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Signé Bookfalo Kill

Jacob, un jeune Juif de Constantine, est enrôlé en juin 1944 pour libérer la France. De sa guerre, les siens ignorent tout. Ces gens très modestes, pauvres et frustes, attendent avec impatience le retour de celui qui est leur fierté, un valeureux. Ils ignorent aussi que l’accélération de l’Histoire ne va pas tarder à entraîner leur propre déracinement…

Exceptionnellement, j’ai conservé le résumé proposé par l’éditeur plutôt que d’essayer d’en tricoter un moi-même. Cette quatrième de couverture a en effet le mérite de donner le ton de l’histoire sans trop en révéler sur le destin des personnages, et c’est très bien ainsi.

Zenatti - Jacob, JacobQue pourrait-on dire de plus sans gâcher la découverte du roman ? Jacob, Jacob est inspiré de l’histoire familiale de Valérie Zenatti, et la photo qui orne la couverture, évoquée d’ailleurs dans le livre, présente le portrait du Jacob en question, qui n’est autre que le grand-père de la romancière. Sans être autobiographique ni nombrilocentré, c’est donc un roman très personnel – et je dis bien un roman, car si elle a enquêté pour reconstituer le parcours du jeune homme, de ses parents et de ses proches, Valérie Zenatti a fait véritablement œuvre d’invention pour imaginer ce que furent leurs vies, leurs rapports, leurs aspirations, et pour se mettre dans leur peau et dans leur tête.

Plusieurs points de vue s’entremêlent dans ce livre. Il y a celui porté sur Jacob au cours de son engagement militaire : l’entraînement sommaire en Algérie, puis le débarquement en Provence, et ensuite la remontée à travers la France pour rallier l’Allemagne et se joindre aux forces alliées qui convergent vers Berlin. C’est ici le roman de guerre, dont les batailles, la fureur aveugle, les amitiés indispensables pour résister à l’horreur, les chagrins incompréhensibles sont tirés à grands traits par les longues phrases rythmiques de Valérie Zenatti. La romancière ne verse jamais dans le spectaculaire facile, elle est au plus près de son héros, à la manière d’un Spielberg filmant batailles et rapports humains dans Il faut sauver le soldat Ryan.

Puis il y a le récit familial, de ceux restés en Algérie. Là, outre la description prégnante de Constantine (et notamment de ses ponts), ce sont surtout les superbes portraits de femmes qui frappent. Rachel la mère de Jacob qui attend plein d’espoir le retour de son dernier fils, le plus fin, le plus gai, celui à qui tous les espoirs sont permis d’une vie meilleure que celle, laborieuse, de son père ou de son frère aîné Abraham, tous deux cordonniers. Et Madeleine, l’épouse d’Abraham, belle-soeur de Jacob, réduite à son rôle de mère à qui aucune faiblesse n’est permise, au service des hommes alors qu’elle voudrait rêver, aimer plus ouvertement, être libre et non prisonnière de mentalités étriquées.
Loin d’être réduits à des clichés, les hommes sont aussi joliment campés, quelle que soit leur génération, dessinant la ligne d’une famille que l’Histoire va ébranler, redessiner, pour amener à la femme et à l’écrivain qu’est aujourd’hui Valérie Zenatti. Une enquête romanesque d’une impressionnante force littéraire, pudique et exemplaire, qui donne l’un des beaux livres de cette rentrée.

Jacob, Jacob, de Valérie Zenatti
  Éditions de l’Olivier, 2014
ISBN 978-2-8236-0165-7
166 p., 16€

peine perdueJ’attendais le nouveau roman d’Olivier Adam avec joie, car son dernier ouvrage, Les lisières, m’avait enthousiasmé, tant sur le fond que sur la forme, écrit à la sauce autobiographique. C’est difficile de refermer un livre dans lequel on aimerait entrer, pour consoler le narrateur et l’aider du mieux qu’on le peut. Les lisières était un de ceux-là.

