elle a sauvées?

Si oui, vous pouvez quand même apprendre des foules de choses sur cette période sombre de l’Histoire qu’est la vie culturelle sous l’Occupation. Si non, vous apprendrez des foules de choses sur cette période sombre de l’Histoire qu’est l’Occupation.

Alan Riding, correspondant du New York Times, a travaillé pendant plus de dix ans sur cet ouvrage et nous livre un documentaire extrêmement méticuleux, bien fourni, et surtout, bien écrit qui vous replongera au coeur des années noires. Formidablement documenté, cet essai retrace l’évolution des artistes pendant toute la période de l’Occupation. Personne n’est oublié. Les chanteurs populaires ou les grandes voix de l’Opéra, les poètes, les philosophes, les écrivains, les journalistes, les peintres, les sculpteurs, les photographes, les danseurs, les comédiens et metteur en scène, les producteurs de cinéma… Tout le monde y passe. Sous forme chronologique, Alan Riding nous livre un panorama complet de la vie culturelle, avec l’aide de Danielle Darrieux, Stéphane Hessel, Micheline Presle, Françoise Gilot, Pierre Boulez et bien d’autres. 

Le point fort de Riding, c’est de ne pas prendre parti. Il parle aussi bien des artistes français que des officiers allemands importants qui ont contribué ou non à la culture française : l’ambassadeur Otto Abetz, Gerhard Heller, etc. Il parle des amitiés malgré les divergences politiques ( Marcel Jouhandeau et Jean Paulhan, Jean Cocteau et Arno Breker), il a pioché dans tous les journaux intimes disponibles (Ernst Jünger, Galtier-Boissière, Jean Guéhenno…), il a reconstitué pour chaque personne sa chronologie pendant ses 5 années de guerre. 

Si vous ne devez retenir qu’un ouvrage sur la vie culturelle pendant l’Occupation, Et la fête continue est celui-là. Fourni, bien écrit, remarquable. Vraiment. 

 Et la fête continue d’Alan Riding
Editions Plon, 2012
ISBN 978 2 259 214810
411p., 23€90

Un article de Clarice Darling.

S’il y a bien une personne qui a joué un rôle important dans l’histoire mondiale et dont on ne connaît presque rien, c’est elle. Eva Braun. Compagne pendant quinze ans de l’un des pires criminels qui soit. Maîtresse à la vie comme à la mort.

Heike Görtemaker se lance à sa recherche à travers des ouvrages, des lettres, des photographies et cherche à nous présenter la femme du Führer. Et l’entreprise est réussie. On s’embrouille parfois, il est vrai, avec les nombreuses notes de bas de pages (situées à la fin du livre) mais ce travail titanesque nous dépeint le portrait d’une femme jusqu’au-boutiste, prête à tout pour l’amour de son amant et plutôt très au fait des exactions commises par le régime nazi. Eva Braun, au début jeune fille timide et craintive, se transforme peu à peu en une femme au caractère bien trempé, réussissant à amadouer Hitler selon son bon vouloir. 

Cependant, comme il y a peu de documents sur la première dame cachée de l’Allemagne, le livre semble parfois tourner en rond. Sur 292 pages, environ un tiers est réellement consacré à Eva Braun. Le reste explique le contexte social, politique, culturel. L’ouvrage présente également les nombreux collaborateurs d’Hitler et dépeint le petit monde du national-socialisme, ses réceptions, ses soldats, son évolution au sein d’une Allemagne exsangue, qui peine à se relever de la crise de 1929. 

Ce livre, complexe et dense, est plus qu’une biographie d’Eva Braun, c’est une radiographie de l’époque. Une thèse très réussie qui fera longtemps référence. 

Eva Braun de Heike B. Görtemaker
éditions Seuil, 2011
9782021031454
410 pages, 22€

Un article de Clarice Darling

 

 Si vous n’aimez pas les romans, si vous voulez tout de même avoir l’air intellectuel sur les bords de piscine/mer/lac (rayer la mention inutile) , si vous croyez encore que le 14 Juillet célèbre la  prise  de la Bastille, ce livre est fait pour vous.

Voilà un bon bouquin qui fait passer agréablement le temps et vous apprend un maximum de choses. Sous forme de questions-réponses, les très-documentés chroniqueurs d’Historia réussissent le pari de réaliser un livre divertissant, intelligent et ludique.

Vous pouvez passer d’un chapitre à l’autre (chaque chapitre faisant 2 pages), vous promener au fil de l’Histoire et apprendre encore et toujours. Cependant, je le rappelle, ce livre est un ouvrage de vulgarisation. Donc titulaires d’une licence et plus, abstenez-vous. Vous savez déjà les 3/4 du livre. Pour les novices et les amateurs, c’est un très bon moyen de réviser, d’apprendre et peut-être même, de préparer son bac dès cet été pour les futurs bacheliers!

150 idées reçues sur l’Histoire par la rédaction d’Historia
Pocket (First éditions) 6€60
9782266210515  445 pages.

Un article de Clarice Darling

294- D’où vient le nom de la rue Coquillère?
350- Combien y avait-il d’automobiles en 1903 à Paris?
394- Où mourut le 3 Octobre 1892, J.-A.Villemin, qui découvrit l’inoculabilité de la tuberculose?
(et 452 autres questions du même genre)

Que celui ou celle qui se sent capable de répondre à ces 456 questions sans tricher sur Internet lève le doigt!

Forcément, PERSONNE (à part peut-être Raymond lui-même) ne peut le faire. Et pour cause! Si certaines sont relativement faciles pour tout parisien amoureux de sa ville, la majorité des questions sont hard-core. Et c’est tant mieux! Ras-le-bol des petits guides gentillets pour découvrir la capitale!

Extraites du jeu "Connaissez-vous Paris?" proposé par Raymond Queneau dans le journal l’Intransigeant, entre 1936 et 1938, ces questions vous font découvrir un Paris que vous ne soupçonniez même pas!

Petit bémol cependant, Gallimard s’est contenté de copier les réponses telles quelles. On aurait aimé avoir un petit complément d’informations ou un plan des rues de Paris intégré, pour nous éviter de chercher sur nos smartphones ou Interne. Cependant, le meilleur moyen de connaître une ville, n’est-ce pas de s’y perdre, sur papier ou en vrai?

Le Paris que vous aimâtes n’est pas celui que nous aimons
et nous nous dirigeons sans hâte vers celui que nous oublierons (…)
(…) Et sans un plan sous les yeux on ne comprendra plus
car tout ceci n’est que jeu et l’oubli d’un temps perdu.

Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau
Ed. Gallimard (Folio)
ISBN 9782070442553
179 p. 4€60

Un article de Clarice Darling

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