Sur la côte méditerranéenne, une petite ville vivote dans cet hiver froid où les touristes ont laissé place à la torpeur hivernale. Mais une tempête d’une violence inouïe et inconnue jusque là dévaste tout sur son passage. Plusieurs personnes disparaissent, emportées par la vague gigantesque. Le jour même où Antoine, jeune homme marginal au passé trouble, est abandonné entre la vie et la mort devant l’hôpital. Et si les disparitions de ces personnes n’avaient rien à voir avec la tempête marine?

Le style littéraire de l’auteur est bien là. Des phrases courtes, incisives, bien construites. Des phrases qui claquent et résonnent pour mieux servir un roman sombre. L’auteur s’est fait une spécialité des petites villes de campagne, qui survivent entre marasme économique et néant culturel et social.

Mais cette fois, Olivier Adam ne s’attache pas à un personnage. Il en décrit vingt-deux. Vingt-deux pièces d’un puzzle qui s’assemblent chapitre par chapitre pour comprendre ce qui est arrivé. Pourquoi on en est là. Vingt-deux vies, cabossées, abîmées, avec des douleurs et des secrets, que l’auteur nous dévoile peu à peu.

Olivier Adam nous fait du Olivier Adam, à savoir un roman noir, presque un polar, une description quasi-chirurgicale de notre société malade et des personnages attachants. On ne ressort pas indemne de ce genre de lecture tant il nous renvoie à notre histoire, mais c’est un très beau roman choral sur les maux de notre vie.

Peine perdue d’Olivier Adam
Éditions Flammarion, 2014
9782081314214
414 p., 21€50

Un article de Clarice Darling.

Signé Bookfalo Kill

Je l’annonçais en présentant sa rentrée il y a quelques semaines : Albin Michel pourrait se targuer d’avoir imposé un genre en soi dans sa production, celui de la grande fresque, du pavé populaire et de qualité, à fort potentiel commercial mais d’une sincérité littéraire irréprochable, choisissant un moment d’Histoire défini pour y camper des personnages inoubliables, avec un souci romanesque propre à enchanter une très grande variété de lecteurs. (Ouf, oui, tout ça !)
Dans ce registre, il y a eu Jean-Michel Guenassia, avec le Club des incorrigibles optimistes et la Vie rêvée d’Ernesto G., Nicolas d’Estienne d’Orves et ses Fidélités successives ; et puis, bien sûr, Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, lauréat l’année dernière d’un prix Goncourt très mérité.

Roux - Le Bonheur national brutCette année, voici donc venir François Roux et son Bonheur national brut. Le cadre historique ? La France des trente dernières années, de l’élection de François Mitterrand en 1981 à celle de François Hollande en 2012. Les personnages ? Quatre garçons, quatre amis âgés de 18 ans lorsque débute le récit, fraîchement titulaires d’un baccalauréat décroché dans la petite ville bretonne où ils ont grandi, et parvenus à l’heure des choix décisifs pour la suite de leur vie.
Il y a Rodolphe, le féru de politique, socialiste de cœur autant que pour faire enrager son père communiste ; Tanguy, promis au commerce ; Benoît, le lent rêveur, qui considère le monde à travers le viseur de son appareil-photo ; et Paul, un peu velléitaire, amoureux de cinéma, embarrassé de son homosexualité que l’époque n’incite guère à exposer, souffrant sous le joug d’un père autoritaire qui ne le voit pas faire autre chose que des études de médecine, en dépit de ses résultats scolaires médiocres, afin de reprendre un jour son cabinet.

Avec un art consommé du roman choral, François Roux expose à tour de rôle les premiers pas dans la vie d’adulte de ses héros, les suivant dans la première moitié du roman jusqu’en 1984, avant de les retrouver à partir de 2009 pour la deuxième partie. Évitant de la sorte de tomber dans le piège trop démonstratif du didactisme, par cette ellipse vertigineuse le romancier confronte directement ses personnages à leurs rêves, à leurs ambitions, à leurs réussites comme à leurs échecs.
Il y a quelque chose de très anglo-saxon dans l’efficacité évidente de cette construction, tout comme dans le style, limpide, et dans l’art d’élaborer les personnages, aussi bien les principaux (dont les femmes gravitant autour des quatre héros, très attachantes et réussies également) que les nombreux secondaires. On pense à Jonathan Coe, par exemple, grand maître britannique de la fresque humaine et critique sur les décennies récentes de son pays. Le sens de la dérision, l’ironie so british en moins chez François Roux, quoique le Bonheur national brut ne manque pas d’humour à l’occasion.

Grâce aux archétypes qu’incarnent ses héros, Roux balaie un grand nombre de sujets de société ayant marqué la France durant ces trente dernières années : dérives de la politique, omniprésence dévorante de la communication, érosion impitoyable du maillage industriel national, cruauté glaciale du management moderne, affirmation de la cause homosexuelle dans la tourmente des années sida… Autant de sujets plutôt sombres, imposés par l’époque, mais que le romancier rend attrayants, justes, passionnants, grâce à l’humanité de ses personnages auxquels ils portent une tendresse palpable, à l’intelligence et à la variété des situations romanesques.

Le résultat, vous l’aurez compris, est imparable. Ce superbe roman d’apprentissage se dévore avec plaisir, on s’y reconnaît souvent, on vibre, on s’émeut, on s’indigne, on se souvient, et on s’étonne d’en avoir déjà achevé les 680 pages. A tel point que, pour une fois, on en redemanderait presque !

Le Bonheur national brut, de François Roux
  Éditions Albin Michel, 2014
ISBN 978-2-226-25973-8
679 p., 22,90€

Signé Bookfalo Kill

Contrairement à une idée dédaigneuse trop largement répandue, quand on se donne la peine de chercher, on peut trouver une belle originalité chez certains romanciers français contemporains. (Moins nombreux que ceux dont les livres ne présentent aucun intérêt, certes, mais quand même.)
Prenez Joy Sorman. Après Comme une bête, livre étonnant dont le héros était un apprenti boucher, voici la Peau de l’ours, dont le narrateur est… un ours – oui, c’était facile, la réponse est dans le titre.

Sorman - La peau de l'oursPlus précisément, le narrateur est mi-homme mi-ours, fils d’une femme violée par un ursidé lubrique. Séparé de sa mère, devenu à l’adolescence plus bestial qu’humain d’aspect, il est vendu à un montreur d’ours, qui lui fait découvrir l’étrange plaisir du spectacle. Commence alors une longue vie d’aventure et d’errance, où il est tantôt monstre de foire, tantôt bête de cirque, tantôt captif de zoo, qui observe les humains avec le recul de sa condition particulière d’animal doué de conscience. Une existence où pèse aussi, inaccessible, la tentation de l’amour interdit pour et avec les femmes, qui tout à la fois l’aident à supporter son état et le lui rendent si douloureux…

Étonnant, vraiment. Avec son style élaboré, souvent proche du ton du conte, Joy Sorman parvient à donner à son héros-narrateur toute l’apparence de l’humanité, tout en le gardant toujours du côté de la bête, dont il a l’instinct, la docilité ou la sauvagerie suivant les situations. Proche des autres animaux qu’il lui arrive de côtoyer, s’en faisant leur porte-parole, surtout lorsqu’ils sont maltraités, il reste en même temps si semblable à nous que son regard sert de miroir implacable pour refléter la manière dont nous traitons le règne animal.

Autant dire que l’homme ne sort pas grandi de cette confrontation, et les scènes de zoo sont particulièrement cruelles, qui offrent les pages les plus fortes du roman, suscitant le malaise à coup sûr.

"Au zoo le temps s’étire morne et répétitif, c’est une rouille acide. (…) Ici nous vivons bien trop longtemps bien trop vieux, en pleine nature le pire est toujours certain et nous ne ferions pas long feu, les savanes et les brousses sont-elles peuplées de vieillards ? Ici nous vivons dégénérés plutôt que d’être éliminés." (p.134-135)

Viscérale, charnelle, sensuelle, La Peau de l’ours brille par sa singularité, la virtuosité de la plume de Joy Sorman, la densité et l’intelligence de son propos qui tient en 150 pages sans avoir besoin de davantage. Une leçon à suivre pour beaucoup d’auteurs, et pour nous, le plaisir de lire un roman vraiment original.

La Peau de l’ours, de Joy Sorman
  Éditions Gallimard, 2014
ISBN 978-2-07-014643-7
155 p., 16,50€

Signé Bookfalo Kill

Quand on s’appelle John Shylock Holmes, pas étonnant d’être irrésistiblement attiré par les mystères les plus étonnants – même si on n’a aucun lien avec le célèbre détective ! Aussi, lorsque Lady MacRae mandate l’intéressé pour retrouver l’Anankè, un diamant de très grande valeur qu’on a soutiré à son coffre-fort, et que dans le même temps, on retrouve non loin de là trois pieds chaussés de baskets de marque Anankè aux pointures différentes, il n’hésite pas une seconde à se lancer dans l’aventure, en compagnie de Grimod, son majordome noir, de son ami Martial Canterel, aussi riche qu’excentrique et opiomane au dernier degré (et par ailleurs ancien amant de Lady MacRae), et de Miss Sharrington, secrétaire de ce dernier…

…et ce résumé, sincèrement, c’est la version courte et simplifiée ! Car le nouveau roman de Jean-Marie Blas de Roblès est infiniment plus riche, plus fou, plus foisonnant, plus complexe, plus exaltant, plus drôle – bref, plus tout que ce que les quelques lignes ci-dessous laissent imaginer.

Blas de Roblès - L'Île du Point NémoImaginer, tiens, d’ailleurs, c’est le maître-mot de ce livre-trublion qui clame son amour de la littérature, et notamment de la littérature d’aventure, Jules Verne en tête (mais aussi Dumas, Conan Doyle ou Lovecraft). Savant sans ostentation, privilégiant toujours l’histoire qu’il raconte plutôt que d’avoir la vanité d’étaler ses connaissances (pourtant immenses), Blas de Roblès s’autorise toutes les excentricités et ne refuse rien à son inventivité. Pour le dire autrement, ça part dans tous les sens et c’est jubilatoire.
De longs et périlleux voyages par tous les moyens de transports possibles, trains (dont le Transsibérien), bateaux, voitures, et même un dirigeable, des personnages tous plus dingues et mystérieux les uns que les autres, des rebondissements à foison, un rythme ébouriffant, des énigmes improbables, des meurtres, des trahisons… Il y a tout cela et bien d’autres choses dans L’Île du Point Némo, animé par une érudition époustouflante et un style virevoltant, riche, plein de verve, qui prouve que, oui, OUI, il y a encore de vrais grands écrivains en France.

Je le dis d’autant plus volontiers que Jean-Marie Blas de Roblès va encore plus loin avec ce livre, dont le récit d’aventure n’est qu’une composante. Un récit dans le récit, pour être précis, avec une bonne dose de mise en abyme, car entre deux péripéties de Holmes et compagnie, l’auteur imbrique d’autres histoires qui lui répondent étonnamment, en mêlant tellement de choses étonnantes et passionnantes qu’il serait dommage de chercher à les résumer ici. Sachez seulement, par exemple, qu’il sera question d’une usine de fabrication de liseuses électroniques, ou de la tradition de lecture à haute voix dans les ateliers de fabrication de cigares à Cuba…
Le ton y varie également, passant de passages joyeusement égrillards (hello Rabelais !) à d’autres relevant du naturalisme pur et dur (coucou Zola !), dans un mélange audacieux des genres et des styles qui fonctionne à plein régime.

En relisant ce que je viens d’écrire, je constate, un peu dépité, que je suis loin de rendre justice à ce chef d’œuvre (oui, j’ose le terme !)… Que dire d’autre, ou de mieux ? C’est simple, en fait : lâchez tout ce que vous faites, foncez chez votre libraire, achetez L’Île du Point Némo et plongez-vous dedans séance tenante. Superbement écrit, génialement pensé et construit, merveilleusement excitant, d’une liberté totale, c’est de loin mon plus gros coup de cette rentrée littéraire 2014 !

L’Île du Point Némo, de Jean-Marie Blas de Roblès
  Éditions Zulma, 2014
ISBN 978-2-84304-697-1
464 p., 22,50€

Signé Bookfalo Kill

Bon, vous connaissez la chanson, je ne vais pas m’étendre sur le sujet outre mesure : qui dit rentrée littéraire dit Amélie Nothomb, et vice versa, voici donc le moment venu d’évoquer l’opus 2014 de la célèbre romancière chapeautée. Et cette année encore, c’est un bon cru, quoique pour des raisons différentes de la Nostalgie heureuse de l’année dernière.

Nothomb -PétronilleInscrit dans sa veine autobiographique à tendance drolatique, Pétronille relate l’amitié étrange (forcément) que noue la Belge la plus célèbre des lettres francophones contemporaines avec une jeune femme, Pétronille donc, Fanto de son patronyme, qui se présente à elle lors d’une séance de dédicaces. Nous sommes dans les années 90, au début de la carrière d’Amélie.
Il s’avère que cette Pétronille, d’apparence "si jeune" qu’elle ressemble à "un garçon de quinze ans", est une fine lettrée, étudiante en littérature élisabéthaine ; qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche, et qu’elle semble donc avoir toutes les qualités pour devenir la compagne de beuverie idéale d’Amélie Nothomb. Car, oui, l’objectif suprême de la romancière depuis qu’elle est arrivée en France est de trouver quelqu’un avec qui partager régulièrement sa boisson favorite : le champagne…

Si vous êtes un tant soit peu familiers avec l’œuvre de Nothomb, vous reconnaissez dans ce résumé des éléments clefs de nombre de ses livres. Une relation d’amitié complexe et possessive, qui suscite fatalement des dialogues de haute volée, de l’humour, du champagne… et de la littérature, car Pétronille Fanto devient elle aussi romancière, suscitant l’admiration de sa célèbre consœur. Entre deux aventures rocambolesques d’Amélie (dont une visite d’anthologie chez Vivienne Westwood) et des considérations diverses sur la France ou les libraires, la parution des livres de Pétronille, auxquels l’auteur d’Hygiène de l’assassin rend de vibrants hommages, rythme le récit.

Pétronille Fanto existe bel et bien, sous un autre nom évidemment, elle a fait paraître plusieurs romans qu’Amélie Nothomb s’amuse à déguiser sous des titres synonymes. C’est sans doute cette véracité qui rend ce nouveau livre si vif, si drôlement sincère, à défaut d’être original dans l’œuvre de l’auteure belge. Ah si, quand même, la fin, brusque et inattendue, vaut le détour et permet de quitter Pétronille sur une note aussi déconcertante que réjouissante.

Bref, pour les amateurs, un Nothomb de très bonne tenue, amusant et bien vu. En fait, Amélie a rendu le plus bel hommage qui soit à sa boisson favorite, elle a inventé la littérature champagne !

Pétronille, d’Amélie Nothomb
  Éditions Albin Michel, 2014
ISBN 978-2-226-25831-1
169 p., 16,50€

Impossible de louper une publication des éditions Zulma sur une table de librairie ! Avec ses magnifiques couvertures graphiques, oeuvres de David Pearson depuis 2006, cette petite maison au rythme de parution maîtrisé a révélé des auteurs de tous les pays (l’Iranienne Zoya Pirad, l’Islandaise Audur Ava Olafsdottir, l’Indien R.K. Narayan…) comme de France, parmi lesquels Marcus Malte (et son sublime Garden of Love), Hubert Haddad, Chantal Creusot ou Jean-Marie Blas de Roblès.
Et justement – attention, transition de haut vol -, le voyez-vous venir, notre méga gros coup de cœur de la rentrée littéraire 2014 ?

Blas de Roblès - L'Île du Point NémoJULES H.P. VERNOCRAFT DE RABELDOYLE : L’Île du Point Némo, de Jean-Marie Blas de Roblès (lu)
L’auteur de Là où les tigres sont chez eux, prix Médicis mérité et triomphe public en 2008, revient avec un roman d’aventures époustouflant, génialement écrit et construit, d’une érudition réjouissante qui rend hommage à une palanquée de grands écrivains populaires (Verne, Lovecraft, Conan Doyle…) – bref, tout simplement jubilatoire du début à la fin. Ne passez pas à côté de cette ode à l’imagination et à la littérature qui ne se refuse rien, c’est pour nous LE grand roman à paraître fin août !

Wood - Le Complexe d'Eden BellwetherLE MAITRE DES ILLUSIONS : Le Complexe d’Eden Bellwether, de Benjamin Wood
Gros potentiel aussi dans ce premier roman d’un auteur anglais de 33 ans, qui interroge les limites entre génie et folie. Au cœur de son livre, il y a Eden Bellwether, un brillant organiste qui accompagne son talent de conceptions étranges sur la musique. Attiré par sa virtuosité autant que par sa sœur Iris, un jeune homme, Oscar, entre dans le cercle des Bellwether et y découvre des pratiques si perturbantes qu’il fait appel à un grand spécialiste des troubles de la personnalité…

Malte - Fannie et FreddieGARDEN OF REVENGE : Fannie et Freddie, de Marcus Malte
L’auteur de l’inoubliable Garden of Love de retour chez Zulma (après un passage moyen par la Série Noire), quelle excellente nouvelle ! Il nous emmène cette fois de l’autre côté de l’Atlantique, dans l’Amérique plongée dans la crise des subprimes qui a ruiné des milliers de ménages modestes. Fille de l’un de ces couples, Fannie rallie un jour Manhattan, se glisse dans Wall Street et prépare sa vengeance… A paraître le 2 octobre, et très attendu également !

Entendons-nous bien : un "petit" éditeur est généralement qualifié de cette manière parce qu’il s’agit d’une petite structure, aux moyens économiques modestes, ce qui ne l’empêche pas d’être autrement ambitieux d’un point de vue littéraire – aussi bien par conviction que par la force des choses. Là où Gallimard peut publier vingt romans et en laisser les trois quarts sur le bord de la route, le "petit" éditeur joue à chaque parution, si ce n’est sa survie, au moins son bien-être et son avenir.
Il y a de nombreuses maisons de ce calibre qui font un excellent travail, et il nous serait impossible de toutes les citer et de présenter leur travail en cette rentrée littéraire 2014. Néanmoins, avant d’en évoquer certaines ensemble dans un prochain article, je voudrais distinguer ici une éditrice tout à fait remarquable, dont les livres sont aussi beaux qu’ils sont souvent très bons : Sabine Wespieser. L’année dernière, elle avait fait le pari de ne publier qu’un seul roman à la rentrée, mais quel roman ! – c’était le merveilleux Pietra Viva de Léonor de Récondo. Cette année, elle revient avec trois livres, tout aussi prometteurs.

Mavrikakis - La Ballade d'Ali BabaQUARANTE VOLEURS : La Ballade d’Ali Baba, de Catherine Mavrikakis
Roman du père disparu raconté par sa fille aînée, Erina, père joueur, fantasque, épuisant et fascinant à la fois, le nouveau roman de la Québécoise Catherine Mavrikakis promet de sortir très vite des sentiers battus, en imaginant aussi les retrouvailles inattendues de l’homme et de la jeune femme dans les rues de Montréal noyées sous la neige… alors que le père est mort neuf mois plus tôt. Et de se nouer une aventure littéraire étonnante, où une phrase de Shakespeare tirée de Hamlet jouera un rôle primordial…

Richez - L'Odeur du MinotaureLABYRINTHE : L’Odeur du Minotaure, de Marion Richez
La vie peut toujours nous surprendre et sortir de pistes toutes tracées. C’est ce que racontera Marion Richez dans son premier roman, suivant une jeune femme devenue "plume" d’un ministre au fil d’une existence menée sans accroc ni passion d’une enfance à un présent sage en passant par d’inévitables études brillantes. Mais tout change lorsque Marjorie reçoit de sa mère, un peu oubliée elle aussi, la nouvelle que son père est mourant. Prenant la route en catastrophe, la jeune femme percute un cerf. Un accident qui va bouleverser sa vie…

Lahens - Bain de luneSAGA HAÏTI : Bain de lune, de Yanick Lahens
Au village d’Anse Bleue, il y a les Lafleur et les Mésidor, deux familles à la fois liées et antagonistes, par leur longue histoire, leurs intérêts et leurs différences. Quand Tertulien Mésidor tombe amoureux d’Olmène Lafleur, et quand la politique s’en mêle, les événements se précipitent… La quatrième parution d’une grande romancière haïtienne contemporaine, dont la langue riche et vivace chante la beauté et la complexité de son petit pays.

Petite rentrée encore, aux éditions de l’Olivier cette fois. Quatre romans français rejoignent les tables des librairies fin août, solides mais pas forcément hyper excitants – à première vue du moins. Les lire nous surprendra donc peut-être agréablement. On croise les doigts, car voilà une maison qui est toujours capable de nous révéler de très bonnes choses !

Zenatti - Jacob, JacobGUERRE ET FAMILLE : Jacob, Jacob, de Valérie Zenatti
Jacob, jeune Juif de Constantine, est enrôlé en juin 1944 pour libérer la France ; il meurt six mois plus tard, à l’âge de 19 ans. Ce roman relate cette courte immersion dans le conflit, mais aussi l’attente angoissée de sa famille, puis l’histoire de cette dernière en Algérie après 1945. Valérie Zenatti, qui s’est inspirée de sa propre famille pour ce livre, brille souvent quand elle aborde la guerre – son célèbre roman jeunesse, Une bouteille dans la mer de Gaza, est devenu un classique souvent lu dans les collèges aujourd’hui.

Gailliot - Le SoleilMILLEFEUILLES : Le Soleil, de Jean-Hubert Gailliot
Alexandre Varlop est chargé de retrouver le manuscrit d’un mystérieux roman intitulé Le Soleil, considéré comme un immense chef d’œuvre méconnu de la littérature mondiale, et qui serait passé entre les mains de nombreuses célébrités, dont Man Ray ou Ezra Pound. Sa quête le mène de Mykonos, où le roman aurait été volé, à Palerme et aux Baléares… Plus qu’un simple roman d’aventure, ce gros livre (plus de 500 pages) joue sur sa construction élaborée, son jeu entre réalité et fantasmes, et ses nombreuses références artistiques pour sortir du lot.

Brisac - Dans les yeux des autresPROSE COMBAT : Dans les yeux des autres, de Geneviève Brisac
Destins croisés de deux sœurs, unis dans leurs combats de jeunesse, depuis leurs premières manifestations à Paris jusqu’à la lutte armée au Mexique, mais qui s’éloignent lorsqu’une d’elle en tire la matière d’un roman. Deux conceptions de l’idéal révolutionnaire s’affrontent, mais aussi des visions différentes de la vie, des hommes, du désir…

CLIC-CLAC KODAC : Photos volées, de Dominique Fabre
Alors qu’il vient de perdre son travail, un homme d’une soixantaine d’années s’emploie à reconstruire sa vie en s’appuyant sur les nombreuses photographies qu’il a réalisées plus jeune. L’occasion de s’inventer un nouvel avenir en renouant avec son passé ?

L’année dernière, chez Stock, nous avions adoré la fable singulière et bouleversante de Karin Serres, Monde sans oiseaux. Trouverons-nous pareil miracle parmi les élus à la couverture bleue de cette rentrée 2014, dans une maison par ailleurs bouleversée par la mort de son éditeur mythique, Jean-Marc Roberts ? Pas sûr, mais il y a tout de même quelques belles promesses.

Bosc - ConstellationCRASH MYTHIQUE : Constellation, d’Adrien Bosc
C’est l’un des accidents aériens les plus connus de l’histoire. Le 28 octobre 1949, le Constellation, nouvel avion d’Air France voulu par le milliardaire excentrique Howard Hughes, s’écrase sur un îlot des Açores, tuant ses onze membres d’équipage et ses trente-sept passagers, parmi lesquels le boxeur Marcel Cerdan. Loin de ne s’intéresser qu’au sort du célèbre amant d’Edith Piaf, Adrien Bosc tisse un roman choral qui donne une voix à tous les disparus tout en questionnant les raisons du drame. Sur le papier, l’un des premiers romans les plus ambitieux de la rentrée.

Poulain - Les mots qu'on ne me dit pasCOMME UN POT : Les mots qu’on ne me dit pas, de Véronique Poulain (lu)
Comme Jean-Louis Fournier, publié par la même maison, Véronique Poulain tire de l’humour d’une situation douloureuse, en l’occurrence le handicap, la surdité de ses parents. Comme Fournier, la néo-romancière aligne des chapitres courts et percutants qui disent la difficulté d’être la fille parlante et entendante de parents sourds, l’incompréhension, le poids du regard des autres, mais aussi l’amour qui se glisse dans tout cela, et bientôt la fierté lorsque les géniteurs de Véronique Poulain se retrouvent à la pointe du combat pour la reconnaissance des sourds dans la société. Un récit parfois grinçant, douloureux, mais souvent drôle et au bout du compte touchant et très juste.

Michelis - La chance que tu asESCLAVAGE MODERNE : La Chance que tu as, de Denis Michelis (coll. la Forêt)
Un jeune homme est embauché dans un restaurant prestigieux. Nourri et logé, il y est rapidement soumis à des conditions de travail drastiques et aux mauvais traitements d’employeurs exigeants et manipulateurs. Alors que commence une descente aux enfers inexorable, il n’ose pourtant se plaindre, si chanceux de travailler pour une maison aussi prestigieuse… Un premier roman qui promet d’être dérangeant avec justesse.

TOILE LITTÉRAIRE : Selon Vincent, de Christian Garcin
Entre 1812 et 2013, des destins se répondent aux quatre coins du monde, de la Patagonie à la Russie. Un roman choral énigmatique par un écrivain-voyageur qui n’aime rien tant que croiser des histoires et raconter des personnages différents.

Greggio - Les nouveaux monstresFORZA ITALIA : Les nouveaux monstres (1978-2014), de Simonetta Greggio
Suite du remarqué Dolce Vita, ce roman raconte l’Italie des trente-cinq dernières années, marquée notamment par l’irruption sur la scène politique d’un certain Silvio Berlusconi.

LOVE IS ALL : Tout ce que je sais de l’amour, de Michela Marzano
Deuxième auteure d’origine italienne chez Stock cette année, Michela Marzano poursuit son parcours singulier dans la lignée de son précédent livre, Légère comme un papillon, paru chez Grasset avec succès. Un récit autobiographique qui questionne l’impossible recherche du Prince Charmant, le désir d’enfant, la maternité, l’amour tout simplement.

BOUCHON A PRÉVOIR : L’Autoroute, de Luc Lang
Rencontre entre un arracheur de betteraves dans le nord et un couple imprévu qui vit dans une maison au bord d’une autoroute. C’est sans doute plus que cela, mais bon, voilà…

COMME C’EST ORIGINAL : Le Jour où tu m’as quitté, de Vanessa Schneider
Une femme divorcée et mère de deux enfants est quittée à nouveau. Déception, chagrin, incompréhension, vieux démons, crainte de ne pouvoir se reconstruire, tout ça… Je vous fais un dessin ou ça va ?

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